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Ottawa et Québec dénoncent les droits imposés sur le bois d'oeuvre

Les gouvernements du Québec et du Canada sont sur le pied d'alerte depuis que les États-Unis ont annoncé l'imposition de droits compensateurs aux exportateurs canadiens de bois d'oeuvre. Mardi, Ottawa et Québec ont dénoncé cette mesure et ont expliqué leur stratégie respective.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Les droits compensateurs annoncés lundi par Washington s'échelonnent entre 3 % et 24 %. Le taux varie d'un producteur de bois d'oeuvre à un autre en fonction de l'évaluation effectuée par les responsables américains.

Face à cette offensive des États-Unis, le premier ministre Justin Trudeau s’est entretenu au téléphone mardi avec le président Donald Trump.‎Au sujet du dossier du bois d’œuvre, le premier ministre a réfuté « les allégations sans fondement du département américain du Commerce et la décision d’imposer des droits injustes. »

Le premier ministre a insisté sur le fait que le gouvernement « allait défendre vigoureusement les intérêts de l’industrie, comme nous avons réussi à le faire dans tous les différends sur le bois d’œuvre qui nous ont opposés aux États-Unis dans le passé. »

Ils ont également discuté des échanges commerciaux en matière de produits laitiers. Le premier ministre a réaffirmé que « le Canada respecte ses obligations commerciales internationales, notamment celles en vertu de l’Accord de libre-échange nord-américain, grâce auquel les États-Unis continuent de bénéficier d’un accès en franchise de droits et non contingenté pour les matières protéiques de lait, dont le lait diafiltré, et que le Canada allait continuer de défendre ses intérêts. »

Le premier ministre et le président ont convenu de poursuivre leur dialogue sur ces enjeux bilatéraux importants.

Le gouvernement Trudeau pourrait annoncer de l'aide supplémentaire pour les fabricants de bois d'oeuvre : « Non, je n'exclus rien », a répondu le ministre des Ressources naturelles du Canada, Jim Carr, lorsqu'il a été questionné sur ce sujet en conférence ce presse mardi, à Ottawa.

D'ici là, le ministre Carr compte aider les entreprises de bois d'oeuvre du pays de trois façons :

  • en rencontrant cette semaine les membres du groupe de travail fédéral-provincial sur le bois d'oeuvre afin de déterminer les étapes à suivre;
  • en s'assurant que les entreprises bénéficient de l'aide déjà existante, offerte par la Banque de développement du Canada et par Exportation et Développement Canada (EDC);
  • en maintenant la pression sur l'adminIstration américaine pour qu'elle retire cette action qualifiée d'« injuste et d'injustifiée » par Ottawa.

Déloyale ou pas, la concurrence canadienne?

L'argument des États-Unis pour imposer des tarifs sur les importations de bois d’oeuvre canadien repose sur le fait qu'au Canada, une partie des terres à bois sont publiques. Pour Washington, cette situation confère aux autorités canadiennes le pouvoir de gérer et de fixer des prix moins élevés que ceux du marché. Le Canada rétorque que ses prix ne sont pas maintenus artificiellement à la baisse, puisque le bois est vendu par l'entremise d'enchères conçues pour refléter les prix du marché.

Les premiers ministres des provinces ont participé à une réunion téléphonique avec le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, en fin d'après-midi. Ils ont convenu de défendre les intérêts de l'industrie du bois d'oeuvre, y compris devant la justice. Ils considèrent également qu'un règlement négocié de ce conflit serait dans le meilleur intérêt du Canada et des États-Unis.

« Ils ont convenu de poursuivre leur collaboration et ont reconnu que bien que les Canadiens soient polis et justes, les intérêts du Canada seront toujours vigoureusement défendus », peut-on lire dans un communiqué.

Québec offre de l'aide financière aux producteurs

Pendant qu'Ottawa faisait part de sa réaction, Québec réagissait également en conférence de presse. Pour le Québec, l'enjeu est de taille, car 60 000 personnes travaillent dans l'industrie du bois d'oeuvre, qui est présente dans 220 municipalités.

Dominique Anglade, ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, a dit des mesures protectionnistes de Washington qu'elles étaient « injustifiées, hautement et parfaitement déraisonnables ».

Le gouvernement de Philippe Couillard accordera aux producteurs de bois d'oeuvre des prêts et des garanties sur une base commerciale d'une valeur pouvant atteindre 300 millions de dollars. Cette aide respectera les normes du marché et les engagements du Québec dans le cadre d'accords internationaux, a assuré Mme Anglade.

Des décennies de disputes

Le commerce du bois d'oeuvre apporte son lot d'irritants entre les deux pays depuis des décennies. De l'avis du ministre Carr, le litige a été présent dès les premières années de la Confédération.

Mais la crise actuelle remonte à la récession du début des années 1980. L'épisode qui s'est ouvert cette semaine est le cinquième depuis cette date. Il s'inscrit dans la volonté qu'a le président des États-Unis, Donald Trump, de lutter contre ce qu'il considère être une concurrence déloyale exercée par le Canada à l'encontre des États-Unis.

Les droits compensateurs annoncés lundi sont préliminaires. Washington imposera en juin prochain des droits antidumping. Puis, en novembre, le tarif combiné (compensateur et antidumping). Ces mesures seront confirmées en janvier 2018. Ce n'est qu'à ce moment-là que le Canada pourra faire appel auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), de l'ALENA, ou des deux.

Par le passé, les deux partenaires commerciaux se sont affrontés en justice sur la question du bois d'oeuvre, des batailles qui se sont soldées par des ententes exceptionnelles.

De l'avis du professeur Luc Bouthillier, du Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval, le Canada n’est jamais allé au bout de ses recours judiciaires contre les États-Unis dans ce dossier. Cette fois, dit-il, « il faut aller au bout du processus judiciaire et que ce soit très clair qu’il n’y a pas de pratique déloyale au Canada ».

« Le Canada a été dur », affirme Donald Trump

Tandis qu'il signait un décret sur la prospérité rurale aux États-Unis, mardi, le président Donald Trump a déclaré à propos du bois d'oeuvre que « les gens ne comprennent pas à quel point le Canada a été dur avec les États-Unis ».

« On ne se fera plus avoir », a-t-il poursuivi, en faisant aussi référence aux pratiques commerciales du Canada à l'égard des producteurs américains de lait, un autre point de discorde entre les deux pays. Cela dit, le président américain affirme n'avoir aucune crainte qu'une guerre commerciale émerge de ces tensions.

L'ALENA déplaît à l'administration de Donald Trump

Jeudi dernier, Donald Trump avait lancé une première salve contre le commerce canado-américain en annonçant que les États-Unis devaient entreprendre des négociations « très, très rapidement » avec le Canada.

Après le pétrole, le gaz naturel et les voitures, le bois d'oeuvre arrive au quatrième rang des exportations canadiennes aux États-Unis, a affimé mardi le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross. Ce dernier évalue à un milliard de dollars américains par année la valeur des nouveaux tarifs imposés sur le bois d'oeuvre. La première année, les États-Unis récolteront aussi 250 millions de dollars pour les droits recueillis rétroactivement.

Pour le secrétaire au Commerce, les querelles canado-américaines sur le lait et sur le bois d'oeuvre illustrent la nécessité de renégocier l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

« Tout est lié à tout quand vous essayez de négocier », a déclaré Wilbur Ross, qui affirme avoir voulu régler, en vain, la question du bois d'oeuvre avant de s'engager dans la renégociation de l'ALÉNA. « Si l'ALÉNA fonctionnait correctement, vous n'auriez pas eu ces accrochages », estime M. Ross, qui critique par ailleurs le fait que l'industrie laitière ne soit pas couverte par l'ALENA.

Pourquoi réagir si tard?, demande Thomas Mulcair

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, critique l'inaction du gouvernement de Justin Trudeau. « Comment ça se fait qu’ils n’ont rien vu arriver?, dit-il. Ce sont des centaines de milliers d’emplois au Canada qui dépendent de notre secteur forestier » .

« L’entente était échue déjà quand le gouvernement a été formé, dit le chef néo-démocrate. Pendant un an, il y avait une période de grâce, pendant laquelle les Américains ne pouvaient pas imposer de nouveaux tarifs. On a eu deux présidents américains différents. Le gouvernement n’a rien préparé et voilà qu’on est dans une situation d’urgence aujourd’hui ».

Même son de cloche de la part de la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, selon qui « le gouvernement de Justin Trudeau reste les bras croisés » dans ce conflit.

Avec les informations de Sébastien Bovet

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