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Obama rend hommage aux victimes de la dictature argentine, mais ne s'excuse pas

Quarante ans, jour pour jour, après qu'une junte militaire eut pris le pouvoir en Argentine, Barack Obama a rendu hommage, jeudi, aux victimes de la féroce répression qu'elle a exercée à l'encontre de ses opposants de gauche pendant les sept années qui ont suivi.

Le président américain s'est abstenu de présenter des excuses officielles ou faire un mea culpa pour le soutien apporté par Washington à la junte entre 1976 et 1983, mais a néanmoins tenté de faire amende honorable en soulignant que les États-Unis « ne sont pas à court d'autocritiques ».

« Plus jamais ça », ont dit tour à tour M. Obama et le président argentin Mauricio Macri, reprenant un slogan utilisé depuis les années 80 par les familles des victimes, qui demandent toujours des comptes aux militaires, ainsi qu'aux États-Unis et à l'Église, jugés complices.

Au parc de la Mémoire de Buenos Aires, dédié aux quelque 30 000 victimes de la dictature, il a annoncé officiellement l'ouverture d'archives militaires et de la CIA concernant cette dictature, la plus sanglante qu'a connue le pays.

« Il y a eu une controverse sur la politique des États-Unis au début de ces jours sombres », a reconnu le président Obama.

M. Obama a aussi loué « le courage, la ténacité des familles, des épouses, des frères, des enfants qui ont refusé d'abandonner leur lutte pour la justice et la vérité », en citant les Mères et les Grands-Mères de la Place de Mai, porte-étendard de la cause.

Dans un geste symbolique, il a déposé, à l'instar de son hôte, des roses blanches dans le Rio de la Plata, qui borde le parc de la Mémoire, un geste symbolique évoquant les victimes des « vols de la mort », où des opposants étaient jetés vivants dans l'océan depuis des avions militaires.

La présence du président américain en Argentine pour le 40e anniversaire du coup d'État ne fait pas l'unanimité en Argentine. Des proches des victimes de la dictature l'ont assimilée à une provocation.

« Nous n'autoriserons pas la puissance qui a orchestré l'avènement de dictatures en Amérique latine et l'oppression des peuples à travers le monde à se racheter en utilisant la mémoire de nos 30 000 compatriotes assassinés au nom de son projet impérialiste », a dit dans un communiqué une association de défense des familles de victimes.

D'autres Argentins ont apprécié l'initiative du président américain. « Obama ne va pas nous demander explicitement pardon, mais il va le faire par ses actions », a commenté Daniel Slutzky, un enseignant de 75 ans.

Le dernier président américain à fouler le sol argentin était Bill Clinton, en 1997. À cette époque, la question de la dictature n'était aucunement au programme de la visite. Les militaires bénéficiaient alors d'une loi d'amnistie.

Depuis, les ex-présidents Nestor et Christina Kirchner ont ramené le concept du devoir de mémoire à l'avant-scène. Des centaines de militaires ont depuis été jugés et emprisonnés. Le premier chef de la junte, Jorge Videla, est mort dans sa cellule.

La visite du président américain en Argentine avait notamment pour but d'apporter son soutien au nouveau président de centre-droit, au pouvoir depuis trois mois. Selon Barack Obama, les années Kirchner ont été « anti-américaines ».

Dans un dîner d'État offert en son honneur mercredi soir, M. Obama avait fait sensation en improvisant quelques pas de tango avec une danseuse argentine.

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