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Où sont les réfugiés syriens? Qui les accueille? La réponse en cartes

Le gouvernement canadien a promis d'accueillir 25 000 réfugiés syriens dans les prochaines semaines. Comment le Canada se compare-t-il aux autres pays d'accueil? Qui en fait le plus sur le plan international? Qui ne s'implique pas et pourquoi?

Un texte de Mathieu Gobeil

« C'est très contextuel, chaque pays riche ou récepteur de réfugiés a ses propres traditions, ses canaux de communautés intégrés », affirme François Audet, directeur de l'Observatoire canadien des crises et de l'aide humanitaire et professeur à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM.

« Alors que dans les pays européens actuellement, les réfugiés frappent littéralement à leur porte, ils sont déjà sur leur territoire. On parle de centaines de milliers de personnes qui vont débarquer dans les prochaines années. Actuellement, on est rendu à presque 800 000 réfugiés [de plusieurs nationalités] qui ont atteint la frontière européenne », dit-il. Dans ce contexte, il y a très peu de sélection qui se fait sur une base communautaire ou identitaire, ajoute M. Audet.

L'Europe déstabilisée

« Plusieurs pays européens sont désormais dans un mode défensif. On voit des pays comme la Slovénie qui met des barrières, la Hongrie qui refoule », continue le chercheur.

François Audet souligne que les réfugiés syriens représentent actuellement de 30 à 35 % du contingent de migrants qui arrivent en Europe. En plus des Syriens, « la plupart des migrants sont d'Europe de l'Est, d'Afrique du Nord, des Afghans, des Irakiens... Il y a à peu près 18 origines de réfugiés dans la crise migratoire qui frappe l'Europe aujourd'hui », précise-t-il.

L'Europe a récemment adopté un plan de répartition de 120 000 migrants dans l'Union européenne qui se trouvent en Grèce, en Hongrie et en Italie, trois pays débordés par la situation.

Prioriser les réfugiés syriens

« Ce que fait le Canada, c'est extraordinaire, mais l'équation actuelle dans l'échiquier de qui reçoit qui doit être contextualisé à la politique domestique et à la position géographique », rappelle le chercheur.

C'est « parce que c'est une crise importante, indéniablement, et aussi parce que la communauté syrienne réfugiée est une communauté de classe moyenne qui va contribuer à notre société très rapidement. Je pense que le gouvernement fait ce choix-là », dit-il. L'implication militaire du Canada dans la lutte contre l'État islamique en Syrie et en Irak pèse aussi dans la décision d'Ottawa de prioriser les Syriens, selon lui.

Les pays du Proche-Orient

Le Canada en fait-il assez? « Chez nous, il y a quelques semaines [avant les élections], on était avec une promesse de 10 000 et on n'en avait pas accueilli encore 1700 au mois de septembre », rappelle-t-il.

M. Audet attire notre attention sur la Turquie et le Liban, des pays limitrophes de la Syrie où s'entassent des millions de réfugiés syriens dans des camps.

« Les réfugiés syriens qui arriveront au Canada proviendront entre autres du Liban et de la Turquie. On va enlever un peu de pression sur ces petits pays qui en font beaucoup plus que nous par rapport à leur capacité. Tout le monde doit faire sa part pour l'accueil de Syriens. Mais il faut aussi élargir ça à d'autres communautés de réfugiés », soutient-il.

Les États-Unis

Washington a été critiqué pour son manque de réactivité devant la crise migratoire déclenchée par le conflit en Syrie. Selon l'exécutif américain, le pays a accueilli environ 1500 réfugiés syriens et s'engage à en accueillir 10 000 dans la prochaine année.

« Les États-Unis sont parmi les pays qui reçoivent le plus de réfugiés [en nombre absolu] dans le monde. Mais la grande majorité de ce flot de réfugiés est latino-américaine », explique le chercheur.

« Est-ce qu'on peut leur faire la morale en disant : "On prend 25 000 Syriens et vous n'en prenez que 10 000"? Je pense que les États-Unis nous répondraient : "Écoutez, on prend 500 000 Latino-américains, combien en prenez-vous?" Donc, je pense qu'il faut faire extrêmement attention avant de faire des comparatifs simples. »

La Russie

Dans un récent rapport, Amnistie internationale reprochait à la Russie et à d'autres pays « à haut revenu » (Japon, Corée du Sud) de n'offrir aucune place d'accueil pour les réfugiés syriens. « Mais si vous faites une recherche sur les autres communautés [de migrants], vous remarquez notamment beaucoup d'Européens de l'Est qui se dirigent vers la Russie. Par exemple, des Albanais, des Kosovars, etc. »

La situation pourrait changer, puisque Moscou s'est engagé militairement récemment en Syrie.

L'Australie

Début septembre, le premier ministre australien Tony Abbott a annoncé l'accueil de 12 000 réfugiés supplémentaires d'Irak et de Syrie, qui s'ajouteront aux 13 500 réfugiés de toutes origines que le pays accueille chaque année.

« En Australie, la dynamique actuellement est beaucoup plus orientée sur l'accueil de réfugiés du Sud-est asiatique », note François Audet. « Il y a énormément d'Indonésiens, de Cambodgiens, de Vietnamiens, qui débarquent littéralement, ce sont des "boat people", en Australie. C'est moins "naturel" pour eux de recevoir des gens du Moyen-Orient. »

« Par ailleurs, il y a des tensions très importantes sur la manière dont les réfugiés sont gérés. On les garde en détention sur une île. Pour les groupes de gauche, communautaires, et les organisations internationales, c'est un peu comme si on revenait à l'époque où on mettait ici en quarantaine les Irlandais à Grosse-Île dans le Saint-Laurent », dit-il.

Début novembre, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies reprochait en effet aux autorités australiennes d'avoir créé des centres de détention en dehors de son territoire, d'emprisonner des enfants et d'avoir renvoyé dans leurs pays des réfugiés répondant aux critères d'asile.

Les pays du Golfe

« Mais aussi, pour ces communautés, l'arrivée de réfugiés syriens, ça crée des tensions dans la population, parce qu'il y a des tensions entre chiites et sunnites. C'est extrêmement délicat », précise-t-il.

Ces pays ne sont pas signataires de la Convention des Nations unies sur les réfugiés. Ils ont aussi fait l'objet de critiques de la communauté internationale pour leur absence de promesse concernant les réfugiés syriens.

Néanmoins, des centaines de milliers de Syriens se sont établis ces dernières années en Arabie saoudite ou dans les Émirats arabes unis comme travailleurs. Mais peu de réfugiés tentent leur chance là-bas, citant des difficultés dans l'obtention d'un visa, le manque d'aide pour s'établir ou encore la crainte que leurs droits ne soient pas respectés.

« Par ailleurs, ça ne veut pas dire qu'informellement, les réfugiés syriens sont absents. Effectivement, dans les réseaux privés [de parrainage], ils sont présents. »

Des campagnes dans les médias sociaux des pays du Golfe ont été lancées cette année pour promouvoir l'accueil de réfugiés.

« Tous les pays qui ont les moyens de s'impliquer politiquement ou ont un rapport de force militairement avec ce qui se passe en Syrie et dans toute l'équation de déstabilisation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont une responsabilité humanitaire d'ouvrir leurs portes aux réfugiés », conclut M. Audet.

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