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Où sévit le terrorisme islamiste dans le monde? La réponse en carte

Les attentats de Bruxelles, survenus quelques mois après ceux de Paris, s'inscrivent dans le phénomène d'internationalisation du terrorisme islamiste, qui a fait plus de 1600 morts hors des principales zones de conflits depuis mi-2014. Même si la nébuleuse d'Al-Qaïda demeure très puissante, le groupe armé État islamique (EI) a pris le pas et devient le spécialiste du recrutement et des nouvelles méthodes de frappe.

Un texte de Mathieu Gobeil

Bien que l'Europe ait été la cible récente d'attentats sanglants, les pays occidentaux demeurent relativement épargnés par les terroristes. Comme le montre cette carte, ce sont les États du Moyen-Orient et d'Afrique qui connaissent le plus d'attentats, ceux-là mêmes qui sont l'objet de convoitise par les deux organisations terroristes et leurs affiliés.

En 2014, quelque 55 % des morts dues au terrorisme se retrouvaient en Irak, en Syrie et au Nigeria, selon les données de la Global Terrorism Database de l'Université du Maryland. Les attentats commis dans ces zones n'ont pas été représentés sur la carte puisqu'ils sont trop nombreux pour être compilés ici.

« Jusqu'à maintenant, Al-Qaïda [dont la fondation par Oussama ben Laden remonte à la fin des années 1980] s'est comporté comme un groupe terroriste aux visées expansionnistes assez limitées. Si on regarde où il intervient, c'est plutôt sectoriel : un petit peu en Afghanistan, au Pakistan, au Yémen, dans certains pays africains », explique Houchang Hassan-Yari, professeur de questions militaires et stratégiques au Collège militaire royal du Canada, à Kingston.

Ses objectifs également sont limités. Al-Qaïda cherche à imposer la charia et à purger le monde musulman de toute influence occidentale.

« Quant à l'État islamique [qui a proclamé son califat en juin 2014], ses objectifs sont beaucoup plus prétentieux, larges. Il s'agit de la création d'une sorte d'empire islamique qui partirait du Maroc jusqu'à l'Indonésie et la Malaisie. Tout le territoire où il y a une majorité musulmane ferait partie de cet empire-là », rappelle-t-il.

De plus, l'État islamique, « malgré les pressions énormes qu'il subit, continue d'attirer des recrues », ce qui est moins évident pour Al-Qaïda. « Parce que le message est beaucoup plus direct, brutal, vaste et, par conséquent, beaucoup plus intéressant [pour les recrues]. D'autant plus que l'État islamique disposerait de beaucoup plus d'argent qu'Al-Qaïda », explique le spécialiste.

L'Occident ciblé par les terroristes islamistes

Au départ, l'État islamique n'avait pas nécessairement dans sa mire les pays occidentaux, explique M. Hassan-Yari. Mais l'intervention en 2014 de la coalition conduite par les Américains en Syrie en Irak constitue en quelque sorte un tournant. On assiste depuis à une multiplication des attentats de l'EI dans les pays occidentaux ou encore des attaques inspirées par les méthodes et la propagande de l'EI (il suffit de penser à l'attaque du parlement à Ottawa ou à la tuerie de San Bernardino, en Californie).

« Les attaques aveugles comme à Bruxelles et Paris visent à faire reculer les États occidentaux dans leurs interventions, leur bombardement des capacités de l'État islamique. La tactique est de provoquer les populations de ces pays pour qu'elles manifestent leur mécontentement face à leur gouvernement », affirme le M. Hassan-Yari.

« L'EI sait évidemment qu'il n'est pas en mesure de conquérir l'Europe. Ce qui importe pour lui est de créer du chaos, la paralysie », poursuit-il.

« Mais c'est une tactique qui ne va pas réussir. Avec chaque attentat, à Madrid [en 2004], Londres [en 2005], à Paris et à Bruxelles, la population réagit, non seulement dans le pays visé, mais dans d'autres pays. Il y a des rassemblements très importants de gens qui se solidarisent avec les attaqués », continue-t-il.

Néanmoins, en plus des pertes humaines, il faut aussi prendre en considération les répercussions financières : les dispositions antiterroristes coûtent très cher. On note aussi des pertes économiques après les attentats. « On sait qu'à Paris, il y a eu énormément de problèmes avec les touristes qui ne s'aventuraient pas dans la ville ou le pays. En Belgique, des économistes chiffrent à 4 milliards les pertes depuis ces derniers attentats ».

M. Hassan-Yari s'attend à ce que le terrorisme international continue de faire des ravages à la même cadence.

« Le pire type de terrorisme, c'est le terrorisme religieux. Ces gens-là, s'ils tuent, alors leur dieu va les récompenser. S'ils meurent dans ce processus, ils vont au paradis, étant donné que c'est la promesse divine et par conséquent il devient très difficile de leur faire peur, les faire renoncer », soutient-il.

« Je pense que ça va continuer, aller en augmentant. Jusqu'au moment où les pays occidentaux frapperont beaucoup plus durement sur le terrain en Irak et en Syrie pour décapiter ce serpent. »

En plus de la solution militaire, le professeur Hassan-Yari croit que les pays doivent faire un travail plus poussé de renseignement et collaborer davantage à ce chapitre.

Une approche diplomatique globale est aussi à privilégier. « On sait qu'en grande partie, les malheurs d'aujourd'hui sont produits par l'Arabie saoudite. Après l'implosion de l'Union soviétique, elle a construit, financé des écoles religieuses, des mosquées dans la région de l'Asie centrale, du Caucase et d'autres régions du monde. Par conséquent, il y a une part de responsabilité énorme qui revient aux Saoudiens. Il faut que les pays occidentaux cessent de rester complices d'un système qui ne fait que créer des dégâts », juge-t-il.

En plus de l'Arabie saoudite, l'Iran aussi joue les trouble-fête en Syrie, en Irak, mais également au Yémen. « On assiste à une guerre par procuration entre Riyad et Téhéran, qui doit cesser au plus vite », selon lui. La solution passe également par la résolution du conflit israélo-palestinien, qui, rappelle M. Hassan-Yari, est à la base de plusieurs problèmes dans la région.

« C'est pourquoi je parle d'une approche globale, militaire, économique et diplomatique nécessaire pour arrêter l'expansion de ce fléau. »

Avec la collaboration de Ximena Sampson

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