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« On n'a pas évolué », lance une membre de la diaspora du Nicaragua

Alors que le Nicaragua traverse une crise sanglante et que la diaspora installée au Canada s'inquiète pour les siens, le pays fête jeudi le 39e anniversaire de sa révolution sandiniste.

Un texte d'Elisa Serret

Depuis le 18 avril, le conflit entre opposants et partisans du président Daniel Ortega a fait plus de 300 morts et des centaines de blessés dans ce pays d'Amérique centrale, rapporte l'ONU.

Pendant ce temps à Montréal, c'est l'été et il fait chaud. Dans sa maison de LaSalle, Gabriela Jimenez profite de ses vacances avec son mari et ses enfants, même si la femme de 36 ans ne dort plus beaucoup depuis quelques semaines.

Originaire du Nicaragua, celle dont le père a dû fuir les répressions des années 70 se sent très interpellée par ce qui se produit dans son pays natal depuis trois mois.

« Mes parents ont fui du Nicaragua vers le Honduras et c’était difficile pour eux. Mon père devait tout recommencer, et il n’était jamais à la maison, il voyageait beaucoup pour son nouveau travail », se remémore Gabriela, les larmes aux yeux.

Depuis son salon, elle discute au téléphone avec sa tante, qui habite toujours Masaya, la ville rebelle reprise mardi par des dizaines de paramilitaires cagoulés et armés. L'oncle de Gabriela a d'ailleurs dû fuir à son tour, mardi, laissant derrière lui femme et enfants.

Un abcès crevé

Le 18 avril, à la demande du Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement de Daniel Ortega a présenté un projet de réforme des retraites qui augmente les cotisations et abaisse dans le même temps les pensions de 5 %.

Le projet est fortement décrié par les étudiants et une série de manifestations ont suivies. Le gouvernement de Daniel Ortega a répondu par une répression sévère et disproportionnée.

À peine quatre jours plus tard, le président a pourtant reculé et a annulé sa réforme, mais la vague de protestations avait déjà fait 25 morts.

Ce recul du gouvernement n'a pas calmé la colère. Le 23 avril, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans la capitale Managua pour dénoncer la répression.

Car le président Daniel Ortega est un révolutionnaire qui a changé son fusil d'épaule. Il était de ceux qui ont réussi à mettre fin à 40 ans de dictature en 1979. Il a gouverné le pays de la révoution jusqu'à 1990, quand il a été défait aux élections. Il a repris le pouvoir en 2007, et s'y accroche depuis.

À l'époque de la guérilla, il est devenu un des principaux opposants à l'hégémonie américaine dans la région. Le Front sandiniste qu'il dirige jouit d'une réputation légendaire en Amérique latine.

Le parti sandiniste donc, celui qui a un jour fait miroiter la liberté au peuple, est aujourd'hui le parti de la servitude. Gare à ceux qui osent dénoncer les actions de Daniel Ortega.

Le peuple est démuni devant les armes d'assauts utilisés par les forces gouvernementales. Il répond avec des pierres et des armes artisanales.

Même qu'une opération nettoyage a été lancée récemment. Cette semaine, le parlement, contrôlé par le gouvernement, a adopté une loi qui prévoit un emprisonnement pouvant atteindre 20 ans pour tout acte considéré terroriste, sans définir clairement ce qu'un tel acte pourrait être.

La loi pourrait donc clairement s'appliquer aux manifestants. Le but est d'en finir avec toute forme de résistance.

L'impuissance

À Montréal, Gabriela se sent bien impuissante devant l'horreur de que vivent les membres de sa famille.

« Ils sont kidnappés dans leur propre maison. Ils vivent de 8 h le matin jusqu'à 13 h, ensuite ils rentrent et restent à l'intérieur », explique-t-elle.

Avec un petit groupe sur Facebook, ils ont organisé le 9 juin une manifestation à Ottawa. Le but étant de faire connaitre cette crise au monde entier.

Elle a aussi écrit des lettres au gouvernement canadien.

Le 22 juin dernier, une journée après avoir reçu la lettre de Gabriela, la ministre des Affaires étrangères Christia Freeland a dénoncé les actions du gouvernement de Daniel Ortega.

Gabriella participe aux activités d'un groupe Facebook nommé « Nicaragüenses en Montréal ». Elle partage aussi tous les articles qu'elle voit passer sur la crise. Elle veut que les Canadiens et le reste du monde se sentent aussi interpellés qu'elle devant l'ignominie.

La jeune femme ne comprend pas comment son pays en est arrivé à se retrouver dans la même situation qu'il y 39 ans. D'autant plus que le sauveur de l'époque est devenu l'oppresseur.

« C'est inhumain, lance-t-elle. Dans les vidéos qu'on nous partage, les gens demandent de l'aide et on peut ne rien faire. Je de la peine pour les êtres humains. On n'a pas évolué ».

Alors qu'elle nous montre des vidéos publiées sur Internet, elle pleure. Son père la prend dans ses bras. Celui qui a déjà vécu ce drame est touché par la sensibilité de sa fille.

La jeune mère de famille n'entend pas arrêter de faire connaitre cette tragique situation au monde.

« On est avec eux, dit-elle. On est avec eux ».

Elle veut surtout montrer à ses enfants qu'il y a toujours de l'espoir pour l'humanité.

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