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« Pas d'athlètes russes à Rio, c'est le prix à payer » - Richard Pound

Richard Pound recommande que la Russie ne soit pas autorisée à participer aux prochains Jeux olympiques.

L'avocat canadien, président de la commission d'enquête indépendante mandatée par l'Agence mondiale antidopage (AMA), a dévoilé lundi une partie des conclusions de l'enquête entourant les allégations de corruption et de dopage organisé au sein de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF).

D'entrée de jeu, l'avocat canadien a précisé qu'il ne parlerait pas de deux parties du rapport, soit l'implication des dirigeants de l'IAAF (enquête en cours de la justice française) et les résultats suspects de 12 000 contrôles antidopage entre 2001 et 2012.

« Les analyses se font en ce moment », a-t-il révélé.

Richard Pound a salué la rigueur du travail du journaliste de la télévision allemande ARD (documentaire-choc diffusé en décembre 2014) qui a permis à la commission d'enquête de constater des pratiques « dérangeantes et décevantes ».

« Nous avons envoyé le rapport à l'AMA jeudi soir (5 novembre), en sachant que le comité exécutif de l'agence se réunit la semaine prochaine à Colorado Springs », a expliqué M. Pound.

L'AMA a annoncé lundi à la suite de la conférence de presse de Richard Pound qu'elle accueillait favorablement le rapport.

« Bien que le contenu de ce rapport soit profondément troublant, a expliqué le président de l'AMA Craig Reedie, l'enquête est extrêmement positive pour les sportifs propres, car elle donne lieu à d'importantes recommandations sur les moyens que peuvent - et doivent - prendre l'AMA et ses partenaires de la communauté antidopage. »

Selon Richard Pound, la Fédération russe d'athlétisme devrait être suspendue des prochains Jeux olympiques à Rio, en 2016, si elle ne change pas sa façon de faire.

« Si la Russie ne collabore pas de façon volontaire et commence à faire sa thérapie (sic), nous recommandons qu'il n'y ait pas d'athlètes russes en athlétisme aux Jeux de Rio. Ce sera le prix à payer », a dit l'avocat canadien.

Les Jeux de 2012 à Londres avaient vu 17 athlètes russes monter sur le podium (dont 8 pour recevoir la médaille d'or). La Russie avait terminé au deuxième rang des nations primées derrière les États-Unis.

Ils étaient 18 aux Jeux de Pékin en 2008.

« 1400 tests antidopage ont été détruits une semaine avant notre visite », a-t-il révélé.

Un total de 1417 tests ont été détruits en décembre 2014, a précisé le responsable Interpol, assis à la droite de Richard Pound.

Selon M. Pound, le ministre russe des Sports Vitaly Mutko devait savoir ce qui se passait.

« M. Mutko est frustré, mais il savait que les entraîneurs dépassaient les limites. On ne peut pas prouver son implication par des documents, mais il est impossible de croire qu'il ne savait rien. Les autorités antidopage sont là pour protéger les athlètes, pas pour couvrir des résultats positifs. »

Richard Pound a révélé avoir rencontré Vitaly Mutko en terrain neutre, en Suisse, en septembre 2015.

« M. Mutko est venu sans son équipe, ce que j'ai apprécié, et nous avons pu avoir une conversation candide, et je lui ai dit qu'il ne serait pas heureux des conclusions de l'enquête. »

« L'AMA n'a pas le droit de suspendre la Russie », a lancé le ministre Mutko.

L'avocat montréalais a donné son appui à Sebastian Coe, le nouveau président de l'IAAF, qui n'est pas pour une suspension de la Russie des Jeux de Rio.

« Il est l'homme de la situation, il a été étonné de l'étendue des dégâts, nous aussi. Il peut apporter des changements, il doit le faire. »

Gestes concrets demandés

Le président de l'IAAF a d'ailleurs réagi au dévoilement du rapport.

L'IAAF donne « jusqu'à la fin de la semaine » à la Fédération russe d'athlétisme pour répondre aux graves accusations portées contre elle.

Parmi les athlètes demandant une réaction énergique des autorités sportives, la Britannique Paula Radcliffe, détentrice du record du monde du marathon.

« J'en ai suspecté une partie depuis des années, mais cela est bien pire que ce que j'avais imaginé », a-t-elle écrit sur Twitter.

« L'athlétisme a besoin de prendre une action forte et d'aller rapidement de l'avant dans la bonne direction, a-t-elle affirmé. C'est le moment pour les athlètes propres de se lever et se battre pour notre sport et sa crédibilité. »

Selon l'Agence France-Presse, le rapport de la commission indépendante recommande la suspension à vie de cinq athlètes russes, dont la championne olympique en titre du 800 m. 

L'AFP ajoute que dans le rapport, il est écrit que les Jeux olympiques de Londres ont été « sabotés » par la présence d'athlètes dopés.

Concernant les Jeux d'hiver de 2014, à Sotchi, Richard Pound s'est montré prudent.

« On n'a pas d'évidence qu'il y a eu manipulation des résultats des tests antidopage lors des Jeux de Sotchi », a précisé l'ancien vice-président du CIO.

Richard Pound admet qu'il y a du travail de nettoyage à faire, à tous les niveaux.

« On n'est pas encore très bons à combattre le dopage », a-t-il conclu, réaliste.

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