Sept ans après sa création et sa présentation sous chapiteau dans le Vieux-Port, le spectacle Ovo, du Cirque du Soleil, est de retour à Montréal, cette fois, au Centre Bell. Modifiée pour une configuration en aréna, la production enchaîne des numéros acrobatiques de première force et incite à la rigolade, mais elle peine à instaurer une aura poétique et à nous happer dans son univers coloré.

Sur le fond, la trame narrative n’a pas changé. Ovo, c’est l’histoire d’un moustique bleu (excellent François-Guillaume Leblanc) et d’une coccinelle dodue (Michelle Matlock, espiègle à souhait) qui vivent une improbable histoire d’amour dans un monde d’insectes où les échanges avec le chef de la communauté (Gonzalo Munoz Ferrer, excentrique) se transforment allègrement en numéros à la limite du burlesque. Parfois, avec l’apport de spectateurs choisis dans la foule.

Leblanc, avec son accent de chez nous facilement perceptible, apporte une touche locale bien sentie. Je n’avais jamais entendu un moustique hurler « Go Habs Go! » Des moments appréciés des amateurs d’humour et des jeunes enfants, pas de doute là-dessus. Pour les adultes, mmm... Pas sûr. Mais cet aspect est difficile à gommer au sein d’une production qui se veut familiale, d’autant plus qu’elle est désormais présentée dans de vastes arénas.

Contrairement à diverses créations antérieures du Cirque où certains numéros pouvaient renforcer la trame narrative, ceux d’Ovo sont une succession de tableaux qu’il faut prendre à la pièce. Bien sûr, les personnages (fourmis, libellule, papillons, araignées) sont en lien avec l’univers dépeint, mais on pourrait intervertir l’ordre de présentation sans que ça change quoi que ce soit.

Le numéro des fourmis équilibristes avec leurs morceaux de kiwis et de maïs est toujours aussi diabolique de précision. On se demande comment l’araignée (Jianming Qiu) arrive à conserver son équilibre quand son unicyle se promène sur son fil mou instable. Et nous ne sommes rien de moins qu’ébahi par cette luciole (Wei-Liang Lin) qui fait tournoyer ses bobines avec deux baguettes reliées par une ficelle. Une maîtrise et une rapidité d’exécution phénoménales.

Le hic, c’est qu’un nombre considérable de ces tours de force sont des numéros individuels. Ou presque. Et c’est grand le Centre Bell…

Oui, Ovo dispose d’une scène centrale plus vaste qu’en 2009 et un immense mur sert – principalement – à projeter des images. Mais à moins d’être assis directement face à ce dernier (environ un quart des spectateurs au Centre Bell), les projections ne sont jamais dans notre champ de vision.

Le numéro d’équilibre sur canne de la libellule (Kyle Cragle) est très réussi. Tout comme celui de la trapéziste (Aurélie Deroux-Dauphin) qui se transforme en papillon (joli), ainsi que celui qui met en vedette la contorsionniste Ariunsanaa Bataa. Cette femme n’a pas de colonne vertébrale, croyez-moi.

Mais à ce moment, la magie qui pourrait opérer dans une salle intimiste n’est pas au rendez-vous tellement notre attention est accaparée par une infime partie du panorama. Même le numéro collectif de trapèze des scarabées (fort spectaculaire) – présenté avec un très gros filet sous les acrobates – est restreint dans l’espace. Douze mètres séparent les extrémités des structures qui retiennent les artistes.

Jamais – à moins, peut-être, d’être assis au parterre, tout près de la scène –, ne ressent-on le sentiment d’immersion totale vécu au printemps dernier avec Luzia. Malgré les efforts du Cirque du Soleil pour transposer la production dans un aréna, trop souvent, on a l’impression de voir un spectacle de dimension « chapiteau » présenté dans un amphithéâtre trop grand pour lui. Nous sommes loin de la production colossale de Toruk.

Seul le formidable numéro en duo de corde lisse (Catherine Audy, Alexis Trudel) occupe tout l’espace : le ciel et la terre dans une succession d’envolées poétiques et de grâce partagée. Magnifique.

On peut aussi dire la même chose, quoique dans un autre registre, du numéro final qui accapare tous les sens. Sur une musique musclée qui tranche avec presque toute celle de la production qui repose sur des effluves latins, notre œil ne sait où donner de la tête afin de suivre les pirouettes au sol et les sauts de trampoline qui projettent sur le mur une dizaine d’acrobates.

Une éblouissante finale au terme d’un spectacle de 95 minutes dans l’enceinte du Canadien qui, pour prendre une métaphore de hockey, nous permet de voir un tas d’acrobates inscrire de fort beaux buts. Mais pour la conquête de la coupe Stanley, il y a loin de la coupe aux lèvres.

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