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Parents et opposition mécontents du rapport sur les fugues

Le gouvernement du Québec accueille favorablement les recommandations du vérificateur indépendant qui s'est penché sur le phénomène des fugues reliées à l'exploitation sexuelle. Mais des parents qui ont vécu de près ce phénomène après que leur fille eut fugué dénoncent le manque de solutions concrètes dans ce rapport.

Lucie Charlebois et Martin Coiteux, respectivement ministre déléguée à la Protection de la jeunesse et ministre de la Sécurité publique, ont rendu public mardi ce rapport qui avait été commandé dans la foulée d'une série de fugues effectuées par des jeunes filles résidant au Centre jeunesse de Laval. Une situation qui avait vivement inquiété l'opinion publique, au début du mois de février.

D'entrée de jeu, le vérificateur André Lebon conclut qu'il est faux de prétendre que le « Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval est une passoire ». L'établissement lavallois, dit-il, a respecté tous les protocoles, ce qui a fait dire à la ministre Charlebois en conférence de presse que le Centre jeunesse de Laval avait toute sa confiance.

Aux yeux du vérificateur, le phénomène des fugues est québécois et non uniquement lavallois. Et, ajoute-t-il : « Les fugues au Québec sont en hausse de façon générale ».

M. Lebon rappelle aussi que la majorité des jeunes (65 % à 70 %) hébergés en Centres de réadaptation au Québec ne fuguent pas. 

Faire le pont entre l'enfermement et la liberté

Le vérificateur préconise notamment d'instaurer, au sein même des centres jeunesse, des ressources intermédiaires pour mieux accompagner les jeunes qui passent d'un encadrement intensif à un groupe encadré de manière plus souple.

À l'heure actuelle, il n'y a pas de transition pour un jeune qui passe d'un « encadrement intensif à la grande liberté », comme le résume la ministre Charlebois. « Il sort de l'unité d'encadrement intensif où tout est barré et tout est très contrôlé jusqu'à la liberté totale », explique-t-elle. 

Relativement à la question de verrouiller ou pas les portes des centres jeunesse pour empêcher les fugues, la ministre Charlebois dit laisser cette décision aux différents centres jeunesse. Elle souligne à cet effet que le Centre jeunesse de Laval avait lui-même pris la décision de barrer ses portes.

En outre, affirme Mme Charlebois, le fait de verrouiller les portes ne signifie pas pour autant que des jeunes ne puissent pas sortir du centre. « Ils n'ont qu'à présenter un billet au gardien à la porte », un billet que leur procure leur intervenant, explique-t-elle.

Des parents fâchés et déçus

Mais des parents dont les jeunes filles ont fugué alors qu'elles se trouvaient au Centre jeunesse de Laval sont outrés du peu de portée de ce rapport.

« Malheureusement, on a fait une étude par un vérificateur juste pour dire qu'on a fait faire une étude par un vérificateur », dénonce le père d'une adolescente de 16 ans qui avait profité d'une sortie du Centre jeunesse de Laval pour effectuer une fugue qui avait duré plus d'une semaine. L'adolescente avait finalement été retrouvée dans un hôtel luxueux de Toronto. 

Selon lui, ce rapport ne fait qu'énoncer une série de bonnes intentions et ne contient « rien de concret ».

« Ce sont nos enfants qui sont dans ces centres-là », dit le père, qui réclame, entre autres mesures, que des soins psychologiques soient mis rapidement à la disposition de ces jeunes qui sont en état de crise.

Une mère dont la fille avait elle aussi fugué du Centre jeunesse de Laval envoie un son de cloche similaire : « J'attends l'obligation de soins pour ces petites filles-là qui mettent leur sécurité et leur intégrité en danger ». Elle soutient que sa fille avait été recrutée par des proxénètes entre les murs même du centre jeunesse.

Le gouvernement dit avoir déployé plus de ressources

De l'avis des ministres Charlebois et Coiteux, les efforts déjà mis sur pied par le gouvernement vont dans le sens de ce que recommande André Lebon. À titre d'exemple, tous deux citent avec espoir le programme Prévention jeunesse, créé le 16 février dernier et assorti d'un budget de 3 millions de dollars sur 5 ans.

Martin Coiteux affirme que pour élaborer Prévention jeunesse, le gouvernement s'est notamment inspiré du programme Mobilis, mis sur pied à Longueuil.

Toutefois, Mobilis a fait l'objet de compressions budgétaires qu'avait dénoncées la mairesse de Longueuil, Caroline St-Hilaire, en disant que son administration avait « maintenu Mobilis à bout de bras l'an dernier avec l'argent des contribuables ».

En conférence de presse, mardi, le ministre Coiteux a affirmé avoir eu l'occasion de discuter avec la mairesse de Longueuil « et on est justement à l'heure actuelle [...] en train de travailler pour bonifier l'aide qui est apportée à ce programme qui existe et qui fonctionne à Longueuil ».

Un programme qui ne peut suffire à la tâche, dit Jean-François Lisée

Selon le porte-parole péquiste en matière de protection de la jeunesse, Jean-François Lisée, « Prévention jeunesse, c'est un diachylon par rapport à ce qu'il y a dans ce rapport-là. Ça ne peut pas arriver à faire 1 % du chemin de ce que le rapport recommande. »

M. Lisée dit que, dans son rapport, André Lebon souligne l'importance des organismes sur le terrain qui parviennent à identifier les jeunes qui sont à risque de tomber entre les mains de proxénètes. Or, ce sont ces organismes « dont les budgets ont été coupés de 100 % par le gouvernement libéral l'an dernier », dénonce le député de Rosemont qui considère que les compressions du gouvernement Couillard ont aggravé le phénomène des fugues.

Et, là-dessus, Jean-François Lisée cite André Lebon : « Il est futile de penser réduire les fugues ou mieux accompagner les jeunes filles en cause s'il y a, en même temps, fugue/fuite du financement et des compétences ».

De dire M. Lisée : « Ce qu'il [le vérificateur] ne veut pas dire parce qu'il est trop poli, c'est que le gouvernement Couillard a coupé 20 millions de dollars par an dans les centres jeunesse. C'est ça, la fugue de compétence et de financement ».

En entrevue sur les ondes d'ICI RDI, en fin de journée, la ministre Lucie Charlebois a nié que le financement des centres jeunesse avait été amputé.

La CAQ veut de l'action

Nathalie Roy, députée de Montarville pour la Coalition avenir Québec (CAQ), se dit déçue. « On voulait que ce rapport-là soit plus large et que le vérificateur nous parle de la traite de personnes. Comment se fait-il que ce soit des jeunes filles du Québec qui sont envoyées dans les autres provinces du Canada en plus grand nombre que partout ailleurs? [...] Comment se fait-il que ces gangs de rue mettent la patte sur ces jeunes filles? ».

De son côté André Spénard, député de Beauce-Nord pour la CAQ, déplore que le gouvernement libéral ne soit pas plus axé sur l'action.

« On parle de réfléchir encore et de ''coordonner des réflexions'' », raille-t-il. « Pendant ce temps-là, les jeunes fuguent, les gangs de rue sont à la porte et on n'améliore d'aucune façon la sécurité de nos jeunes dans les centres jeunesse. »

Enfin, la Ville de Laval accueille avec enthousiasme l'idée contenue dans le rapport de réhabiliter une entente intersectorielle permettant de conjuguer les efforts pour la prévention, la protection, les intervenants, les poursuites et la répression.

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