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« Nous allons l'arrêter » : des échanges anti-Trump entre employés du FBI dévoilés

Un rapport de l'inspecteur général du département américain de la Justice portant sur le FBI, dévoilé jeudi, risque de donner du poids aux allégations de Donald Trump voulant que la police fédérale américaine ait des idées préconçues à son endroit, si l'on en croit les premiers extraits révélés par la presse américaine.

Le rapport de Michael Horowitz porte sur la façon dont l’ex-patron du FBI James Comey a géré l’enquête sur l’utilisation par l’ex-candidate démocrate à la présidentielle Hillary Clinton d'un serveur privé pour ses courriels.

M. Comey est critiqué dans le rapport pour avoir, de façon « claire et saisissante », contourné les normes du FBI lors de cette enquête. Toute motivation politique de sa part est cependant écartée.

Le rapport révèle toutefois l’existence de nouveaux messages textes susceptibles de conforter les dires du président Trump, qui martèle que l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la présidentielle n’est qu’une « chasse aux sorcières » le visant injustement.

Ces courriels ont été échangés en août 2016 entre deux employés du FBI, soit l’avocate Lisa Page et l’enquêteur Peter Strzok. Ce dernier enquêtait à la fois sur les courriels de Mme Clinton et sur la possible influence de la Russie auprès de l’équipe de campagne de M. Trump.

  • « [Trump] ne va jamais devenir président, n’est-ce pas?! N’est-ce pas?! » écrit Mme Page à l’enquêteur.
  • « Non. […] Nous allons l’arrêter », lui répond M. Strzok.

L’inspecteur général Horowitz avait déjà mis au jour des échanges de courriels entre ces deux employés du FBI, qui dénotaient leur préférence pour Mme Clinton au détriment de M. Trump, mais ceux-ci n’avaient jamais été rendus publics.

Le procureur Mueller a retiré Peter Strzok de l'enquête sur l'ingérence russe dans la présidentielle, après avoir été informé de l'existence de certains messages textes par M. Horowitz.

L'enquête de l'inspecteur général visait d'abord à déterminer si des déclarations publiques faites par M. Comey pendant la campagne présidentielle sur l'utilisation par Hillary Clinton d'une messagerie privée lorsqu'elle était secrétaire d'État (2009-2013) étaient conformes aux normes en vigueur au FBI.

Lors d'une conférence de presse en juillet 2016, M. Comey avait annoncé que le FBI ne recommanderait aucune poursuite contre Mme Clinton dans cette affaire. Il avait déploré le comportement « extrêmement imprudent » de l'ex-secrétaire d'État, mais avait jugé ne pas disposer d'éléments suffisants pour l'accuser.

En octobre 2016, moins de 10 jours avant l'élection, le patron du FBI avait envoyé aux membres du Congrès une lettre annonçant que l'enquête avait été rouverte après la découverte de nouveaux courriels sur l'ordinateur de l'ancien représentant Anthony Weiner, époux de Huma Abedin, une proche conseillère de Clinton.

Deux jours avant le scrutin, il avait finalement annoncé que le FBI n'avait trouvé aucun nouvel élément susceptible d'incriminer Hillary Clinton.

Les démocrates estiment que l'annonce de la réouverture de l'enquête, à 10 jours du vote, a contribué à semer le doute sur la probité de leur candidate et à lui faire perdre des voix cruciales lors de la présidentielle.

James Comey a pour sa part été limogé par Donald Trump en mai 2017, alors qu'il menait une enquête sur les soupçons de collusion entre l'équipe de campagne du président et la Russie. Cette enquête a ensuite été confiée au procureur spécial Robert Mueller.

Un rapport qui « réaffirme les soupçons » de Donald Trump

La porte-parole de Donald Trump, Sarah Sanders, a indiqué que le président avait pris connaissance du rapport Horowitz.

« Le président croit que ce rapport réaffirme les soupçons qu’il avait à l’endroit de M. Comey », a-t-elle dit lors d’un point de presse, jeudi après-midi, à la Maison-Blanche.

Quant aux messages textes échangés entre Lisa Page et Peter Strzok, ils suscitent, selon Mme Sanders, de « vives inquiétudes et démontrent un parti pris politique, ce dont le président parle depuis longtemps ». « C’est un énorme problème et nous sommes contents que ce soit examiné de plus près. »

Donald Trump ne cesse de répéter que les démocrates se sont alliés avec des éléments du FBI pour aider Hillary Clinton à remporter l’élection présidentielle.

Sur Twitter, vendredi matin, le président Trump a qualifié le rapport de « désastre total » James Comey et le FBI et se félicite de l’avoir limogé, « un fier service au peuple », dit-il.

Un rapport « pris au sérieux » par le FBI

Lors d’une conférence de presse organisée jeudi soir, le directeur du FBI, Christopher Wray, a noté que « rien dans le rapport Horowitz ne met en doute l'intégrité du FBI en tant qu’institution ».

Du même souffle, il a dit prendre le rapport au sérieux et accepter les recommandations de l’inspecteur général.

Interrogé sur sa première réaction à la lecture du rapport, M. Wray a répondu : « déçu ».

Il promet qu’à partir de maintenant, tous les employés du FBI devront répondre de leurs actions et gestes inappropriés.

« Nous apprendrons de ce rapport et en ressortirons meilleurs et plus forts », a-t-il indiqué.

Plusieurs mesures seront mises en place pour atteindre cet objectif et faire en sorte que « les erreurs ne soient pas répétées ».

Certaines méthodes de travail et politiques de l’institution seront revues. Des formations seront aussi offertes à tous les niveaux pour s’assurer que les employés demeurent objectifs et éviter « l’apparence de conflits personnels et les partis pris politiques ».

« J’ai décidé de parler et de dire la vérité » - Comey

Dans un article écrit en son nom et publié jeudi dans la section opinion du New York Times, l’ancien directeur du FBI James Comey explique qu’il a choisi de faire les choses différemment, par souci d’« imputabilité et de transparence », deux principes « essentiels à [la] démocratie ».

« J’ai choisi de faire quelque chose sans précédent, écrit-il. En juillet 2016, j’ai annoncé de façon séparée et transparente au peuple américain ce que nous avions fait et trouvé, ainsi que notre recommandation selon laquelle Mme Clinton ne devrait pas être poursuivie en justice. Avant 2016, jamais je n’aurais imaginé faire une chose pareille, parce que la norme a toujours été pour le directeur du FBI de coordonner les déclarations officielles avec le procureur général, et pour les dirigeants du département de la Justice de rapporter les détails des enquêtes qui sont terminées. »

M. Comey affirme également que la décision de rouvrir l’enquête en octobre 2016 a été difficile, mais qu’ultimement, il devait le faire. « J’ai décidé de parler et de dire la vérité. »

Encore à ce jour, il estime avoir fait le bon choix. « Rien dans le rapport de l’inspecteur général ne me fait croire que nous avons fait la mauvaise chose », écrit-il.

Dans son article, il souligne d'ailleurs à quelques reprises l’importance du rapport Horowitz. « J’ai toujours cru qu’un rapport de l’inspecteur général serait crucial pour comprendre et évaluer nos actions », affirme M. Comey.

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