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Où les mines antipersonnel font-elles le plus de victimes? La réponse en carte

Encore aujourd'hui, une personne saute sur une mine toutes les deux heures. C'est terrible, mais c'était bien pire il y a une quinzaine d'années, avant l'entrée en vigueur du Traité d'Ottawa. Le 4 avril est la Journée internationale de la sensibilisation au problème des mines et de l'assistance à la lutte antimines. Explications.

Un texte de Danielle Beaudoin

On compte 3678 victimes des mines antipersonnel, des engins explosifs improvisés et d'autres restes explosifs de guerre en 2014, selon le rapport le plus récent de l'Observatoire des mines. C'est en Afghanistan que le bilan est le plus lourd, suivi de la Colombie.

La plupart des victimes, soit 80 %, sont des civils. Parmi ces derniers, plus du tiers (39 %) sont des enfants.

Il y a eu plus de victimes des mines en 2014 qu'en 2013. Une hausse de 12 % qui « s'explique très naturellement par l'augmentation des conflits », selon Jérôme Bobin, directeur général de Handicap international Canada. Il cite les affrontements apparus notamment au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ou encore en Ukraine.

Cela dit, le nombre de victimes des mines a fortement diminué depuis 1999, année de l'entrée en vigueur du Traité d'Ottawa (Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction).

« On parlait à une époque d'une victime toutes les 20 minutes au moment de ce traité. Maintenant, on est à une victime toutes les deux heures. Donc, il y a quand même des progressions », souligne Jérôme Bobin.

Des pays comme le Cambodge, le Laos ou la Colombie sont pollués par des mines antipersonnel enfouies là lors de conflits lointains. La situation est différente dans d'autres États, comme au Yémen. « Actuellement, le Yémen est couvert de mines antipersonnel ou de bombes larguées ou jetées par les différentes parties au conflit. Donc il y a de nouvelles armes explosives aujourd'hui même au Yémen. »

Les efforts de déminage

En 2014, les démineurs ont nettoyé au moins 200 km2 de terres contaminées, et 230 000 mines antipersonnel ont ainsi été détruites. La plus grande partie du déminage a été fait en Afghanistan, au Cambodge et en Croatie.

Les 162 États membres du Traité d'Ottawa ont quant à eux éliminé jusqu'ici plus de 49 millions de mines antipersonnel qu'ils avaient en stock, dont 530 000 en 2014.

Toutefois, le commerce des mines antipersonnel existe toujours, sous forme d'échanges clandestins illégaux. Aujourd'hui, une dizaine d'États fabriqueraient ces armes, dont la Russie, la Chine, la Corée du Sud, l'Inde, le Myanmar et le Pakistan.

Des groupes armés en produisent aussi en Afghanistan, en Colombie, en Irak, au Myanmar, au Pakistan, en Syrie et en Tunisie. Ces groupes se spécialisent dans la fabrication d'engins explosifs improvisés, soit des bombes artisanales.

Des mines difficiles à détecter

On trouve beaucoup de ces bombes artisanales en Colombie, selon Jérôme Bobin, tout juste de retour de ce pays. Il explique que ces bombes se fabriquent à partir d'une bouteille de soda en plastique, une seringue et des substances chimiques : « Ça se fait très facilement, ça ne coûte rien. »

Il souligne que ces engins sont très difficiles à détecter, puisqu'ils ne contiennent pas de métal, contrairement aux mines antipersonnel. « On ne peut pas se contenter de passer le balai de détecteur de métal. Il faut vraiment avancer centimètre par centimètre et repérer dans le sol tout ce qui pourrait ne pas être normal. [...] Comment savoir si cette bouteille est une bombe? C'est hallucinant! »

Les civils qui vivent en zone de conflits ou d'après-conflits doivent se méfier de différents types d'engins explosifs :

  • Mines antipersonnel : mines terrestres posées ou enfouies dans le sol, parfois larguées par un avion, qui explosent sous la pression d'un pas.
  • Mines antichar : mines terrestres aux charges plus puissantes que les antipersonnel
  • Engins explosifs improvisés : des bombes artisanales, de plus en plus utilisées, notamment en Afghanistan et par les groupes non étatiques
  • Restes explosifs de guerre : munitions explosives laissées sur le terrain à la fin des affrontements (grenades, mortiers, obus, roquettes bombes à fragmentation)
  • Armes à sous-munitions : chaque arme est une coquille qui peut contenir des centaines de bombes. Ces armes sont larguées par un avion ou projetées à partir du sol. Elles explosent dans les airs et les centaines de bombes qu'elles contiennent se répandent sur la terre.

Un monde libéré des mines?

Les États membres du Traité d'Ottawa se sont engagés à détruire toutes les mines d'ici 2025. Est-ce possible? Jérôme Bobin est optimiste. « Le Traité d'Ottawa est formidable. Il y a eu un avant et un après. [...] Donc, on est conscients que ce traité a vraiment changé beaucoup de choses. »

Il rappelle que de nombreux territoires ont été décontaminés. Depuis l'entrée en vigueur du Traité d'Ottawa, une trentaine d'États ont annoncé qu'il n'y avait plus aucune mine chez eux. Il demeure qu'encore aujourd'hui, 57 États et 4 autres territoires sont pollués par ces engins.

À son avis, il faut d'abord et avant tout convaincre tous les États de la planète de signer le Traité. « On a encore une trentaine de pays qui ne sont pas dans le Traité, et une des lacunes de ce traité, c'est son manque d'universalité. Si tous les pays du monde, à minima, étaient déjà concernés par le Traité d'Ottawa, ça limiterait finalement les risques sur les groupes armés non étatiques, ça permettrait de circonscrire un peu plus la cible. »

Il insiste aussi sur l'importance pour ces États de financer la lutte antimines.

Jérôme Bobin rappelle qu'il reste encore de nombreuses communautés un peu partout dans le monde qui sont entourées de champs de mines, et qui vivent dans l'angoisse.

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