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« Netflix et Amazon doivent être taxés adéquatement », plaide le maire de Montréal

Montréal pourrait perdre gros dans le « bouleversement majeur » qui secouera d'ici cinq ans l'industrie culturelle au pays, selon le maire de Montréal qui réclame que Netflix, Amazon et autres producteurs et diffuseurs numériques versent leur juste part d'impôts.

Un texte d'Anne-Marie Lecomte

« Netflix, Amazon... Toute la question de la diffusion nous rentre dans le corps et s’ils ne paient pas de taxes, à un moment donné, faut qu’il y ait des investissements », a déclaré Denis Coderre, jeudi, à l'occasion d'une conférence de presse annonçant la création à Montréal d'un comité consultatif sur le cinéma et la production télévisuelle.

Le défi posé par ces géantes plateformes de production et de diffusion est le suivant : un nombre croissant de consommateurs, attirés par ce qui est offert sur Internet, délaissent les câblodistributeurs et les fournisseurs de contenu par satellite.

À court ou à moyen terme, cette tendance minera la capacité de financer le contenu d'ici.

Cette perspective préoccupe les membres du comité nouvellement formé et qui est présidé par Pierre Roy, président des Chaînes Télé Astral et du conseil d'administration de l'Institut national de l'image et du son (INIS).

« Une bonne partie du financement venait du Fonds des médias, et ce Fonds est alimenté par un pourcentage des revenus de télédistribution [...] », affirme Pierre Roy.

« Si les gens se désabonnent de plus en plus parce qu’ils vont sur Internet et prennent Netflix et d’autres services, ils ne contribuent plus aux revenus des télédistributeurs [...]. Et on sent le phénomène », assure M. Roy.

Les tournages à Montréal rapportent gros

Certes, la prérogative de taxer Netflix et compagnie n'appartient pas aux instances municipales.

Mais l'enjeu n'en est pas moins réel à Montréal, qui a enregistré, cette année seulement, près de 400 millions de dollars en retombées économiques liées à la production de films et d'émissions de télévision en sol montréalais. C'est deux fois plus qu'il y a cinq ans.

Mais le passé n'est pas garant de l'avenir en ce domaine, vu les changements qui s'annoncent : « On est à la croisée des chemins », dit Denis Coderre.

L'ALENA et la « distinction canadienne »

Le maire de Montréal voit avec appréhension la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). « Mon instinct me dit qu’ils [les négociateurs américains] vont commencer à parler d’exemptions culturelles à un moment donné », dit Denis Coderre.

Tous les efforts pour préserver « la distinction canadienne », comme le dit M. Coderre, pourraient-ils être anéantis? « Il y a une distinction québécoise, un marché québécois, mais il y a une distinction canadienne également, explique le maire de Montréal. Donc, tout le monde va être dans le même bain, et ce sera une stratégie de franchises plutôt qu’une stratégie locale. »

D'où l'idée avancée par le maire de Montréal d'instaurer « un équilibre », une « équité » vis-à-vis des Netflix de ce monde « qui doivent faire partie de l'équation de l'industrie ».

Le gouvernement fédéral a toutefois exclu récemment la possibilité d’imposer une taxe « Netflix », un prélèvement de 5 % sur les services numériques offerts au pays.

Le CRTC dans la tourmente

À part les discussions sur l'ALENA, il y a, au Canada même, un débat sur la protection à accorder au contenu original canadien.

À la mi-août, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a demandé au CRTC de réviser ses décisions sur les licences francophones. Ces décisions avaient soulevé un tollé, notamment au Québec, parce qu'elles suscitaient de fortes craintes quant au sort de la programmation originale de langue française.

La ministre Joly doit par ailleurs annoncer cet automne sa nouvelle vision pour soutenir le contenu canadien dans un « environnement numérique en pleine transformation ».

Montréal concurrence d'autres villes

Au sein du comité montréalais figurent entre autres Carolle Brabant, de Téléfilm Canada, Monique Simard, de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et Pierre Moreau, du Bureau du Cinéma et de la télévision du Québec. Le comité a pour objectif de déposer un premier rapport d'étape en décembre 2017 et de terminer ses travaux par le dépôt d'un plan d'action, en mars 2018.

Le comité a aussi la mission de développer le modèle montréalais, car en matière de tournage cinématographique et télévisuel, Montréal concurrence d'autres villes.

Pierre Roy avance que nombre de Montréalais ne sont pas assez au fait que « de très importants tournages sont faits au Québec », y compris les effets spéciaux contenus dans ces productions.

Évidemment, qui dit tournage dit rues bloquées, quand ce n'est pas le mont Royal lui-même qui est partiellement monopolisé par l'équipe de production de la franchise X-Men, comme ce fut le cas tout récemment. À l'intention des citadins qui ronchonnent contre ces aléas, le maire Coderre a eu ces mots : « Écoutez, on est dans une grande ville. Il y aura toujours des gens qui ne seront pas contents, mais la réalité, c’est que ça crée de la richesse et de l’emploi ».

Avec les informations de Benoît Chapdelaine

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