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Omar Khadr met les jeunes en garde contre le djihadisme

Omar Khadr a un message pour les jeunes qui seraient tentés par le djihad : « Éduquez-vous. Et reconnaissez qui vous êtes ». L'ex-enfant-soldat, détenu pendant dix ans à la prison américaine de Guantanamo Bay, rejette l'idée que son parcours puisse encourager le terrorisme.

Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 30 ans, vient tout juste de recevoir des excuses officielles du gouvernement du Canada, accompagnées d’un dédommagement de 10,5 millions de dollars qui met fin à une poursuite en matière de violation des droits.

En entrevue avec Anne-Marie Dussault à l’émission 24|60 sur ICI RDI, il lance une mise en garde aux jeunes qui seraient tentés par la radicalisation. Pour lui, l’éducation est la clé pour échapper aux griffes du terrorisme.

« L’éducation est importante. Elle nous prépare à prendre des décisions rationnelles, plus que la foi ou les émotions, qui sont aussi une grande partie de notre identité. »

« Apprenez à garder un esprit critique, poursuit le jeune homme né à Toronto en 1986. Trop de gens agissent en fonction de leurs émotions. »

Omar Khadr dit d’ailleurs ne pas nourrir de ressentiment pour son père djihadiste, Ahmed Saïd Khadr, qui l'a entraîné en Afghanistan et l'a envoyé s'entraîner dans les camps du réseau Al-Qaïda à l'âge de 11 ans. Il servait principalement d'interprète pour le groupe de combattants.

« Je ne pense pas que ma famille ait voulu me mettre en danger. Est-ce que mon père a pris des décisions qui m’ont nui? Absolument. Mais est-ce qu’il voulait mettre sa famille en danger? Je ne pense pas. Je n’ai pas encore pris le temps de savoir ce qui s’est vraiment passé », dit-il, en avouant qu'il a refermé ce chapitre de sa vie. Ses contacts avec ses proches demeurent d’ailleurs limités.

Omar Khadr ne veut pas non plus être considéré comme une victime, même s’il est le premier enfant-soldat condamné et emprisonné pour des crimes de guerre en lien avec la mort du sergent de l’armée américaine Christopher Speer.

« À cette étape de ma vie, je ne blâme personne », assure-t-il.

L’ex-détenu a fait la paix avec les agents canadiens qui ont bafoué ses droits constitutionnels et l’ont soumis à la torture à la prison de Guantanamo. Les deux jugements de la Cour suprême du Canada, et un autre aux États-Unis, qui ont reconnu les mauvais traitements qu'il a subis, ont été pour lui porteurs d’espoir.

Mais le règlement intervenu avec Ottawa était la suite logique, selon lui, pour lui procurer un certain soulagement. Il espérait cependant pouvoir du même coup laver sa réputation, sans susciter toute une controverse. Même en marquant un moment important de sa vie, ce règlement le confronte maintenant au tribunal de l’opinion publique.

« Je crois que je m’y attendais, admet-il cependant. Mais j’aurais espéré que les deux dernières années permettront aux gens de me connaître et de voir mon cas de façon moins controversée. »

Omar Khadr considère par contre que cette nouvelle épreuve sera moins difficile à traverser que les autres qu'il a endurées, même si des Canadiens le perçoivent toujours comme un terroriste ou un tueur.

« Le règlement n’a rien avoir avec la réputation que j’ai aujourd’hui. Je ne vais pas me battre contre les titres avec lesquels on me désigne », ajoute-t-il, résigné.

« Les gens ont le droit d'avoir leur opinion », renchérit-il, assurant qu’il ne leur en veut pas. Il affirme cependant être une personne bien différente de l'adolescent arrêté en Afghanistan en 2002 par l'armée américaine et jeté derrière les barreaux de la prison de Guantanamo.

Et s’il demande aujourd’hui qu’on lui donne une seconde chance, il est prêt à son tour à en donner une à ceux qui l’ont fait souffrir.

Quel avenir pour Omar Khadr?

Omar Khadr ne veut plus vivre dans le passé. Il est plutôt résolu à tourner la page.

Deviendra-t-il un activiste des droits de la personne? Il n’en écarte pas la possibilité, sans pour autant savoir comment il pourra lutter contre la radicalisation.

Venant à peine de terminer ses études secondaires, il souhaite pour le moment se consacrer à une future carrière d’infirmer afin, dit-il, d’aider son prochain. « Ce sera peut-être ma contribution personnelle au monde de demain. »

Mais son monde à lui demeure fragile. La peur de retourner en prison l’habite encore. « Je suis mieux qu'avant, mais une ombre plane toujours au-dessus de ma tête », rappelle-t-il.

Accusé de crimes de guerre, il a plaidé coupable en 2010 et a été condamné à huit ans de prison, en plus du temps déjà passé derrière les barreaux. Il est rentré au Canada deux ans plus tard pour purger le reste de sa peine et a été libéré en mai 2015. Ses avocats contestent depuis ses aveux de culpabilité qui, selon le principal intéressé, ont été faits sous la contrainte.

Sa liberté actuelle repose donc uniquement sur un cautionnement, donné en raison de cette cause pendante aux États-Unis. Mais s’il perd son appel, il risque de ne pas pouvoir échapper à la prison.

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