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« Nous pouvons faire tellement plus » – Ban Ki-moon

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, est en visite officielle à Ottawa et Montréal cette semaine. Il rencontre d'abord le premier ministre Trudeau à Ottawa avant de se rendre à Montréal.

Dans une entrevue bilan à CBC/Radio-Canada, celui qui a succédé à Kofi Annan en 2007 à la tête de l'ONU revient sur les grands dossiers des dernières années, alors que son mandat s'achève. 

QUESTION: Quel est le but de votre visite?

Je suis très heureux de venir au Canada si rapidement après l'élection du premier ministre Trudeau. Les Nations unies et le Canada ont toujours eu de très bonnes relations, un partenariat fort. Le premier ministre a dit que le Canada était de retour aux Nations unies, ce qui est encourageant. Il s'est réengagé envers les idéaux et les buts de l'ONU.

Nous discuterons du renforcement de notre partenariat dans les domaines de la paix, du développement durable, des changements climatiques et de la protection des droits de l'homme. Je veux aussi visiter Montréal, une des huit villes où se trouve une agence spécialisée des Nations unies, soit l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI).

QUESTION : Aux yeux de plusieurs, le monde en 2016 est beaucoup plus dangereux que lorsque vous êtes devenu secrétaire général de l'ONU, il y a presque 10 ans. Comment en sommes-nous arrivés là?

C'est vrai que nous vivons une époque périlleuse, et de nombreux défis demeurent, comme la pauvreté et les conflits dans le monde. Mais, en même temps, les dirigeants mondiaux ont fait preuve de vision l'an dernier en se fixant les 17 objectifs du développement durable et en adoptant l'accord de Paris sur les changements climatiques.

Le premier ministre Trudeau lui-même a pesé dans la balance. La mise en oeuvre de ces deux accords permettra de s'attaquer aux causes de nos conflits.

QUESTION : Nous allons bientôt entrer dans la sixième année du conflit syrien. Peut-on conclure à un échec des Nations unies dans ce cas-ci?

Nous ne travaillons pas pour un échec. Malheureusement, nous constatons beaucoup de divisions. Les Syriens sont divisés, entre le gouvernement et l'opposition. Les groupes d'opposition sont divisés entre eux. Les pays arabes de la région sont divisés. Et nous avons vu beaucoup de division aux Nations unies, particulièrement au Conseil de sécurité.

Le Conseil s'est montré uni pour l'adoption de la résolution 2254 [qui prévoit la mise en place d'un gouvernement de transition et l'organisation d'élections] et la création du Groupe international de soutien à la Syrie, conduit par les États-Unis et la Russie. J'espère que ce groupe favorisera une solution politique pendant que l'ONU met en place des mesures pour rétablir la confiance.

QUESTION : Que vous vient-il en tête quand vous vous levez le matin et que vous voyez que la guerre continue? Comment cela vous affecte-t-il, en tant que personne à la tête des Nations unies?

C'est un exercice d'humilité pour moi. Chaque matin, chaque soir, quand je commence mon travail, je pense toujours à ceux que l'on sert. La Charte des Nations unies commence avec « Nous, peuples des Nations unies ».

Nous devons faire tout en notre pouvoir, quand on pense que des centaines de millions de personnes ont faim ou meurent de maladies évitables, voient leurs droits bafoués dans plusieurs pays, dont la Syrie. En tant que secrétaire général, et comme être humain, je ne peux que m'engager à faire tout ce que je peux, consacrer mon temps et mon énergie [à changer les choses]. Je mets tous mes efforts et c'est ce que je ferai jusqu'à la dernière minute de mon mandat cette année.

QUESTION : Le premier ministre Trudeau a annoncé que le Canada allait retirer ses avions qui combattent l'État islamique pour se concentrer sur la mission humanitaire. Que pensez-vous de cette décision?

Il s'agit de la décision du gouvernement canadien et je n'ai pas à la commenter. Je suis reconnaissant envers le Canada d'avoir pris part à la coalition internationale contre le groupe armé État islamique, l'extrémisme et le terrorisme.

Je comprends que pendant que le Canada ramènera ses avions, il laissera du personnel en place pour travailler avec les autres membres de la coalition et des ressources pour la collecte de renseignements. Je salue par ailleurs la décision du Canada d'accueillir 25 000 réfugiés syriens. J'aimerais que d'autres pays en prennent exemple.

QUESTION : Des soldats de la paix de l'ONU postés en République centrafricaine ont été accusés d'agressions sexuelles. Vous avez dit qu'il s'agissait d'un « cancer dans notre système ». Qu'est-ce que l'ONU fait pour remédier à ce problème?

C'est pourquoi depuis le premier jour de mon mandat, j'ai fait de la lutte contre la violence sexuelle une priorité. C'est une question de droits de la personne. Les femmes et les filles se retrouvent parfois dans des situations où elles sont vulnérables.

J'ai pris des mesures fermes. J'ai congédié le chef de la mission de l'ONU sur place et lancé une commission d'enquête menée par la juge canadienne Marie Deschamps. Elle a présenté les résultats de l'enquête. J'ai pris les mesures nécessaires et mis en oeuvre ses recommandations.

QUESTION : Concernant le lancement récent d'un missile par la Corée du Nord, vous avez parlé d'un acte de provocation...

C'est bien plus qu'une provocation. Les autorités de la Corée du Nord ont violé au moins quatre résolutions du Conseil de sécurité. Il s'agit d'une menace très sérieuse à la paix et à la sécurité mondiales. C'est un choc qu'un mois après un essai nucléaire, ils lancent un autre missile. Nous espérons que les autorités de la Corée du Nord prendront part à un véritable dialogue avec la communauté internationale.

En tant que citoyen sud-coréen, ça me touche particulièrement. J'ai essayé d'aider les Coréens des deux côtés, et de promouvoir des échanges et une collaboration. Il n'y a pas d'autre solution que d'engager un dialogue, pour rétablir la confiance entre les deux pays. Je vais continuer les efforts en ce sens.

QUESTION : Lorsque vous repensez à vos années passées à la tête de l'ONU, auriez-vous aimé faire certaines choses autrement?

Il reste bien des défis. Je suis bien conscient des critiques formulées sous mon mandat, de choses qui auraient pu être mieux faites. Mais je crois avoir tout fait en mon pouvoir, de concert avec les États membres. Lorsque les États sont unis, particulièrement lorsque les membres du Conseil de sécurité sont unis, nous pouvons accomplir beaucoup plus, beaucoup mieux.

Mais dans plusieurs cas, nous avons constaté des divisions. C'est vraiment ce qui empêche la mise en place des décisions de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité. Mais nous pouvons faire plus et mieux.

Avec la collaboration de Melissa Kent

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