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Où y a-t-il le plus d’inondations dans le monde? La réponse en cartes

La tempête Harvey et les pluies torrentielles de la mousson ont provoqué des inondations catastrophiques aux États-Unis et en Asie du Sud-Est. Est-ce une fatalité? Que pourrait-on faire pour mieux gérer cette eau qui nous entoure?

Un texte de Ximena Sampson

Année après année, les pays du Sud-Est asiatique doivent composer avec les pluies de la mousson. Indispensables pour l’agriculture; elles apportent cependant des trombes d’eau dans un laps de temps très restreint, entraînant régulièrement des inondations majeures.

Cet été, elles ont déjà fait plus de 1200 morts en Inde, au Népal et au Bangladesh et touché quelque 40 millions de personnes.

Cette région est une des plus exposées aux inondations et aux tempêtes. Selon la Base de données internationale des catastrophes du Centre de recherche de l’épidémiologie des désastres de l'Université catholique de Louvain, en Belgique, l'Inde a vécu 192 inondations et 86 tempêtes en 25 ans, tandis que les Bangladais ont connu 60 inondations et 102 tempêtes.

Les inondations et les tempêtes depuis 1990

Source : Base de données internationale des catastrophes du Centre de recherche de l’épidémiologie des désastres (EM-DAT) - Université catholique de Louvain, Bruxelles.

Le 29 août, Mumbai a été paralysée lorsque près de 300 mm d'eau sont tombés en une seule journée. Les rues ont été inondées et les transports publics immobilisés.

Comme Houston, la métropole indienne s'est développée de façon très rapide et chaotique, explique Sebastian Weissenberger, professeur associé à l’Institut des sciences de l'environnement de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

« Des villes comme Mumbai, Dakar, Port-au-Prince ou Houston ont connu une croissance démographique rapide au cours du dernier siècle, mais ça s’est souvent fait sans planification et sans prendre en compte le risque climatique », souligne-t-il.

Lors de cette période d'urbanisation effrénée, on se préoccupait très peu de l’éventualité d’une inondation. M. Weissberger donne l’exemple de La Nouvelle-Orléans. L’ancienne partie de la ville, qui se trouve en hauteur, n’a pas été aussi durement touchée par l’ouragan Katrina que les développements plus récents, bâtis dans des secteurs qu’on savait potentiellement inondables.

Et comme beaucoup de villes dans le monde, elle est construite à proximité de la côte, ce qui l'expose davantage aux catastrophes hydrologiques.

« Les mégapoles sont souvent situées sur les zones côtières, près de l’eau, donc extrêmement vulnérables », ajoute Isabelle Thomas, professeure d'urbanisme à l'Université de Montréal et coauteure de La ville résiliente. Jusque dans les années 90, on cherchait avant tout à maîtriser la nature. On a donc bâti des barrages et des digues pour se protéger de la force de l’eau. Mais ça ne fonctionne pas, maintient Mme Thomas.

Un risque accru

Avec les changements climatiques, les phénomènes météorologiques extrêmes sont appelés à se multiplier, préviennent les scientifiques.

« Il y aura possiblement moins d’ouragans dans certaines régions, mais ils risquent d’être plus puissants et de causer plus de dommages », avance M. Weissenberger. Les épisodes de pluies intenses devraient, pour leur part, augmenter.

Si les pays en développement ne peuvent pas investir des millions de dollars pour construire des digues et des tunnels pour se protéger des inévitables inondations ni exproprier des millions de personnes déjà installées dans des zones inondables, ils peuvent par contre mettre en place des plans d’urgence pour diminuer leur vulnérabilité.

C’est notamment ce qu’a fait le Bangladesh. Ce pays, situé au ras de l’eau et très densément peuplé, a souffert dans les années 1970 d’inondations désastreuses qui ont fait des centaines de milliers de morts. Depuis, un système exemplaire a été élaboré, explique Sebastian Weissenberger.

En plus de 2000 abris anticycloniques construits grâce à l'aide internationale, il existe un système d’alerte qui repose sur des volontaires se déplaçant de village en village afin de prévenir la population lorsqu’il y a un risque de cyclone. Il y a également des campagnes de sensibilisation et d’éducation qui ont permis de réduire considérablement le nombre de morts lors des dernières inondations.

En 1970, près de 300 000 personnes sont mortes au Bangladesh lors du passage du cyclone Bhola, rappelle M. Weissenberger. En 1991, un autre cyclone a fait 135 000 morts. Mais, en 2007, une fois que les mesures avaient été mises en place, Sidr, d'une force semblable a fait 10 fois moins de victimes, soit 15 000 personnes.

Nombre de personnes ayant perdu la vie dans des tempêtes et des inondations depuis 1990

Source : Base de données internationale des catastrophes du Centre de recherche de l’épidémiologie des désastres (EM-DAT) - Université catholique de Louvain, Bruxelles.

Mais, ce qu’il faut, par-dessus tout, c’est un « changement de paradigme pour transformer complètement nos façons de concevoir nos quartiers et nos villes », pense Isabelle Thomas. « Il faut arrêter de construire en zone inondable, arrêter de bâtir sur les marais et les parcs, sur les zones quasi naturelles et plutôt les protéger », croit-elle.

En plus des autorités et des spécialistes, les citoyens ont, eux aussi, un rôle majeur à jouer. Ainsi, ils peuvent choisir des pavés filtrants plutôt que du bitume pour leur terrain, aménager des toits verts et choisir des matériaux qui permettront l’absorption de l’eau. « L’implication de la société civile est essentielle », conclut Mme Thomas.

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