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Non, ils ne fêteront pas le 150e anniversaire du Canada

À l'approche de la fête nationale du Canada, qui sera cette année marquée par le 150e anniversaire de la Confédération, les Autochtones du pays rappellent qu'ils n'ont pas le cœur à la fête.

Pour plusieurs membres des Premières Nations, ces célébrations, censées souligner les débuts de l’aventure canadienne, représentent avant tout un symbole de l’effacement historique de la présence autochtone sur le territoire.

Cet effacement, rappellent-ils, s’est manifesté au fil des siècles à travers les tentatives d’assimilation qu’ont été les rafles et l’implantation des pensionnats autochtones, mais aussi par l’entremise de la Loi sur les Indiens, instaurée en 1876.

« Vous célébrez la colonisation », lance Real Carriere, assistant-professeur à l’Université de Saskatchewan.

L’assistant-professeur est déçu de constater que les célébrations ignorent complètement l’histoire des peuples autochtones, une histoire qui a pourtant débuté plusieurs milliers d’années avant l’arrivée des premiers colons.

Réal Carrière rappelle que ces derniers sont arrivés avec la certitude que leurs sociétés, leurs idéologies et leurs religions étaient supérieures à celles des premiers habitants, justifiant ainsi la dépossession territoriale et culturelle qui s’est ensuivie.

C’est pourquoi dans son village natal de Cumberland House, un ancien comptoir a fourrure de la Saskatchewan où vivent de nombreux Cris et Métis, on choisit chaque année de commémorer le 1er juillet en célébrant le savoir-faire autochtone. La journée de samedi ne devrait pas faire exception.

Célébrer la résilience

Shane Henry a déjà participé aux célébrations de la fête du Canada, plus jeune. Mais aujourd’hui, à l’approche de la grande fête du 150e, il ne se sent plus habité par la fibre patriotique.

« Mettre des [collants de] drapeaux partout sur ma peau, sauter de joie en vantant les mérites de notre grand pays…cette portion des célébrations n’est plus compatible avec la personne que je suis », explique le jeune homme, qui a des origines métisses, cries et ukrainiennes.

C’est en s’impliquant auprès d’organismes communautaires, mais aussi en travaillant pour le gouvernement, que Shane Henry a constaté que la genèse narrative du pays écarte largement la perspective autochtone.

Il affirme d’ailleurs avoir perdu des amis en essayant de les confronter sur leur conception de l’Histoire et de la création du Canada.

M. Henry ajoute que l’attitude des gouvernements – qu’il qualifie de condescendante – envers les Autochtones et leurs revendications a également contribué à nourrir son détachement.

Ce cynisme est également très présent sur les réseaux sociaux comme Twitter, où les hashtags « #resist150 », « #resistance150 » et « #Colonialism150 » aident les internautes à exprimer les raisons de leur mécontentement et de leur détachement face aux festivités,.

Shane Henry a pour sa part choisi de passer la journée du 1er juillet en compagnie de ses proches.

« Je veux montrer avec ma famille qu’après 150 ans de ségrégation forcée, d’assimilation et de génocide culturel, nous sommes toujours bien vivants. »

Des besoins urgents

Pour bien des Autochtones, le 150e représente l’occasion d’avoir une discussion franche avec l’ensemble de la population sur les sévices subis au fil des ans, mais cette discussion doit aussi s’articuler autour de l’avenir.

Erica Violet Lee, une jeune femme autochtone de Saskatoon, affirme être incapable de s’identifier à « l’idée du Canada ».Elle profitera donc de la journée du 1er juillet pour parler des enjeux dans communauté, comme la construction d’une épicerie, mais aussi l’accès à de meilleurs soins de santé et à l’éducation.

« Ce sont des choses de bases dont nous avons besoin en tant que personnes autochtones, mais aussi en tant que personnes au sein du Canada », précise-t-elle.

Ses préoccupations sont également partagées par d’autres communautés du pays. Au Nouveau-Brunswick, le chef de la nation Elsipogtog, John Levi, avait, au début de l’année, reproché au gouvernement canadien de ne pas en faire assez pour garantir la santé et le bien-être des peuples autochtones.

« Le gouvernement dépense des millions de dollars dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire du Canada. J’aimerais qu’on n’oublie pas les membres des Premières Nations qui souffrent en ce moment et qui ont d’importants besoins », avait-il dit.

Erica Violet Lee avance elle aussi que le concept du 150e est problématique de ce point de vue, en plus de miminiser l'existence de ceux qui ont précédé les colons. Mais comme Real Carriere et Shane Henry, elle cherche à le déconstruire.

« Je vois le 150e comme une raison de célébrer, mais pas célébrer les mêmes choses que le Canada. Nous célébrons le fait d’être encore ici, sur ce territoire, malgré les tentatives de nous en éradiquer, malgré la disparition de nos femmes, nous sommes encore là. »

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