Après un arrêt forcé à Calgary le temps du débat sur l'économie, les chefs repartent à la conquête de l'électorat canadien. Nos journalistes à bord des caravanes nous parlent de l'humeur qui règne au sein des troupes.

Le service après-vente

De dire que les néo-démocrates avaient le cœur léger en quittant Calgary est un euphémisme.

Les stratèges du NPD célébraient dans l'avion vers Regina. Peu importe que la majorité des Canadiens n'aient pas regardé le débat de jeudi soir, une bonne poignée de commentateurs politiques jugeaient que Thomas Mulcair avait gagné. Il n'en fallait pas plus. Après tout, dans cette campagne, c'est le débat sur le débat qui compte!

Et à ce chapitre, les néo-démocrates ont manifestement l'impression d'avoir gagné leur pari :

-Thomas Mulcair n'a pas permis à Justin Trudeau de gagner le débat haut la main.

  1. Il lui a même asséné quelques coups bien sentis et bien placés.
  2. Il n'a pas non plus trébuché.
  3. Il est demeuré au-dessus de la mêlée et a frappé au bon moment.

Surtout, ses adversaires n'ont pas su profiter du débat pour ébranler profondément son cadre financier, malgré toutes les faiblesses que celui-ci comporte.

Morale de l'histoire, si Thomas Mulcair n'a pas brillé par son charisme, il a accompli l'essentiel, soit faire la preuve que le NPD ne propose pas des politiques de gauchistes des années 70... fini, les sandales Birkenstock avec les bas blancs!

N'empêche, nombreux sont les analystes qui trouvent que son rival libéral a fait bonne figure. Thomas Mulcair, malgré tous ses efforts, n'a pas donné le coup de grâce qui aurait scellé l'élection lors du débat.

Ce vendredi marque donc le début du service après-vente. Ça commence ici à Regina, où le NPD espère enfin reconquérir des sièges dans la province mythique de Tommy Douglas...

Et, dans la province du père de l'assurance maladie, quoi de mieux que de parler d'un système national d'assurance médicaments et des économies d'échelles que celui-ci engendrerait...

Justin Trudeau a ramé fort pour occuper le plus de place possible dans le débat des chefs d'hier, pour multiplier les échanges avec Stephen Harper.

Et dans cet effort, il n'a pas chaviré.

Le chef libéral quitte sûrement Calgary avec un poids de moins sur les épaules. Ce débat crucial sur l'économie est maintenant derrière lui.

Mais l'enjeu est là pour longtemps, l'économie étant la préoccupation numéro un des Canadiens dans cette campagne. Si les électeurs semblent ouverts à son idée de présenter des déficits pour stimuler l'économie, un récent sondage Nanos montre que Justin Trudeau doit encore les convaincre qu'il mérite leur confiance pour gérer l'économie.

Il lui reste un peu plus de quatre semaines.

En ce lendemain de débat, il reprend d'ailleurs déjà le sentier de la campagne. Mais c'est une journée bien plus tranquille qui l'attend.

Au lieu d'affronter ses adversaires, ce sont des partisans et ses candidats qui l'attendront à son arrivée à Montréal, après quoi, il s'offrira une journée de congé.

Le commentateur sportif Leon Zitrone disait : « Parlez de moi en bien ou en mal, l'essentiel c'est que vous parliez de moi. » C'est peut-être ce que s'est dit Stephen Harper à propos du débat d'hier, tellement il a été au centre des attaques... et en a livré quelques-unes lui-même.

Les conservateurs, comme les autres maîtres du « spin » politique après l'exercice de 90 minutes, étaient satisfaits de la performance de leur chef, estimant qu'il avait été le plus posé, le plus en maîtrise des dossiers.

Son petit sourire en coin parfois cachait-il sa joie de voir ses deux adversaires se déchirer entre eux? En tout cas, il avait retrouvé son geste du premier débat, la main vers son coeur quand il veut convaincre les gens qu'il est sincère.

Le débat est maintenant derrière lui et Stephen Harper fait campagne une dernière journée cette semaine à Calgary, puis à Toronto. Deux joueurs de hockey seront à ses côtés. Sheldon Kennedy, très actif sur la question de la prévention des agressions d'enfants, discutera avec M. Harper une trentaine de minutes.

Et à Toronto, c'est avec Wayne Gretzky qu'on verra le chef conservateur. Le célèbre numéro 99 a déjà donné son appui à M. Harper dans cette campagne. On peut prévoir qu'il sera question de l'Ukraine, entre autres.

C'est un pari intéressant que fait le chef conservateur. De délaisser pour la journée son message économique après un débat qui n'aura porté que sur ça.

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