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Où trouve-t-on des rennes? La réponse en carte

Chaque année, avant Noël, on demande toujours à Steeve Côté comment se portent les populations de caribous et de rennes. Et chaque année, ce biologiste de l'Université Laval et directeur de Caribou Ungava fait état d'une situation de plus en plus alarmante pour cette bête mythique de Noël.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski

Les rennes et les caribous, bêtes majestueuses du Grand Nord, sont en train de disparaître de la planète à un rythme inquiétant. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) estime que les populations du Rangifer tarandus ont diminué de 40 % au cours des 25 dernières années et considère l’espèce comme étant vulnérable.

En fait, Steeve Côté juge que pour certains troupeaux, la situation est « irrécupérable ».

Les rennes et les caribous dans le monde

Pourtant, au début du XXe siècle, on pouvait trouver des caribous au Wisconsin, au Vermont, au Maine et au New Hampshire. Mais l’urbanisation et la chasse ont graduellement poussé le caribou de plus en plus vers le nord, explique Pier-Olivier Boudreault, biologiste pour la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP).

« Les zones de forêt naturelles et intactes sont de plus en plus réduites. Les caribous sont alors isolés dans de petites parties de la forêt », précise M. Boudreault.

L’animal est disparu des États-Unis (sauf en Alaska), puis de l’Île-du-Prince-Édouard, en 1874, de la Nouvelle-Écosse, en 1925, et du Nouveau-Brunswick, en 1927.

Aujourd’hui, on trouve la plupart des populations de rennes en Norvège, en Suède, en Finlande et en Russie. Le caribou, quant à lui, occupe de grandes parties du nord du Canada (sept provinces et trois territoires), du Groenland et de l’Alaska.

La situation au Canada

Trois grands types de caribous existent au Canada : le caribou de Peary (dans les îles de l’archipel arctique), le caribou de la toundra (de l’Alaska à l'île de Baffin) et le caribou des bois (caribou forestier ou boréal – réparti dans la forêt boréale de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique).

Selon Steeve Côté, 90 % des populations du caribou migratoire sont en déclin, tandis que 100 % des populations du caribou forestier peinent à survivre. Plusieurs hardes diminuent à vue d’oeil, tandis que seulement quelques troupeaux se portent relativement bien.

Par exemple, le troupeau de la rivière George a diminué de 50 % depuis 2012. Le troupeau comptait 27 000 caribous migrateurs en 2012 et en compte moins de 9000 en 2016. Au début des années 1990, le troupeau de la rivière George comptait 800 000 bêtes. « C’est très possible que ce troupeau disparaisse », craint M. Côté. La qualité de l'habitat et un taux de prédation élevé sont en cause.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) estime que le caribou de Peary est en voie de disparition, puisque sa population a diminué de plus de 70 % depuis trois générations. Le caribou des bois dans la forêt boréale est considéré comme étant menacé.

Norvège

La population de rennes est restée relativement stable en Norvège. On comptait entre 22 000 et 29 000 caribous en 2002, comparativement à un peu plus de 34 000 aujourd’hui.

Toutefois, selon une nouvelle étude publiée dans Global Change Biology, les changements climatiques ont entraîné une diminution de 55 % de la masse corporelle des rennes Svalbard entre 1994 et 2015. Les hivers en Norvège sont de plus en plus courts et la pluie verglaçante, plus fréquente. Ainsi, les lichens et les mousses broutés par les rennes sont souvent renfermés sous d’épaisses couches de glace.

Suède et Finlande

Ce qui inquiète le plus les Suédois en ce moment est le fait que les cas de tularémie (infection bactérienne souvent appelée fièvre du lapin) sont 10 fois plus élevés que dans les années 1980. En Suède, cette bactérie est propagée par les moustiques – qui, eux, se multiplient en raison des changements climatiques.

Par ailleurs, en Finlande et en Suède, le déclin des populations de rennes – causé par les changements climatiques – engendre beaucoup de détresse psychologique chez le peuple autochtone sami.

Alaska

En Alaska, 20 troupeaux sur les 27 qu'on y trouve comptent 2500 caribous ou moins. Selon le ministère de la Pêche et de la Chasse de l’Alaska, le plus grand troupeau, le Western Artic Herd, comptait 70 000 caribous en 2010, mais n’en a plus que 22 000 en 2016. Les scientifiques peinent à expliquer ce rapide déclin, mais ils ne croient pas que la chasse ou une augmentation du nombre de prédateurs soient la cause.

Par ailleurs, l’élection de Donald Trump risque d’avoir une incidence sur les caribous en Alaska. Le président désigné a promis qu’il autoriserait l’exploration pétrolière dans le Refuge faunique national Arctic, une aire protégée particulièrement prisée par les caribous.

Russie

Dans les années 1800, on comptait plus de cinq millions de rennes en Russie. La population est passée d’un million de bêtes en l’an 2000 à moins de 600 000 en 2016. Les changements climatiques sont en grande partie responsables de ce déclin.

Par ailleurs, le gouvernement russe a annoncé en octobre que 250 000 rennes seraient tués pour enrayer une épidémie d’anthrax. Déjà, cette bactérie a tué plus de 2000 rennes et infecté des centaines de Russes. Des centaines de troupeaux ont été évacués vers Saklehard. Des températures records auraient provoqué un dégel du pergélisol dans la péninsule de Yamal. Des carcasses de rennes morts d’une épidémie d’anthrax il y a 75 ans auraient alors ressurgi.

Asie

Il existe présentement moins de 800 rennes en Chine, divisés en huit troupeaux. La population de rennes en Chine avait atteint plus de 1000 bêtes dans les années 1970. La chasse, les changements climatiques et l’urbanisation sont les principales causes du déclin dans ce pays.

En Mongolie, il reste moins de 1000 rennes. Le gouvernement y a interdit la chasse et les rennes sont utilisés surtout comme attraction touristique.

Îles Sandwich

Une dizaine de rennes ont été introduits sur cet archipel en 1911. La population a atteint plus de 6000 rennes, ce qui a causé des dommages considérables à l’écosystème. C’est pourquoi en 2013 et 2014, les autorités ont décidé d'éradiquer tous les rennes de cet archipel du sud de l'océan Atlantique.

Le caribou, baromètre du Grand Nord

Le caribou est une « espèce parapluie » puisqu’il joue un rôle écologique important. Selon Pier-Olivier Boudreault, le caribou forestier est le « canari de la forêt boréale » – sa disparition risque de créer un déséquilibre dans l’écosystème du Grand Nord.

Protéger le caribou n’est pas un coup d’épée dans l’eau. En le protégeant, ainsi que son environnement, on protège toutes les espèces autour. Ç'a un effet ricochet sur la biodiversité.

Pier-Olivier Boudreault, biologiste à la SNAP

En fait, selon des chercheurs finlandais, le déclin des populations de rennes pourrait exacerber les effets du changement climatique dans le Grand Nord. Le broutage des rennes permet de régulariser la quantité de végétation dans la toundra, et ainsi de contrôler la quantité de chaleur solaire absorbée par la terre. L’absorption de cette chaleur contribue ensuite à la fonte de la neige et de la glace.

Le broutage des caribous préviendrait également la propagation d’espèces envahissantes dans la toundra.

Contrôler l'activité humaine

L’activité humaine (foresterie, aménagement de routes, infrastructures pétrolières et exploitation minière) est la principale cause du déclin du caribou, soulignent MM. Côté et Boudreault. « Le caribou n’est malheureusement pas tolérant à l’activité humaine », ajoute Pier-Olivier Boudreault, qui précise que la meilleure solution au déclin est de créer des aires protégées pour le caribou et de mieux planifier le développement du Nord.

Les aires protégées sont notre police d’assurance pour rétablir le caribou.

Pier-Olivier Boudreault, biologiste à la SNAP

La SNAP surveille notamment de près la promesse du gouvernement de mettre à l’abri de tout développement industriel 50 % du territoire situé au nord du 49e parallèle.

Mais trop souvent, le développement du Grand Nord se fait principalement avec l'économie, et non l'écologie, en tête, déplore Steeve Côté. « Il y a des choses faciles à faire. Mais ce sont des décisions de société. Est-ce qu’on veut réellement protéger le caribou? »

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