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Objectif Emploi : un programme controversé pour les prestataires d'aide sociale

Le programme Objectif Emploi, qui incite les nouveaux prestataires de l'aide sociale à entreprendre des démarches pour s'en sortir, est en vigueur depuis le 1er avril. Ceux qui acceptent d'y participer seront récompensés par une hausse de leur prestation allant jusqu'à 240 $ par mois, alors que des pénalités pouvant atteindre 224 $ sont prévues pour ceux qui refusent de s'engager. Le programme controversé suscite bien des inquiétudes, tant chez les groupes communautaires que chez les fonctionnaires.

Un texte de Véronique Prince, correspondante parlementaire à Québec

Ancienne prestataire de l'aide sociale, Julie Montreuil est convaincue que le nouveau programme Objectif Emploi ne lui aurait jamais permis de retourner sur le marché du travail, comme elle l’a fait il y a maintenant quelques années. « Je n’aurais pas pu à ce moment-là faire un processus de réintégration à l’emploi. J’étais incapable de sortir de la maison », affirme-t-elle.

Affligée de douleurs aux articulations, elle a eu besoin de plusieurs années pour prouver qu’elle était inapte au travail.

Un programme comme celui que le gouvernement vient de mettre en place l’aurait forcée à choisir entre la recherche d’emploi, le retour à l’école ou un plan pour développer ses habiletés sociales (ce qui peut correspondre à une thérapie).

Étant donné son état de santé, elle aurait été obligée de refuser les trois cheminements proposés, d’une durée de 12 mois. Comme elle a attendu longtemps avant de recevoir le diagnostic du médecin, elle prétend que le gouvernement aurait diminué la valeur de son chèque mensuel d’aide sociale.

« Couper dans un chèque quand tu as juste le minimum pour vivre, c’est hallucinant! Est-ce que ça va vraiment aider la personne à s’en sortir? J’ai des doutes », insiste Mme Montreuil.

Les prestataires avec contraintes à l’emploi sont exemptés de participer à ce nouveau programme.

Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, assure qu’Objectif Emploi est flexible pour les personnes en difficulté.

Inquiétudes quant à la gestion du programme

Alors que des groupes communautaires dénoncent l’aspect coercitif d’Objectif Emploi, le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) s’inquiète de la gestion du programme.

Les prestataires doivent convenir d’un plan de réintégration au travail avec un organisme de leur région. Selon le SPGQ, qui a analysé des centaines d’appels d’offres, le gouvernement confie de plus en plus de contrats à l’externe, plutôt que de recourir à ses propres conseillers.

« Ces contrats-là sont renouvelés automatiquement année après année avec des augmentations qu’on ne peut pas expliquer. Il y a un laisser-aller deux à trois fois plus cher que si on le faisait à l’interne. Aussi, il y a une variation dans les taux horaires d’une région à l’autre qui est inexplicable », souligne le président du SPGQ, Richard Perron.

Aucun organisme ne pourra s’enrichir avec ce nouveau programme, garantit le ministre. « Il y a une reddition de comptes qui n’est pas seulement administrative. Ils ont aussi des objectifs à atteindre », explique-t-il.

Depuis des années, le gouvernement tente de réformer son programme d’aide sociale. Cette fois, avec un système qui récompense les efforts, mais qui impose également des pénalités, il est convaincu qu’il motivera plus de gens à réintégrer le marché du travail. « C’est de leur rappeler qu’ils ont aussi un effort à faire de leur côté. Quand ils sont capables de faire un effort, Objectif Emploi n’est pas lié à des résultats », conclut M. Blais.

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