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Optilab : l'autre réforme Barrette qui bouleverse le système de santé

Le ministre Gaétan Barrette prépare une grande réforme du fonctionnement des laboratoires de la province. En les centralisant, comme c'est déjà le cas au nouveau CUSM, Québec compte économiser des dizaines de millions de dollars. Mais ces changements ne sont pas sans risque.

Un texte de Thomas Gerbet

Dans une lettre datée du 4 septembre, obtenue par Radio-Canada, le ministre de la Santé décrit à des directeurs d'hôpitaux son « scénario de centralisation importante ». Gaétan Barrette veut créer des mégalaboratoires, appelés « laboratoires serveurs », où sera transférée une grande partie des analyses d'autres hôpitaux. 

À Montréal, par exemple, les laboratoires du CHUM et du CUSM auront l'exclusivité des analyses de biochimie, d'hématologie, de sérologie et d'immunologie, sauf pour les cas urgents et quand l'intégrité des échantillons ne pourra être assurée.

Les hôpitaux de Sainte-Justine, Maisonneuve-Rosemont, du Sacré-Coeur, rattachés au CHUM, et l'Hôpital général juif, rattaché au CUSM, pourront quand même garder les analyses de microbiologie et de pathologie, mais pas les autres laboratoires publics de l'île.

Le volume d'analyses du laboratoire du CHUM augmentera de 67 % dans les prochaines années. Dans le même temps, les laboratoires rattachés à sa « grappe » vont perdre des plumes. Par exemple, le laboratoire de Sainte-Justine devra réduire ses activités de 48 % et celui de l'Institut de cardiologie de 67 %.

Toutes les régions du Québec n'auront pas de laboratoires serveurs, ce qui nécessitera des transports d'échantillons sur de grandes distances. Par exemple, Rimouski doit servir la Côte-Nord et le CUSM de Montréal est déjà désigné pour les prélèvements de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec.

Pour consulter la carte des 11 laboratoires serveurs sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Ainsi, à Laval, le laboratoire de l'Hôpital Cité-de-la-Santé traitera 243 % d'analyses en plus. Au laboratoire de l'Hôpital Charles-Lemoyne de Longueuil, la croissance sera même de 282 %. Ça signifie des pertes d'activités importantes pour des laboratoires comme ceux de l'Hôpital Pierre-Boucher ou celui de Saint-Hyacinthe ou Châteauguay.

Une des conséquences concrètes d'Optilab en Montérégie a fait les manchettes récemment : les travaux du nouveau laboratoire du Haut-Richelieu ont été stoppés cet été par le ministère, alors qu'ils étaient presque terminés. L'endroit pourrait devenir une coquille vide.

Pour consulter le graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Plus de déplacements d'échantillons et plus de risques

La forte croissance du transfert de millions des prélèvements d'un établissement à un autre sera un des principaux risques de la réforme. À preuve, la centralisation des laboratoires du CUSM a entraîné des centaines de pertes d'échantillons ces derniers mois et des retards de traitement.

Actuellement, il n'existe aucun système provincial informatisé pour suivre les prélèvements à la trace. « Nous sommes très préoccupés. On a mis la charrue avant les boeufs », dénonce la présidente de l'Ordre professionnel des technologistes médicaux, Nathalie Rodrigue. Malgré tout, plusieurs laboratoires sont déjà en cours de centralisation.

Pourtant, le ministre Barrette reconnaît lui-même dans sa lettre l'existence de « contraintes », dont « le système de transport des échantillons ». Pour ce qui est de la traçabilité, Québec envisage de lancer un appel d'offres l'année prochaine pour acquérir un nouveau système informatisé.

Conséquences sur les employés des laboratoires

Une autre contrainte identifiée par Gaétan Barrette dans sa lettre, ce sont « les ressources humaines ». Du personnel devra nécessairement être transféré vers les laboratoires serveurs. Y aura-t-il des pertes d'emplois? « L'optimisation se réalisera en très grande partie par attrition », répond Noémie Vanheuverzwijn, porte-parole du ministère de la Santé. « Un plan de gestion de la main-d'œuvre est en élaboration actuellement afin de planifier le changement, et de faciliter la transition dans chacune des régions », ajoute-t-elle.

Que feront, par exemple, les employés du laboratoire de l'Hôpital de Gaspé s'ils doivent être transférés à Rimouski? « Dans les conventions collectives, on ne peut pas déplacer les gens à plus de 50 ou 60 kilomètres, mentionne Nathalie Rodrigue de l'OPTMQ. Donc, ils vont peut-être payer des gens à se tourner les pouces. »

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