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Où sont passés 8 enfants de la communauté de Pakuashipi, sur la Côte-Nord?

En 1972, huit enfants de la communauté de Pakuashipi, sur la Basse-Côte-Nord, ont été envoyés à l'hôpital de Blanc-Sablon, à 200 kilomètres de leur village. Où sont-ils passés? Quarante ans après leur disparition, le mystère demeure entier.

Un texte de Anne Panasuk

En quelques mois, chacun d'eux y a été envoyé seul en avion (car il n'y avait pas de route) pour y être soigné. Aucun n'en est revenu. Les parents n'ont jamais revu leurs enfants, ni vivants ni morts, et n'ont pas reçu d'avis de décès.

Quand la résidente de Pakuashipi, Louisa Mark, s'est rendue à l'hôpital il y a trois ans pour retrouver sa soeur Odette, on lui a répondu qu'elle n'était pas sur la liste des personnes décédées.

Plusieurs croyaient que les enfants avaient été adoptés en catimini, d'autant plus qu'un cas semblable a été découvert.

Pakuashipi en 1972

Au moment de la disparition des enfants, en 1972, les Innus de Pakuashipi venaient tout juste d'emménager dans leurs premières maisons, gage d'une meilleure vie.

Mais les maisons chauffées au bois n'avaient pas d'eau courante et surtout, les Innus étaient sans services. Considérés comme des hors-la-loi sur leur propre territoire, ils devaient quémander de l'aide au village de pêcheurs de l'autre côté de la rivière Saint-Augustin.

Même l'aide sociale leur avait été retirée quelques années auparavant pour faire pression sur eux, afin qu'ils acceptent d'être déménagés dans une réserve à 300 km plus à l'ouest.

En quelques mois, huit enfants sont tombés malades. Huit dans une communauté d'à peine 80 personnes.

Que leur est-il arrivé?

Pakuashipi, octobre 1970. Photo : Conseil des Innus de Pakuashipi

À la demande des parents, Radio-Canada a entrepris des démarches officielles auprès de l'hôpital de Blanc-Sablon. Ce qui reste des archives nous a été livré sur place, alors que nous étions accompagnées par trois Innues de la communauté.

Louisa Mark croit que sa soeur Odette est toujours vivante, qu'elle a été adoptée, comme cela semble s'être déjà produit ailleurs. Christine Lalo, elle, craint que ses enfants aient été assassinés. Le doute ronge la communauté.

Nous nous sommes rendus à Blanc-Sablon avec trois Innues de Pakuashipi pour recevoir les archives médicales. C'est avec beaucoup d'émotion que les femmes ont déchiffré les papiers qui détenaient le secret du destin de ces enfants.

Les enfants sont tous décédés, la plupart d'infections des voies respiratoires. Une petite fille est quant à elle morte étouffée par des aliments, « asphyxie pulmonaire par obstruction des voies respiratoires supérieures ».

Une tristesse encore vive

« Pourquoi lui avoir donné à manger?, demande sa mère, Agnès Poker. Elle n'avait que trois mois et ne prenait que le biberon. »

Le médecin traitant de l'époque est décédé et la direction actuelle de l'hôpital n'arrive pas à expliquer ce qui est arrivé. « La Basse-Côte-Nord, c'est comme un hôpital de guerre », souligne Madeleine St-Gelais, une infirmière itinérante qui connaît les soins prodigués à l'époque.

Pakuashipi, automne 1970. Photo : Conseil des Innus de Pakuashipi

Nous avons retrouvé trois médecins qui ont été de passage à Blanc-Sablon à l'époque. Ils n'ont aucun souvenir de ces décès en rafale, mais ils ont dit que les enfants innus arrivaient à l'hôpital très mal en point, en dernier recours. Ce qui n'est pas étonnant lorsque l'on sait que les Innus de Pakuashipi ne recevaient aucun service à cette époque.

Charles Mark, qui était le seul à posséder un bateau-moteur, les faisait traverser vers le village de pêcheurs, de l'autre côté de la rivière. Il raconte que cela prenait un temps fou pour les envoyer à l'hôpital, les Blancs passant avant eux.

Pendant de longues années, la distance et la langue ont empêché les familles de demander des comptes aux autorités. Ce long silence a entretenu des doutes qui marquent encore la communauté.

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