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Partir ou non vers le Canada, l'angoisse des Haïtiens à New York

Même si elle ne concerne qu'une minorité d'entre eux, la menace de Donald Trump de renvoyer des dizaines de milliers d'Haïtiens touche l'ensemble de la diaspora. Parmi eux, un politicien bien établi à New York qui entend se battre pour renverser la vapeur et faire fléchir le gouvernement.

Un texte d'Émilie Dubreuil, à New York

La petite salle d’attente est pleine. Une dizaine de personnes sont venues rencontrer le conseiller du district 40, Mathieu Eugene, à son bureau. Chez nous, il serait l’équivalent d’un maire d’arrondissement, mais dans ce quartier de Brooklyn où s’est installée la communauté haïtienne dans les années 70, le Dr Eugene est beaucoup plus que ça.

On le consulte pour des problèmes conjugaux ou juridiques, et ces dernières semaines, on vient à son bureau pour lui demander un conseil de taille : partir ou non vers le Canada.

Sur sa petite chaise, Jude Belgrade attend le conseiller. En attendant, il nous montre sa carte de permis de séjour temporaire. Date d’expiration : 22 juillet 2017. L’homme a passé la cinquantaine. Il est sans emploi à cause d’une blessure à la jambe et vit avec des colocataires dans un petit appartement. Il est entré aux États-Unis il y a 20 ans déjà. Il a réussi il y a quelques années à obtenir ce permis de séjour qui vient d’expirer. Son angoisse est palpable.

Quand nous lui disons que nous venons du Canada, son visage s’illumine. « Je veux aller là-bas, ils ont un programme pour les Haïtiens », dit-il candidement. Le conseiller Eugene écoute son histoire et lui explique que le Canada, ce n’est peut-être pas aussi simple…

Ces fameux permis de séjour temporaires (Temporary protected status) qu’on menace de retirer à des dizaines de milliers d’Haïtiens qui vivent aux États-Unis d’ici janvier prochain, c’est un peu le bébé de Mathieu Eugene.

Bien plus qu’un mouvement migratoire

En 2008, alors que quatre cyclones frappent Haïti, il dépose un projet de loi au gouvernement fédéral dirigé par George W. Bush. Aux États-Unis, les politiciens municipaux peuvent proposer des lois aux divers paliers de gouvernement.

L’idée est simple : accorder des TPS à ceux qui doivent quitter Haïti à cause de la catastrophe. Mais ce n’est qu’en 2010, après le tremblement de terre en Haïti, que ce projet voit le jour. Barack Obama est alors au pouvoir.

Mathieu Eugene est pleinement conscient que la menace de gouvernement Trump d’expulser près de 60 000 Haïtiens vivant aux États-Unis entraîne bien plus qu’un mouvement migratoire; elle provoque des problèmes de santé mentale qui prennent parfois une tournure tragique.

Il y a quelques semaines, un jeune détenteur de TPS s’est suicidé. L’anxiété causée par la possibilité d’un retour forcé vers Haïti était trop forte. Des familles déchirées, des gens qui prennent des décisions intempestives et risquées, tout cela pousse le politicien à prendre son bâton de pèlerin pour livrer bataille.

« Mon père disait toujours que chaque citoyen doit faire tout ce qu'il peut pour contribuer à la société là où il vit. C'est un devoir moral », dit-il.

Le Dr Eugene a organisé des manifestations, il est allé chercher des appuis. Son district, c’est un peu les Nations unies. Ici, la majorité est constituée d’immigrants et, donc, on comprend.

Des élections municipales auront lieu en septembre. Mathieu Eugene est certain de l’emporter. Sa bataille pour la prolongation des TPS? Ça, c’est beaucoup plus difficile à prédire.

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