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On a planté sur la Lune : l'histoire du reverdissement d'une ville minière

Une ville ontarienne déploie des efforts considérables pour effacer les traces laissées par l'exploitation minière au siècle dernier. En moins de 40 ans, la région de Sudbury est passée de cancre de l'environnement à leader mondial du processus de reverdissement.

Un texte de Sophie Houle-Drapeau

Ceux qui associent encore la ville de Sudbury, en Ontario, au paysage lunaire qu'on lui connaissait dans les années 1970 auraient bien du mal à s'y retrouver aujourd'hui.

C'est en 1978 que Sudbury entreprend son ambitieux plan pour réhabiliter le paysage endommagé par la pollution industrielle et les pluies acides engendrées par les minières de la région. Depuis, 10 millions d'arbres ont été plantés.

Fondée en 1883, Sudbury s'appelle à l'époque Sainte-Anne-des-Pins en raison de l’abondance de ses conifères. L'exploitation forestière façonne d’abord le paysage au 19e siècle.

C'est au début du 20e siècle que l'industrie minière prend toute son importance et que Sudbury devient la capitale du nickel. La demande pour ce métal est dopée par les deux guerres mondiales. L’exploitation minière et le processus de fusion provoquent d’importants dommages environnementaux : dans bien des secteurs, les pins et la végétation ont disparu. Dans l’imaginaire populaire, Sudbury rappelle la Lune sur laquelle l’homme vient de poser le pied.

Au cours des années 1960, les scientifiques et le gouvernement de l'Ontario établissent un lien entre les terres stériles et l'industrie des métaux lourds. La province entreprend alors de resserrer ses lois environnementales.

En 1978, Sudbury amorce son programme de reverdissement. Plus de 30 millions de dollars ont été investis depuis dans ce vaste programme géré par la Ville, mais financé en grande partie par les compagnies minières Inco et Falconbridge, qui ont été rachetées par Vale et Glencore au 21e siècle.

Sur les 80 000 hectares de terres considérées comme stériles à l'époque, 50 000 hectares ont été désacidifiés ou reboisés.

Reverdir les 30 000 hectares restants pourrait prendre encore quelques décennies, croit le gestionnaire des initiatives environnementales à la Ville du Grand Sudbury, Stephen Monet.

La revitalisation en trois étapes

Il y a d'abord l'épandage de la chaux, de fertilisants et de semences. La chaux est un produit dérivé du calcaire qui permet de réduire l'acidité du sol.

Le gestionnaire des initiatives environnementales de la Ville du Grand Sudbury explique que les employés municipaux procèdent à l’épandage à l'aide de chaudières près des zones urbaines et des fils électriques.

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La minière Vale s'occupe des lieux plus difficiles d’accès avec son programme d'épandage aérien. La compagnie brésilienne couvre de 100 à 150 hectares par année.

L'année suivant cet épandage, une trentaine d’employés municipaux se rendent sur le terrain pour planter des semis. Quatre-vingt-dix pour cent des arbres plantés sont des conifères, surtout du pin et de l'épinette.

Depuis le début des années 2000, une troisième étape s'est ajoutée.

L’équipe retourne dans les zones qui ont déjà été reboisées afin d'assurer une diversité de la flore. Elle ajoute des feuillus et des arbustes et même du tapis forestier. Ces couches de terres riches en micro-organismes, prélevés lors des travaux d’élargissement de l’autoroute qui relie Sudbury à Toronto, vont aider à stimuler la régénération de la forêt.

Chaque zone a ses particularités et ces trois étapes ne sont pas toujours nécessaires.

Les employés municipaux ont planté des arbres dans certaines régions sans devoir réduire l'acidité des sols, illustre Stephen Monet.

Changement spectaculaire

Il était extrêmement difficile d’imaginer un tel changement du paysage de Sudbury dans les années 1970.

Le changement ne se note pas qu'à l'oeil. Jennifer Beaudry, scientifique du musée géoscientifique Terre Dynamique, se rappelle le goût du sulfure très prononcé dans sa bouche lorsqu'elle jouait dehors durant les chaudes journées d'été de son enfance. Un goût de moins en moins présent aujourd'hui, affirme-t-elle.

Jennifer Beaudry s'émerveille de ce « changement incroyable ». Selon elle, il est né d'une prise de conscience collective qui a amené la Ville, les compagnies minières et les résidents à collaborer.

Pour Nadia Mykytczuk, professeure associée en microbiologie de l'environnement à l'Université Laurentienne, un tel changement n'aurait pas été possible sans des lois environnementales plus strictes.

La microbiologiste étudie les milieux aquatiques de la région. Elle constate qu'après 40 ans de revitalisation, « on voit enfin le retour à des eaux de bonne qualité qui soutiennent le retour d'organismes aquatique et même de poissons prédateurs ».

Tout un contraste avec les années 1960, où l'acidification de l'eau avait contribué à la disparition des populations de poissons des lacs au sud-ouest de Sudbury.

Un futur protocole

Plusieurs croient que la municipalité du Nord-Est ontarien dispose d’une expertise scientifique et communautaire unique en son genre. Des villes ravagées par la pollution industrielle dans le monde entier pourraient s'inspirer de l'expérience de Sudbury pour revitaliser leur environnement.

L'Université Laurentienne souhaite d'ailleurs créer un « protocole de Sudbury » qui permettrait le transfert des connaissances acquises au cours des 40 dernières années.

Ce protocole serait rédigé par une équipe interdisciplinaire de chercheurs dans l’optique d’élaborer un modèle d'évaluation de revitalisation.

L'Université Laurentienne travaille actuellement à ramasser les 3 millions de dollars nécessaires à la réalisation du projet.

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