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Mourir sous les balles de la police au Canada : l'état des lieux

Entre 2000 et 2017, plus de 400 Canadiens sont morts des suites de contacts ou d'altercations avec des policiers. Portrait d'une situation en évolution.

Une vidéo, de mauvaise qualité et qui a été tournée de loin avec un téléphone portable en 2007, montre un homme rampant à quatre pattes en direction de deux policiers. Soudain, des coups de feu retentissent. Huit balles atteignent Paul Boyd, 39 ans, le tuant sur le coup.

Capté par un passant, cet incident est un des 461 cas de contacts mortels avec les forces policières qui se sont produits au pays depuis 2000.

Une analyse de CBC montre que le nombre de ces cas est à la hausse.

Il n’existe pas de registre national sur les altercations entre les citoyens canadiens et les forces de police. Pendant six mois, une équipe de CBC a assemblé la première base de données pancanadienne portant sur l’ensemble des personnes qui sont mortes ou ont été abattues dans le cadre d'une intervention policière.

Les données, qui s’étendent de 2000 à la fin de 2017, contiennent plus d’une douzaine de détails sur chacun de ces 461 incidents.

Même ajustées à l’augmentation de la population sur une période de 17 ans, les données montrent que le nombre de suspects morts lors de contacts avec la police est en progression constante.

« Ma première réaction, c’est que notre société a échoué quelque part », dit Syd Gravel, un policier d’Ottawa à la retraite.

L’analyse de CBC révèle que plus de 70 % des victimes souffraient de problèmes de santé mentale ou de toxicomanie.

« C’est beaucoup trop haut. Beaucoup trop haut », estime Terry Coleman, ancien chef de police à Moose Jaw en Saskatchewan, aujourd’hui consultant en matière de sécurité publique.

Selon Statistique Canada, la police a environ un million de contacts chaque année avec des gens qui ont des troubles mentaux ou sont sous l’influence de drogues ou d’alcool. Et selon les experts, ces chiffres augmentent.

Sur le plan national, la grande majorité des suspects tués par des policiers sont caucasiens, ce qui n’est pas surprenant étant donné que c’est le groupe le plus nombreux au pays.

Cependant, quand on prend en compte la composition raciale et l’origine ethnique de l’ensemble de la population, deux groupes sont surreprésentés dans ces contacts avec les policiers : les Noirs et les Autochtones.

Ainsi, les Noirs de Toronto, qui comptaient pour 8,3 % de la population pendant cette période de 17 ans, ont formé presque 37 % des victimes.

À Winnipeg, les Autochtones représentaient presque le deux tiers des victimes, alors qu’ils formaient 10,6 % de la population.

Les forces de l’ordre dans l’Ouest canadien semblent avoir un ratio de contacts mortels plus élevé que dans l’Est du pays.

La plupart des décès se produisent dans des zones urbaines. Mais la Gendarmerie royale du Canada, qui est surtout présente en milieu rural et dessert plus de 8 millions de personnes, a eu 118 contacts mortels au cours de cette période, plus qu’aucune autre agence.

La majorité des victimes, 71 %, ont été tuées par balle. Dans le cas des autres victimes, un taser a été utilisé dans 28 % des cas.

Avec des informations de Jacques Marcoux, CBC News

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