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Où y a-t-il le plus de jeunes dans le monde? La réponse en carte

La nouvelle a fait couler de l'encre cette semaine : le Canada compte désormais plus d'aînés que de jeunes. Mais alors que le Nord vieillit, le Sud continue de rajeunir. Et la tendance est loin de vouloir se renverser. La démographie est-elle garante de l'avenir?

Un texte de Christine Bureau

L'Afrique est un continent de diversité. Dans les pays subsahariens, cependant, un point commun ressort : ceux qui y vivent sont jeunes, très jeunes. Le continent compte à lui seul 18 des 20 pays où l'âge médian est le plus bas.

En Ouganda et au Niger, cet âge médian est de 15 ans. Il grimpe à 16 ans au Mali, au Malawi, en Zambie et au Soudan du Sud.

L'envoyé spécial pour la jeunesse de l'ONU, Ahmad Alhendawi, déclarait en 2013 que les jeunes sont justement le meilleur atout de l'Afrique. Mais pour le vice-président de l'Union internationale pour l'étude scientifique de la population et professeur à l'Université de Montréal, Thomas Le Grand, la déclaration se doit d'être nuancée.

Les gouvernements africains devront changer pour être en mesure d'absorber cette masse de jeunes, et les changements s'annoncent difficiles. Leurs principaux défis sont le transport, l'électricité et la corruption.

Pour les pays enclavés, le défi est double. Les entreprises qui vivent de l'exportation, par exemple les fabricants de vêtements, sont moins portées à vouloir y investir. « De même, il y a un risque réel de changements climatiques assez importants, et ce sont déjà des pays assez précaires, avec des pluies assez variables et assez rares », fait remarquer le Pr Le Grand.

L'exemple qui lui vient en tête est celui du Niger. À l'heure actuelle, 19 millions de personnes y vivent. En 2100, ce nombre passera à 210 millions.

Mais tous les pays ne ressemblent pas au Niger. Le Ghana, par exemple, est souvent cité comme un pays où les choses fonctionnent « très bien ». « Les pays peuvent se développer très rapidement si le contexte, les conditions et les politiques sont bonnes », assure-t-il.

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L'Asie a surmonté le même défi que celui auquel est confrontée l'Afrique. « Les politiques étaient propices à cela il y a une trentaine d'années quand elle était dans la même situation. De 30 % à 40 % de sa croissance économique a été attribuée à cette distribution de la population très, très favorable », fait-il remarquer.

Un point différencie cependant l'Afrique de l'Asie. Le taux de fécondité n'a pas diminué comme l'avaient prévu au départ les démographes. « L'Afrique reste très pauvre. Elle n'est peut-être pas arrivée à un point où c'est dans l'intérêt perçu des parents de limiter leur fécondité pour pouvoir vraiment investir dans la formation de chacun des enfants », présume-t-il.

Un changement n'est pas impossible. Par exemple, le taux de fécondité à Ouagadougou tourne autour de trois enfants, tandis qu'il est à plus de cinq ailleurs au Burkina Faso. « Il faut faire tout notre possible pour accélérer ce processus et [aider] les parents à faire ce choix », atteste-t-il. En attendant, cette croissance démographique de l'Afrique pourrait avoir des répercussions sur le reste du monde.

Les migrations d'Africains vers l'Europe sont déjà commencées, même si on en entend peu parler, précise le Pr Le Grand. En parallèle, le manque de main-d'oeuvre des pays du Nord pourrait être comblé en Afrique.

Pendant ce temps... au Canada

Les chiffres annoncés cette semaine par Statistique Canada frappent l'imaginaire. Le pays compte désormais plus de Canadiens âgés de 65 ans plus (16,1 %) que de jeunes de 14 ans et moins (16 %).

« C'est une tendance lourde, un phénomène presque naturel. On s'en va dans un régime à très faible mortalité, à très faible fécondité, c'est comme ça », énonce le professeur du département de démographie de l'Université de Montréal, Yves Carrière.

Loin de l'inquiéter, ce cap franchi cette semaine signifie plutôt que la population vieillit, tout simplement. Bref, qu'elle s'en va dans la direction qui est prévue depuis longtemps. Il rappelle qu'il y a d'autres facteurs que la structure d'âge à prendre en compte avant d'analyser la situation, comme le cycle de vie, le taux d'activité, etc. 

Il prend en exemple l'augmentation des dépenses en santé, souvent attribuée au vieillissement de la population. Selon une étude publiée par l'Institut canadien sur l'information de la santé, le vieillissement démographique équivalait à 10 % du taux de croissance des dépenses en santé entre 1998 et 2008.

Selon lui, l'impact se fera surtout sentir sur le coût des soins de longue durée, et ce, dans 15 ou 20 ans, quand une plus grande majorité de baby-boomers aura plus de 80 ans.

En attendant, mieux vaut selon lui commencer à réfléchir au tournant que devra nécessairement prendre le système de santé, notamment dans les soins à domicile. « C'est ça qui demande une adaptation au niveau des soins et des services sociaux qu'on donne. C'est un défi important », note-t-il.

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Une tendance durable

Il n'y a pas que dans le domaine de la santé qu'une réflexion s'impose. Le système de retraite public doit notamment être revu. Sinon, il y aura de plus en plus d'inégalités entre les retraités, craint le Pr Carrière. Surtout qu'il n'y a plus de retour en arrière possible. En 2035, le quart de la population sera âgée de 65 ans et plus. Les jeunes de moins de 15 ans seront encore environ 16 %.

Et l'immigration ne suffit pas à freiner le vieillissement de la population. Parmi les pays du G7, le Canada est le pays qui reçoit le plus d'immigrants. Il est pourtant destiné comme tous les autres à compter plus d'aînés que de jeunes. La contribution de l'immigration est plutôt du côté de l'accroissement démographique, ce qui permet au Canada d'être le pays du G7 avec la plus forte croissance de population.

« Tout ce que j'espère, c'est que ça va amener de la réflexion. [...] La structure démographique va changer, et elle va changer pour de bon. On va vivre avec ça pendant des années, donc comment pourrait-on ajuster les choses? », s'interroge-t-il. 

Avec Melanie Julien

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