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Où attendez-vous le plus à l'urgence? La réponse en cartes

Deux heures vingt-cinq minutes. C'est le temps que vous passez en moyenne à l'urgence entre le triage et le moment où vous voyez le médecin. Mais ce chiffre varie considérablement d'une région à l'autre et entre les hôpitaux du Québec.

Un texte de Mathieu Gobeil

« [L'attente à l'urgence], ce n'est pas un problème sur lequel on s'est penché beaucoup depuis 30 ans, alors que c'est extrêmement important », dit le Dr Alain Vadeboncoeur, chef du service de médecine d'urgence à l'Institut de cardiologie de Montréal.

Lanaudière, là où l'on attend le plus longtemps

Sur cette carte, les régions les plus foncées sont celles où les temps d'attente étaient les plus longs en 2014-2015. Lanaudière demeure celle où on attend le plus à l'urgence, soit 3 h 38 en moyenne. La région de Chaudière-Appalaches est celle où l'attente est la moins longue, avec 1 h 24. L'écart est notoire.

« Lanaudière, ça se résume à deux hôpitaux essentiellement, Joliette et Le Gardeur : ce sont deux urgences, surtout à Le Gardeur, extrêmement achalandées », explique l'urgentologue.

Et par établissement?

De façon générale, l'attente est plus longue dans les urgences qui traitent un volume élevé de patients, comme à l'Hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne (4 h 05) la Cité de la santé de Laval (3 h 20) ou l'Hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil (4 h 15). On attend moins dans les petits établissements.

Mais il y a des exceptions. Par exemple, à l'hôpital de Papineau, dans l'Outaouais, qui a un faible volume, l'attente est de 4 h 27. Et les urgences de Montréal, où l'on retrouve les plus gros volumes de la province, font un peu mieux que la moyenne (2 h 06).

Comment expliquer les écarts? Selon Alain Vadeboncoeur, le premier facteur demeure le nombre d'infirmières, et surtout de médecins, par rapport au volume de patients. « Je ne vois pas pourquoi les gens prendraient quatre fois plus de temps à un hôpital qu'à un autre, alors que c'est essentiellement le même genre de personne qui fait le même genre de travail ».

Comment le triage fonctionne

Lorsque les patients se présentent, ils se voient attribuer un code de priorité selon la gravité du problème, de P1 (« réanimation », le plus urgent) à P5 (« non urgent »).

Pour voir ce graphique à l'aide d'un appareil mobile, cliquez ici.

« C'est sûr que si on arrive en arrêt cardiaque, en infarctus, en détresse respiratoire [les cas P1)], le temps va être très court », dit le Dr Vadeboncoeur. Ces patients vont être traités sur-le-champ ou dans les minutes qui suivent.

Pour les cas P4 ou P5 - il peut s'agir de personnes ayant des douleurs abdominales, ou encore des maux de gorge -, ils devront patienter souvent des heures, car ils ne sont pas considérés comme prioritaires.

L'attente, aussi une question de perception

L'urgentologue tient à rappeler que l'attente de 2 h 25 est une moyenne provinciale, pour l'année. Les délais sont généralement plus courts en été et plus longs en hiver, quand les hôpitaux connaissent de forts achalandages pendant le pic de la grippe et du rhume.

Une telle moyenne peut paraître incroyable pour ceux qui se souviennent d'avoir attendu beaucoup plus longtemps à l'urgence.

« L'expérience des gens, c'est d'arriver à l'urgence et d'attendre, évidemment, non avec des conditions P1 et P2 - dont la prise en charge est immédiate - mais avec des conditions P4 et P5 », explique-t-il.

Par ailleurs, le délai de prise en charge ne tient pas compte du temps entre l'arrivée à l'urgence et la fin du triage par le personnel infirmier, un processus qui peut aussi être long.

Infirmières débordées

Depuis 20 ans, l'achalandage des urgences a grandement augmenté, rappelle le médecin. « À l'époque. Il y avait moins de volume et une pratique différente. C'est devenu plus complexe. Les médecins aussi ont changé », relate-t-il.

« Je connais des gens qui ont quitté le milieu de l'urgence parce que ça devenait trop dur. La pression de l'attente, elle est sur l'infirmière. C'est elle qui est au triage, qui doit aussi réévaluer les patients périodiquement. »

La situation d'un patient peut aussi se détériorer gravement avant de voir un médecin. L'attente devient à ce moment un facteur de risque. D'où l'importance de s'attaquer aux délais inacceptables.

L'urgentologue a été appelé à effectuer des expertises de cas dans plusieurs établissements du Québec. « Je me souviens d'une dame à qui on avait dit qu'elle souffrait de maux d'estomac. Elle revient [à l'urgence], on pense encore que c'est l'estomac, mais ça ressemble pas mal à une crise de cœur. Elle est assise dans la salle d'attente et elle fait un arrêt cardiaque là, après quelques heures d'attente. Des choses comme ça, ça existe, malheureusement. »

Revoir l'organisation du travail

Des solutions existent, ici comme ailleurs, insiste le médecin. « On peut, par exemple, créer des "fast track", des endroits à l'extérieur de l'urgence pour y envoyer les petits cas, de façon à sortir ces patients qui n'ont pas vraiment de condition urgente, et qui s'accumulent et causent certains problèmes. Et qui sont à risque aussi parce qu'ils ne sont pas vus rapidement », détaille-t-il.

« L'Hôpital général juif a fait un travail dans ce sens-là [avec une salle d'urgence reconfigurée et des méthodes de triage visant une prise en charge rapide]. Je pense qu'ils ont assez bien réussi », dit-il.

Le médecin soutient que le désengorgement passe aussi en bonne partie par le renforcement de la première ligne. En effet, les cas P4 et P5 représentent 56 % des patients à l'urgence et pourraient pour la plupart être vus dans une clinique ou un CLSC, ou encore en consultation externe, à l'hôpital.

Dans son plan stratégique 2015-2020, le ministère de la Santé veut amener à 85 % la proportion de patients qui voient le médecin en 2 h ou moins.

- Avec la collaboration de Florent Daudens - 

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