Après plus de dix ans de détention, Omar Khadr souhaite avant tout retrouver une vie normale, mais la décision du gouvernement canadien de lui présenter des excuses et une compensation de 10 millions de dollars l'a ramené sous les projecteurs. L'animatrice de l'émission 24|60 à l'antenne d'ICI RDI, Anne-Marie Dussault, l'a rencontré et répond à nos questions.

1. Pourquoi teniez-vous à vous entretenir avec Omar Khadr?

Il a donné très peu d’entrevues et elles étaient très brèves. Elles portaient essentiellement sur son sentiment devant l’entente avec le gouvernement. Nous, on voulait plutôt revenir sur le parcours qui l’a mené là, le parcours de ce jeune homme qui, aux yeux du droit international, est un enfant soldat, mais qui en 13 ans de détention n’a pas reçu le soutien ou l’aide de son gouvernement à ce titre-là.

On voulait l’entendre parler de sa situation comme détenu, ses sentiments à l'égard de son entourage et de sa famille. Est-ce qu’il souffre d'un trouble de stress post-traumatique? Qu’est-ce qui l’anime maintenant et comment entrevoit-il l’avenir? On voulait aussi faire la part des choses entre les motivations légales qui ont mené à l’entente et la réaction dans l’opinion publique, parce qu’après trois jugements de la Cour suprême en sa faveur, il fait maintenant face au tribunal de l’opinion publique.

2. Quelles démarches avez-vous faites pour le convaincre de vous parler?

La démarche a été entreprise il y a longtemps. Chaque fois qu’il y avait une évolution dans le dossier, on le contactait pour demander une entrevue.

Dès la semaine dernière, on nous disait qu’il ne parlerait pas prochainement, mais quand on a vu que l’entente était confirmée et qu’il avait accepté de parler à CBC, même brièvement, on a manifesté à nouveau notre intérêt avec insistance. Aussi, il dit qu'il avait envie de parler au public québécois, parce que le Québec l’a soutenu.

3. Comment avez-vous réussi à établir un lien de confiance avec lui?

Je pense que c’est grâce à la réputation de l'émission 24|60, à la façon dont on a couvert son histoire à lui et celle d’autres personnes comme Raïf Badawi. Et puis, comme journalistes, on doit rendre compte de faits.

Les faits sont qu’il a été indemnisé à la suite de la violation par des agents canadiens de ses droits constitutionnels. Il n’a jamais vraiment joui de la présomption d’innocence. Il a été emprisonné pendant quatre ans avant qu’une accusation soit déposée contre lui. Il y a eu beaucoup d’étapes dans sa vie, mais il a passé en réalité la moitié de sa vie en prison. Ça, ce sont les faits.

À partir de là, qui il est, qu’est-ce qu’il a fait, c’est un autre procès. Mais je pense que le lien de confiance venait de notre réputation et de notre parcours journalistique.

4. Que retenez-vous de cette rencontre avec Omar Khadr? Quels sont les moments de l'entrevue qui vous ont le plus marqué?

Je retiens qu'Omar Khadr est quelqu'un de très apaisé. Ça m'a d'ailleurs surprise. Il ne se présente pas en victime, il prend la position de quelqu’un qui veut passer à autre chose. Il se dit très fier de la démocratie et de la justice au Canada, et dit que chaque décision de la Cour suprême lui donnait espoir.

Il faut savoir que les premiers Canadiens qu’il a rencontrés à la prison de Guantanamo, après deux ans de détention sans avoir été accusé de quoi que ce soit, ce sont des officiers de renseignement du SCRS ainsi qu’un haut gradé du ministère des Affaires internationales pour la mission de renseignement.

On peut d'ailleurs voir ce moment dans le documentaire Quatre jours à Guantanamo, de Luc Côté et Patricio Henriquez. On voit Omar Khadr, tout plein d’optimisme et d’espoir. Puis, il voit ces Canadiens-là arriver et réalise qu’au fond on vient l’interroger pour constituer une preuve qui serait remise aux Américains, qui cherchent à l’accuser de crimes de guerre.

J’ai été frappée aussi par la façon dont il parle de ce qui lui a permis de survivre en prison, son pragmatisme, sa capacité de voir le bon côté des choses. Par exemple, il dit qu’en prison, au lieu de voir le gris du béton, il a appris à voir la beauté de la peinture blanche.

En entrevue, on essaie de gratter, de voir pourquoi il n’est pas davantage en colère. Il ne renie pas sa famille, il ne critique pas ceux qui s’opposent à ce règlement avec le Canada. Il espère seulement que les opinions vont changer à la faveur de la connaissance des faits de sa cause, et qu’un jour on va penser à lui comme autre chose qu’un tueur ou un terroriste.

5. Avez-vous l’impression que cette entrevue à 24|60 vient clore son histoire?

C’est difficile de répondre à cette question, parce que j’ai compris en lui parlant qu’il pourrait retourner en prison. C’est peu probable, mais c’est possible.

S’il est en liberté aujourd’hui, c’est parce qu’il est sous cautionnement en attente d'une cause pendante aux États-Unis. Son avocat conteste son plaidoyer de culpabilité. Il veut le faire invalider, parce que c’est un plaidoyer qui a été enregistré sous la torture et sous la menace.

Alors d’un côté, il risque de retourner en prison si les tribunaux américains ne donnent pas suite à son appel. D’un autre côté, la cause est constamment reportée, et son avocat me dit que c’est parce qu’un plaidoyer de culpabilité a été jugé invalide dans une cause similaire. Les Américains n’ont donc pas intérêt à faire passer cette cause-là rapidement au cas où ils perdraient.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine