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Où en est la lutte contre la drogue? La réponse en cartes

Réunis à New York lors d'une session extraordinaire, les membres de l'Assemblée générale de l'ONU se sont penchés sur le problème mondial de la drogue.

Un texte de Ximena Sampson

En 2013, 246 millions de personnes ont consommé des drogues illicites dans le monde. Parmi elles, 27 millions étaient des usagers problématiques et 187 000 en sont mortes.

Toutefois, selon les données des Nations unies, tous les pays ne sont pas égaux devant la consommation de drogues, comme le montre la carte. Consultez la carte ci-dessous pour plus de détails.

Des résultats minces

La rencontre aux Nations unies, qui devait initialement avoir lieu en 2019, a été avancée de trois ans à la demande du Guatemala, du Mexique et de la Colombie, trois pays qui ont payé le prix fort dans la lutte contre la drogue. Leur objectif était de revoir la stratégie actuelle, basée sur la prohibition, et de mettre plutôt de l'avant les droits de l'homme, la prévention et la santé publique.

Leur démarche n'a cependant pas donné les résultats escomptés. Le texte de la résolution finale, adopté mardi, reprend essentiellement la même façon d'aborder le problème. Le texte souligne notamment que « le fondement du régime international de contrôle des drogues » demeure les trois conventions sur les stupéfiants, qui sont axées sur la prohibition.

Pour les ONG, qui souhaitaient une déclaration d'échec de la guerre contre la drogue et l'adoption d'une approche axée sur la santé publique, c'est aussi une défaite.

« C'est un document assez faible, déplore Richard Elliott, directeur général du Réseau juridique canadien VIH/sida, joint à New York. C'est dommage. En 2016 on devrait avoir une approche beaucoup plus forte fondée sur les données scientifiques, sur une stratégie de réduction des méfaits, sur la protection de la santé publique et sur le respect des droits de la personne. »

Une « opportunité perdue »

« Il faut modifier le système international de contrôle des stupéfiants, mais encore faut-il savoir comment le faire ou avoir une proposition qui suscite un certain consensus », souligne Guillermo Aureano, chercheur associé au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal.

Selon lui, les pays qui souhaitaient des modifications n'avaient pas de solution de rechange à proposer à la prohibition. C'est donc le statu quo qui s'est imposé, ce qui fait dire au chercheur qu'il s'agit d'une « opportunité perdue ».

Cette inaction s'appuie aussi sur la division de la communauté internationale. Si certains pays occidentaux et latino-américains sont ouverts à la libéralisation à différents degrés (allant de la légalisation à la décriminalisation), le camp des prohibitionnistes purs et durs est encore majoritaire.

Des puissances régionales comme la Russie, l'Iran, la Chine, l'Indonésie et le Pakistan sont foncièrement opposées à toute remise en question de la répression.

La question de la peine de mort

Dans une trentaine d'États au monde, dont l'Arabie saoudite, la Chine, la Malaisie, les Émirats arabes unis et le Vietnam, la possession ou le trafic de stupéfiants est passible de la peine de mort. L'application de la peine capitale pour ce type d'offenses constitue une violation du droit international.

Pour Guillermo Aureano, le fait que l'Assemblée générale n'ait d'ailleurs pas condamné le recours à la peine de mort contre de petits trafiquants est une « catastrophe ».

Richard Elliott est plus nuancé. « Des dizaines de pays ont condamné la peine de mort [dans ce contexte], y compris le Canada », affirme-t-il. « Il n'y a qu'une minorité de pays qui ont pris la parole pour défendre leur pratique de tuer les gens pour des infractions liées à la drogue. »

Il y voit un signe que les choses sont en train de changer. « Il n'y a qu'une décennie, il y avait un consensus très fort en faveur de la prohibition, la répression et la guerre contre les drogues », maintient Richard Elliott. « [Dix ans plus tard], on voit un consensus qui est en train de s'élaborer autour d'approches axées sur la santé publique plutôt que sur la répression et l'incarcération. »

Réalignement géopolitique

Alors que pendant plusieurs décennies, les États-Unis ont été à la tête de la guerre contre la drogue dans le monde, dépensant des milliards de dollars pour en combattre la production et le trafic, ils semblent maintenant en retrait.

Il faut dire qu'au cours des dernières années, plusieurs États américains ont adopté des législations moins restrictives. « Ça a brisé un tabou », affirme Guillermo Aureano. « Les États-Unis se retirent lentement du devant de la scène et deviennent plus tolérants. Ils ne peuvent plus exercer le magistère moral comme ils en avaient l'habitude. »

En attendant, puisque les traités internationaux demeurent en vigueur, l'alternative est de procéder à des changements au niveau national.

« Plusieurs pays ont décidé de décriminaliser la possession de stupéfiants, par exemple, ou d'investir dans des approches et des programmes pour protéger la santé publique », souligne Richard Elliott. C'est ce que s'apprête à faire le Canada.

L'approche canadienne

Devant l'Assemblée générale, mardi, la ministre de la Santé du Canada, Jane Philpott, a indiqué que le gouvernement déposera un projet de loi dans un an pour amorcer le processus de légalisation et de réglementation de la marijuana à des fins récréatives.

Mme Philpott a précisé que politique serait élaborée dans le respect des droits de la personne et dans une optique de santé publique axée sur l'éducation et la prévention.

Cette approche correspond à ce que préconisent des organismes comme la Coalition canadienne des politiques sur les drogues, qui souhaite voir les gouvernements mettre en place des mesures de réduction des méfaits.

Ces mesures incluent des programmes d'échanges de seringues et de distribution de condoms ainsi que les traitements de substitution aux opioïdes et la mise en place de lieux supervisés pour les utilisateurs de drogues injectables.

« La réduction des méfaits, ça ne veut pas dire qu'on doit éliminer les efforts de prévention », précise Lynne Belle-Isle, présidente de la Coalition canadienne des politiques sur les drogues. « On continue d'essayer d'éviter que les gens commencent à prendre des drogues. Mais s'ils le font, il faudrait qu'ils le fassent de façon sécuritaire. »

L'idée est qu'en utilisant ces services, ils soient éventuellement amenés à vouloir chercher des traitements.

Vent d'optimisme pour les tenants de la décriminalisation

Les responsables des ONG se montrent optimistes pour l'avenir. « [D'ici quelques années] on verra augmenter le nombre de pays qui vont reconnaître que la guerre contre les drogues est un échec très coûteux pour la santé publique, pour les droits de la personne ou pour l'État », croit Richard Elliott.

C'est également l'avis de Lynne Belle-Isle, de la Coalition canadienne des politiques sur les drogues. « Ça fait une douzaine d'années que je travaille dans ce domaine et j'ai vu un gros changement », soutient-elle. « Quand on allait à des conférences mondiales, dans le passé, il y a des pays qui n'osaient même pas prononcer certains mots, comme réduction des méfaits. Maintenant, il y en a de plus en plus. »

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