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Opération de protection de la jeunesse dans une école juive illégale

Appuyés par des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), des intervenants des centres de la jeunesse et de la famille Batshaw ont procédé mercredi à une opération dans une école juive hassidique de Montréal. Il s'agirait d'une école illégale.

L'école est située à l'angle des avenues Beaumont et du Parc, dans le quartier Parc-Extension.

Des représentants des centres Batshaw se sont rendus à l'école, plus tôt cette semaine, à la suite d'un signalement. Ils ont demandé aux dirigeants d'entrer dans l'école afin de s'entretenir avec les enfants, les enseignants et les parents qui s'y trouvaient. L'accès leur a toutefois été refusé par les leaders de la communauté.

Les employés ont ainsi dû revenir avec l'appui des policiers pour intervenir à l'école de cette petite communauté qui compte une soixantaine de familles.

Afin de protéger l'identité des enfants, la porte-parole des Centres jeunesse Batshaw, Claire Roy, n'a pas voulu commenter l'intervention. Le SPVM, pour sa part, confirme qu'aucune arrestation n'a eu lieu. « Nous exécutions les mandats que la DPJ avait obtenus », a expliqué l'agent Abdullah Emram.

Hersh Ber Hirseh, membre du conseil d'administration de l'école, a commenté brièvement l'intervention des autorités : « En pleine négociation avec la DPJ, elle a mystérieusement fait intrusion avec la police. Avec nos avocats, nous avons convenu de les laisser faire leur travail au cours des prochaines semaines. Tout ça ne nous plaît pas en raison du traumatisme causé aux enfants. Mais nous allons poursuivre notre collaboration avec la DPJ. »

Selon le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur (MEES), « il ne s'agit pas d'un établissement d'enseignement ».

« Un établissement qui dispense uniquement un enseignement religieux n'a pas à être détenteur d'un permis du MEES. Par contre, il est de la responsabilité des parents de s'assurer de s'acquitter de l'obligation de fréquentation scolaire de leurs enfants », a écrit le porte-parole Bryan St-Louis dans un courriel transmis à Radio-Canada.

Le coprésident du Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec, Reuben Poupko, a publié ce commentaire après l'intervention: « Selon les informations dont nous disposons, l'école en question fonctionne sans permis du ministère de l'Éducation et cette intervention s'est déroulée en pleine conformité avec la Loi sur la protection de la jeunesse du Québec. Nous sommes convaincus que des mesures ont été prises pour assurer que le bien-être des enfants demeure la priorité absolue. »

« C'est une véritable tragédie », s'est désolé pour sa part le député de l'opposition Alexandre Cloutier. « Ce n'est pas normal qu'en 2016, il soit encore possible que des étudiants et des étudiantes vivent comme ça en marge de la société. C'est hypothéquer leur avenir. »

Vers une scolarisation à la maison

Les écoles juives illégales sont au centre d'une nouvelle polémique à la suite d'un reportage de Radio-Canada diffusé mardi à propos d'un établissement similaire situé dans l'arrondissement d'Outremont. Le reportage expliquait comment cette école pour jeunes filles tente se conformer à la loi en utilisant le droit des parents à la scolarisation à la maison.

Après la diffusion du reportage, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, s'est dit très heureux que la communauté juive tente de se conformer à la loi.

« Mon souhait, c'est qu'on s'assure que si ces jeunes filles-là sont scolarisées avec la commission scolaire à la maison, que ce soit une vraie scolarisation et que la commission scolaire soit bien accompagnée pour le faire », a commenté M. Proulx.

Pour Christine Brabant, professeure à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, la scolarisation à la maison serait un pas dans la bonne direction. Elle estime qu'il est possible que ces jeunes obtiennent une bonne éducation de la part de leurs parents.

Les lois internationales ne requièrent pas un certain niveau de compétences des parents, explique Mme Brabant; on évalue plutôt l'expérience éducative en exigeant la présentation d'un plan d'étude, du matériel scolaire et du portfolio de travail de l'enfant.

Mme Brabant croit qu'avec une telle entente avec le gouvernement, il sera possible pour la commaunauté juive de se conformer aux lois, tout en respectant leus traditions culturelles et religieuses. « Les autochtones ont des dérogations pour l'éducation, comme la prise d'examens dans leurs langues, des programmes d'histoire et d'éthique culturelles qui leur sont propres », rappelle Mme Brabant. Elle ajoute que l'UNESCO et l'ONU affirment qu'un enfant a droit « à une éducation culturellement adaptée pour que l'enfant puisse s'intégrer d'abord dans sa communauté, mais aussi à une éducation de base qui lui permettra d'avoir accès à une société plus large ».

Par ailleurs, Mme Brabant précise que l'éducation à la maison coûte 616 $ par enfant, soit dix fois moins que la scolarisation d'un enfant à l'école.

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