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Où trouve-t-on les écoles québécoises les plus vétustes? La réponse en carte

C'est à Montréal que l'on trouve le plus grand nombre de bâtiments scolaires en mauvais état, tandis qu'ailleurs au Québec la situation est beaucoup moins dramatique.

Un texte de Ximena Sampson

Une compilation de l'état de vétusté des bâtiments scolaires québécois obtenue par Radio-Canada révèle que le parc immobilier des commissions scolaires est, somme toute, en assez bon état. Quelque 85 % des écoles de la province sont dans un état relativement correct, c'est-à-dire qu'elles ne nécessiteront pas de travaux majeurs au cours des prochaines années.

Par contre, la situation est toute autre à Montréal. Les trois quarts des écoles de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) sont dans un état préoccupant, dont 67 écoles qui ont besoin de travaux de réhabilitation majeurs et 27 qui devraient être démolies.

À la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), un peu plus de la moitié des écoles (53 %) sont dans un état préoccupant, mais seulement 16 dépassent le seuil critique.

Du côté des commissions scolaires anglophones, leurs bâtisses sont en assez bon état. Seule Sir-Wilfrid-Laurier a un nombre important de bâtiments dans un état de vétusté jugé préoccupant.

La CSDM encore montrée du doigt

Le mauvais état des bâtisses de la plus grande commission scolaire de la province est connu depuis longtemps. La CSDM se défend d'être le mouton noir.

« On a le plus vieux parc immobilier au Québec », soutient Alain Perron, porte-parole de la CSDM. La moyenne d'âge des bâtiments est de 65 ans. Plus de 30 % des écoles ont été construites avant 1940.

Cependant, les plus vieilles écoles ne sont pas nécessairement celles en plus mauvais état.

« Nos ingénieurs s'arrachent les cheveux », affirme M. Perron. « Chaque école a sa propre structure. Il y a peut-être des endroits où on a mis des frises le long de la corniche, ce qui laisse plus de place pour l'infiltration d'eau. Tandis que dans une école plus ancienne, qui n'a pas été construite de la même façon, il n'y a pas de place pour l'infiltration d'eau. »

« Il n'y a pas de corrélation entre l'âge des bâtiments et la vétusté », affirme Jean-Pascal Foucault, professeur-chercheur à l'Université de technologie de Compiègne, en France, et expert de la gestion d'actifs physiques.

Les bâtiments les plus anciens, édifiés avant la Deuxième Guerre mondiale, étaient construits de façon très sobre, explique-t-il. « Technologiquement, il y avait beaucoup d'inertie, on avait des structures en béton, en pierre, des murs extérieurs en pierre, c'était un mode constructif simple. »

Lors du baby-boom, l'État a dû agrandir son réseau scolaire en un temps record. « L'objectif était de réduire la période de construction, de trouver des matériaux innovants, mais il y avait très peu de préoccupations sur l'exploitation, la maintenance et la pérennité sur le long terme », souligne M. Foucault.

Cependant, il ne faut pas paniquer, tempère M. Foucault. Ce n'est pas parce que son indice de vétusté physique (IVP) est élevé qu'un bâtiment risque de nous tomber sur la tête.

« C'est l'équivalent au taux de cholestérol chez un être humain », nuance-t-il. « L'IVP est un indicateur de l'état de santé de l'immeuble, mais ce n'est pas un indicateur nécessairement de la dangerosité sur les usagers. »

La CSDM n'est d'ailleurs pas la seule commission scolaire aux prises avec des bâtisses délabrées. Le parc immobilier de plusieurs commissions scolaires, dont celle des Chics-Chocs, Marguerite-Bourgeoys, des Samares, Wilfrid-Laurier et de la Capitale, est dans un état préoccupant, quoique pas encore critique.

Les premiers de classe

Certaines commissions scolaires qui ont un parc immobilier assez vieux réussissent quand même à maintenir leurs immeubles en assez bon état. À la Commission scolaire Kamouraska-Rivière-du-Loup, même si les bâtisses ont une moyenne d'âge de 55 ans, la totalité des écoles a un IVP inférieur à 20 %.

Selon Éric Choinière, responsable des communications à la commission scolaire, l'entretien a toujours été une priorité. « On a toujours très bien entretenu les bâtiments », affirme-t-il.

La commission scolaire a des plombiers et des électriciens à son emploi pour les réparations mineures. D'autres pratiques, comme le fait de lancer les appels d'offres le plus tôt possible au printemps, permettent d'obtenir de meilleurs prix.

Enfin, les responsables n'hésitent pas à devancer des travaux plutôt que d'attendre et courir le risque que ça coûte encore plus cher.

Un sous-financement chronique?

Du côté de la CSDM, on invoque le sous-financement passé pour expliquer la situation critique de certaines écoles.

Avant 2007, les commissions scolaires devaient puiser à même leur budget les sommes nécessaires à l'entretien des bâtisses. Avec un parc de plus de 246 bâtiments, l'effort pour la CSDM était considérable, plaide Alain Perron. « On réussissait à dégager 6 millions par année », explique-t-il. « Refaire le toit d'une école secondaire, à l'époque, ça coûtait 1 million de dollars, alors qu'on a 35 écoles secondaires. On demandait à Québec d'investir, mais on n'avait pas de réponse. »

Après un appel d'urgence, le gouvernement a débloqué des montants spécifiquement pour les travaux de maintenance. Cette enveloppe représente actuellement 60 millions par année. Mais le déficit d'entretien ne sera pas facile à résorber : il représente 1,4 milliard de dollars pour la CSDM et plus de 500 millions pour la CSMB.

Le Québec ne s'en tire pourtant pas si mal, soutient M. Foucault, qui travaille actuellement en France. « Le problème du sous-financement est généralisé dans tous les pays industrialisés. Le Québec est probablement en avance sur les autres pour essayer de gérer cette problématique. Il y a au moins une prise de conscience. »

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