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Où la voiture électrique fait-elle sa place? La réponse en carte

La Norvège s'apprêterait à interdire la vente de véhicules à essence ou au diesel d'ici 2025.  Cette mesure pourrait-elle faire école? Portrait de l'utilisation de la voiture électrique dans le monde.

Un texte de Marie-Ève Maheu

Cette semaine, le PDG du constructeur de voiture électrique Tesla était aux anges. « Quel pays incroyablement impressionnant! », a écrit Elon Musk sur Twitter, en partageant la une d'un journal norvégien. Même si aucune proposition de loi n'est sur la table, un consensus politique serait en train d'émerger.

En Norvège, près d'une voiture sur quatre immatriculée en 2015 est électrique (23,3 %).

« C'est énorme! Mais ils ont tellement d'incitatifs », souligne Christophe Ménigault, consultant en développement durable chez Deloitte. Il cite l'exemption totale de taxes et de frais d'enregistrement, alors que la voiture à essence ou au diesel est fortement taxée, ce qui va jusqu'à doubler le prix d'une voiture neuve. 

Il y a aussi toutes sortes d'avantages au quotidien à posséder un véhicule électrique en Norvège, ajoute M. Ménigault : des stationnements gratuits, des voies réservées, l'exemption de péage sur les ponts et les autoroutes. « On invite davantage le consommateur à réfléchir à ses besoins réels, dit-il, et surtout à sortir la calculatrice! »

Au Canada, quelque 20 000 véhicules électriques sont en circulation. En part de marché pour 2015, c'est 0,4 % du nouveau parc automobile. Le pays n'est donc pas très loin derrière son voisin américain (0,7 %) et le Japon (0,6 %).

Outre la Norvège, les meilleurs élèves sont les Pays-Bas, avec près de 10 % des voitures immatriculées l'an dernier qui roulent à l'électricité, la Suède à 2,4 %, la France à 1,2 % et la Grande-Bretagne et la Chine à 1 %. Les autres sont sous le 1 %.

Les pays où la voiture électrique s'est développée offrent nécessairement des incitatifs, souligne Christophe Méginault. Le Canada n'offre rien, mais certaines provinces oui. Le Québec rembourse 8000 $ à l'achat, l'Ontario jusqu'à 14 000 $ et la Colombie-Britannique, 5000 $.

La voiture électrique est encore marginale, mais la situation évolue rapidement. L'exemple de la Norvège, qui y a placé ses billes, est frappant.

La voiture électrique au Québec

« Je ne vous cacherai pas qu'au Québec, il y a deux ou trois ans, se promener en "char à batterie", on avait l'air bizarre. Aujourd'hui, c'est difficile de ne pas en voir. À Montréal, les taxis Téo rappellent constamment cette réalité », dit Robert Dupuy.

Et il y a de plus en plus de modèles.

Daniel Breton, coauteur du premier guide de L'Auto électrique, hybride ou écoénergétique, lancé le mois dernier, constate néanmoins que les mentalités sont difficiles à changer. « Les gens ont peur, ils se font raconter toutes sortes de bobards par des chroniqueurs, des garagistes et surtout par des concessionnaires. »

Daniel Breton, qui a été ministre de l'Environnement sous Pauline Marois, a manqué de temps, mais il aurait aimé être le père de la loi zéro émission que vient de déposer le gouvernement Couillard. Cette loi va obliger les constructeurs à vendre un pourcentage de voitures électriques en fonction de leurs ventes totales. Québec vise 15,5 % d'ici 2025.

La province emboîte ainsi le pas à une dizaine d'États américains, dont la Californie, le premier à aller dans cette direction.

Cette loi au Québec pourrait changer la donne, en élargissant l'offre de véhicules électriques.

« On sait très clairement que les compagnies comme Volkswagen, Toyota et d'autres n'offrent pas de véhicules électriques au Québec, mais qu'ils le font là où la loi les contraint à le faire », dit Robert Dupuy. « La Fiat a développé la mini 500 en mode électrique seulement pour la Californie, parce que sinon, le constructeur était pénalisé. »

Pour le propriétaire de véhicule électrique, l'achat de ce type de voiture est « le parcours du combattant », dit-il. 

« Ce n'est pas normal qu'au Québec ça prenne plusieurs mois avant de pouvoir commander une Volt de Chevrolet, et qu'il faille attendre de 6 à 8 mois pour une Soul EV de Kia sans choix de couleurs », se désespère Robert Dupuy.

Avec une loi zéro émission à la californienne, les Québécois vont se faire offrir plus de véhicules électriques. Mais il faudra attendre quelques années, puisque les conséquences réglementaires ne commenceront qu'en 2019, note-t-il.

Point de bascule

« On évalue quelque chose qui est en mutation. On a eu une petite progression ces dernières années, mais ça reste des peanuts! », souligne Robert Dupy.

Selon lui, il y a aura un « changement de paradigme » en 2017. « Les voitures électriques avec 300 km d'autonomie [contre 120-150 km actuellement pour les modèles économiques] seront quasiment la norme à 30 000 $ ou 40 000 $, croit Robert Dupy. Avec le remboursement de 8000 $ du gouvernement du Québec et des économies de 2500 $ en essence par année minimum, plus les coûts sauvés pour l'entretien, ça devient économique! Tu entres rapidement dans ton argent. »

Le coût de la batterie a chuté de 35 % en un an, selon Bloomberg New Energy Finance. D'ici 2022, l'agence prédit que les voitures électriques coûteront le même prix que les voitures à essence.

« Avec le prix du carburant, les coûts d'entretien et en assurances, ça va devenir ridicule de s'acheter une voiture à essence », dit le consultant en électrification des transports Daniel Breton.

Restera à convaincre les gens qu'ils n'ont pas besoin de centaines de kilomètres d'autonomie, ajoute Robert Dupy, dont l'association travaille justement à faire de l'éducation. « La majorité des Canadiens font 60 km par jour en moyenne. »

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