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Où s'entasse-t-on le plus dans les villes? La réponse en carte

Le monde est en train de s'urbaniser à une vitesse fulgurante. Plus de la moitié de la population mondiale habite aujourd'hui dans des villes. En 2050, les deux tiers des habitants de la planète seront des citadins. Voici comment se transforment les villes.

Un texte de Ximena Sampson

Même s'il existe des différences régionales, la tendance est planétaire : les campagnes se vident, et les grandes villes se développent de façon exponentielle.

L'Afrique et l'Asie, qui ont connu la plus forte croissance urbaine au cours des dernières décennies, vont voir le nombre de nouveaux citadins continuer d'augmenter de façon impressionnante d'ici 2050. En Europe et en Amérique, l'urbanisation progresse à un rythme bien plus lent.

Pourquoi cette urbanisation accélérée?

Deux facteurs l'expliquent. C'est, d'une part, la conséquence de l'exode rural. Les gens fuyant la pauvreté à la campagne viennent s'installer dans les villes, qui offrent bien plus de possibilités économiques.

L'autre facteur soutenant la croissance explosive des villes dans les pays du Sud est aussi le simple accroissement démographique, explique Mario Polèse, du centre Urbanisation Culture Société, de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Dans plusieurs pays en développement, surtout en Afrique subsaharienne, la chute marquée de la mortalité infantile a entraîné une explosion de la population. La conjugaison de ces deux facteurs provoque une croissance exponentielle.

Alors que l'Occident s'est urbanisé au 19e et au début du 20e siècle, les pays en développement le font surtout depuis une vingtaine d'années. Moins étalée dans le temps, cette urbanisation devient chaotique.

« Comme ça se fait très rapidement, c'est ce qui cause des problèmes de gestion », soutient Julie-Anne Boudreau, chercheuse, elle aussi, au centre Urbanisation Culture Société de l'INRS, « parce qu'on n'arrive pas à fournir les services au même rythme que la population croît. »

De gigantesques métropoles

Ces agglomérations regroupant des millions de personnes se développent à un rythme soutenu. Alors que les grandes villes du siècle dernier étaient surtout des capitales européennes ou américaines comme Londres, Paris ou New York, ce sont maintenant des mégapoles du Sud qui dominent le palmarès.

Si Tokyo réussit, pour le moment, à conserver son rang de première agglomération à l'échelle de la planète, elle est talonnée par Delhi, Sao Paulo et Shanghai.

Dans 15 ans, New York ne fera même plus partie des 10 plus grandes villes du palmarès, supplantée par des villes comme Karachi, Dacca et Lagos.

L'attrait de ces grandes villes est exponentiel. Plus elles grossissent, plus elles attirent de gens.

Les défis d'une mégapole

Gérer une ville de plusieurs millions d'habitants représente cependant bien des défis, surtout quand l'État a peu de moyens.

Des responsables municipaux, des chercheurs et des ONG étaient justement réunis cette semaine à Quito, en Équateur, pour la conférence Habitat 3 organisée par l'ONU. Leur but : essayer d'établir un plan d'action qui permettra un développement urbain durable et inclusif.

« Il faut voir comment on arrive à offrir des services de base à tous ces gens qui arrivent », souligne Julie-Anne Boudreau. Pour elle, c'est l'infrastructure qui représente le plus grand problème.

« Le problème, ce n'est pas la taille [des villes] », renchérit Mario Polèse. « La plus grande métropole du monde, Tokyo, a un niveau de vie tout à fait extraordinaire. Le problème, c'est la croissance explosive. Surtout quand il s'agit de pays qui n'ont ni la tradition de gouvernance ni les structures. »

Un problème important est celui des droits de propriété. Plusieurs pays en développement n'ont même pas de cadastre. Il est donc compliqué de vendre ou d'acheter des terrains et d'imposer les propriétaires. 

« S'il n'y a pas de droit de propriété clair, il n'y a pas des possibilités non plus pour le gouvernement municipal d'imposer, d'aller chercher des sous », explique Mario Polèse. « C'est un cercle vicieux. Pas de sous, pas de services. »

Il peut aussi y avoir des problèmes de coordination et de planification, affirme Julie-Anne Boudreau, jointe à Mexico. « La ville de Mexico s'étend sur quatre ou cinq municipalités. On est dans des juridictions complètement différentes, précise-t-elle. Ça se voit très bien dans les transports en commun, qui ne sont pas du tout connectés. »

Il faut donc être patient et laisser à ces villes qui ont poussé comme des champignons le temps de s'adapter, pense Mario Polèse. « De grandes villes comme Djakarta, ce n'est pas le bonheur, mais ça s'améliore tranquillement », avance-t-il.

Peu à peu, les infrastructures et les services se développent pour accueillir les nouveaux arrivants. Et surtout, avec les taux de natalité qui baissent fortement dans plusieurs régions du monde, la croissance urbaine devrait ralentir, du moins en Asie.

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