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Où l'année scolaire est-elle la plus longue? La réponse en carte

Bon nombre de jeunes Canadiens reprennent le chemin de l'école cette semaine. Ils en auront, comme chaque année, pour 182 jours de classe en moyenne. Mais pour leurs camarades à l'étranger, la durée de l'année scolaire est passablement différente. Voyez comment on aménage le calendrier scolaire ailleurs.

Un texte de Mathieu Gobeil

Le nombre de jours de classe dans une année au primaire varie peu d'une province canadienne à l'autre et est sensiblement le même qu’aux États-Unis (180). Il se compare aussi à la moyenne des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui se situe à 185 jours.

Les jeunes Israéliens sont ceux qui passent le plus de jours sur les bancs d’école, soit 219 par année. Les élèves japonais, australiens, danois, italiens, mexicains, brésiliens et colombiens les suivent, avec environ 200 jours formels.

C’est en Lituanie où l’on compte le moins de jours d’instruction par an (160). Elle est dépassée de près par la France (162), la Lettonie (169), la Russie (169) et la Grèce (171).

Note : l’OCDE fournit des données uniquement sur ses 35 pays membres et quelques pays partenaires.

Mais le nombre de jours n’est qu’une donnée parmi d’autres dans l’aménagement du calendrier des élèves partout dans le monde. Au Canada, le temps d’instruction formelle comptabilisé dans une année est de 919 heures au primaire, soit davantage que la moyenne de l’OCDE, qui est de 799 heures. Les Danois sont ceux qui reçoivent le plus d’heures d’instruction formelle dans l’année, soit 1051 heures - devant les Chiliens, les Australiens et les Colombiens. Les Russes ferment la marche avec 517 heures.

Toutefois, ces chiffres ne montrent qu’une partie de la réalité. « La grande tendance, notamment dans les pays asiatiques, est d’allonger le temps scolaire, de façon informelle le plus souvent », fait remarquer Jean Bernatchez, politologue et professeur en sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).

« Au Japon, notamment, il y a une instruction obligatoire, mais il y a aussi plusieurs écoles privées qui oeuvrent principalement le soir, de sorte que les élèves - surtout au secondaire - font leur journée dans une école publique et, bien souvent, vont dans une école privée le soir pendant deux ou trois heures pour parfaire leurs connaissances et acquérir plus de compétences. Et ça, ce n’est pas nécessairement comptabilisé dans le temps [de l’OCDE] », explique-t-il.

La tradition d’excellence et de performance au travail exerce beaucoup de pression sur les jeunes Japonais, qui passent de longues heures à étudier - et sont ainsi plus à risque de voir apparaître le stress et des problèmes psychologiques, fait remarquer le professeur Bernatchez. « Je suis bien satisfait du 180 jours qui est prescrit pour notre société, au Québec. Je pense que ça correspond à notre rythme de vie, à nos façons de faire. »

Les « rythmes scolaires »

Le temps d’instruction peut être plus ou moins concentré dans chaque journée et l’horaire quotidien varier sensiblement. Tout dépend de l’organisation de la société et de la culture.

« On voit que ça varie beaucoup [d'un pays à l'autre] », observe Jean Bernatchez. Certains ont une semaine scolaire de quatre jours - ce qui a longtemps été le cas en France, par exemple - et d’autres en ont cinq et demi, ce qui était la norme au Japon jusqu’à récemment.

« Il y a une tendance lourde vers une uniformisation des pratiques à travers le monde autour du cinq jours d’école, qui est le nôtre », remarque toutefois Jean Bernatchez.

Certaines écoles canadiennes et québécoises font l’expérience de l’école sur quatre jours. Des professeurs et des élèves qui l'ont essayée disent que le temps en classe est plus efficace et qu'ils disposent de plus de temps pour les devoirs ou d’autres activités parascolaires.

D’autres établissements sont à revoir l’horaire quotidien. C’est le cas du Cégep de Lévis-Lauzon, où les cours commencent maintenant une heure plus tard. Des recherches montrent en effet que les jeunes, particulièrement les adolescents, bénéficieraient d’un horaire plus adapté à leur rythme biologique et leur besoin de sommeil.

Mais il reste que l’horaire et le calendrier scolaires dépendent souvent de l’organisation du travail dans chaque société, fait remarquer M. Bernatchez. « Historiquement, le temps éducatif a été inféodé aux autres " temps sociaux ", principalement au temps de travail ». Un temps de travail qui est aussi à l'origine des vacances scolaires d'été.

Le problème, c’est que ce long arrêt l’été peut nuire à l’apprentissage et à la mise en application des acquis, surtout pour les élèves qui ont des difficultés, signale Charles Pascal, professeur de psychologie appliquée à l'Institut des études pédagogiques de l'Ontario (OISE) de l’Université de Toronto. L’idéal est, selon lui, d’avoir des sessions scolaires plus nombreuses et plus courtes, réparties tout au long de l’année, et entrecoupées de quelques semaines de congé. Les recherches démontrent les bénéfices de ce modèle, soutient-il.

C’est ce que fait l’Australie. « L’Australie a quatre courtes sessions entrecoupées de deux ou trois semaines de vacances chaque fois. Alors les pauses sont plus courtes et permettent de maintenir le rythme des nouveaux apprentissages. Et franchement, c’est beaucoup plus facile de trouver quoi faire en congé avec ses enfants pendant deux semaines que pendant deux mois », dit le professeur Pascal.

Quelques écoles aux États-Unis et au Canada ont commencé à adopter un modèle « à longueur d'année » comme l’Australie. Certaines optent pour une rentrée beaucoup plus tôt en août.

D’autres établissements songent à introduire une semaine de relâche à l’automne. La Commission scolaire des Navigateurs, dans Chaudière-Appalaches, a voulu tenter l'aventure, mais a dû reculer devant la résistance des parents et des professeurs. « Ce qui me fait dire que ce ne sont pas tant les variables pédagogiques que sociales qui déterminent le temps éducatif, scolaire, pour faire en sorte que ce soit socialement acceptable », dit Jean Bernatchez.

Par ailleurs, le professeur Bernatchez n’est pas convaincu que l’école « à l’année » soit la solution. « C’est important qu’il y ait un arrêt pour qu’on puisse recommencer sur de nouvelles bases avec un regain d’énergie. Il faudrait voir si ceux qui sont à l’école sur 11 mois, 12 mois, ça leur plaît véritablement, s’il y a des impacts négatifs ».

Il souligne lui aussi le risque pour un jeune de revenir complètement déconnecté de la matière lors de la rentrée après plus de deux mois de vacances, mais fait remarquer qu’il existe des ressources - cahiers d’exercices, programmes de lecture dans les bibliothèques, Alloprof - qui permettent une révision durant la saison estivale et une préparation à l'année qui vient.

Plus d’heures d’école = plus grande réussite?

Les données de l’OCDE ne permettent pas de faire un lien entre le total d’heures de cours et le succès scolaire. « La question n’est pas de savoir combien de temps les élèves passent à l’école ici ou ailleurs, mais bien ce qu’ils font en classe », assure Charles Pascal, qui est aussi le père de la maternelle à temps plein en Ontario.

Il prend pour exemple la Finlande. Les élèves y reçoivent 632 heures formelles par année, un des chiffres les plus bas de l’OCDE. Pourtant, le pays trône au sommet des résultats de la fameuse enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis).

« Il faut voir la qualité de la pédagogie. En Finlande, les professeurs sont formés de façon très rigoureuse - ils doivent d’ailleurs détenir un diplôme de maîtrise - et sont gardés en haute estime dans la société », explique Charles Pascal.

« Ils savent comment favoriser l’apprentissage et innovent constamment. L’enseignement ne se fait pas par discipline, mais autour de la résolution de problème, en petits groupes, ce qui fait appel à plusieurs matières à la fois. »

Et toute organisation du temps scolaire doit prendre en compte les autres sphères, comme le temps passé à la maison et les loisirs, dans une approche holistique. D’où l’importance de la conciliation travail-famille pour les parents, insiste-t-il.

De son côté, Jean Bernatchez rappelle que les jeunes jouissent de moins en moins de temps libre. Le temps qui n’est pas passé à l’école est de plus en plus planifié, encadré, dans des activités parascolaires. « Le temps que les parents au Québec consacrent avec leurs jeunes a diminué de moitié depuis le début des années 70 », note-t-il.

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