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Pas de cannabis avant 21 ans, disent des psychiatres du Québec

Selon l'Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ), le projet de loi fédéral sur la légalisation du cannabis à des fins récréatives ne devrait pas autoriser l'achat avant l'âge de 21 ans. L'AMPQ soutient que le cannabis peut causer d'importants risques pour la santé mentale si consommé pendant la période de maturation du cerveau, qui se développe jusqu'à environ 25 ans.

Parmi les risques les plus importants figurent des déficits au niveau de l’attention, de la mémoire, de la vitesse de traitement et de l’intelligence. Ce faisant, les psychiatres du Québec estiment, sur la base de leur expérience clinique, que le projet de loi n'est pas acceptable dans sa forme actuelle et exposera les jeunes à de grands risques sur le plan de la santé mentale.

« Les gens qui ont été exposés à beaucoup de cannabis ont de la difficulté à se concentrer et ont des déficits de mémoire, ce qui amène le cerveau à devoir travailler plus fort pour des tâches banales », explique Karine J. Igartua, présidente de l'Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ), dans un entretien accordé à ICI Radio-Canada.

Elle précise que lorsqu’un cerveau en période de maturation est soumis au THC, la façon dont le cerveau se structure est ensuite à risque d’être altérée. Dans plusieurs cas, l'imagerie médicale montre des lésions causées au cerveau par le tétrahydrocannabinol (THC), une composante du cannabis.

À son avis, autoriser l'achat de cannabis à 21 ans au lieu de 18 ans permettrait de trouver un meilleur équilibre entre la volonté du gouvernement de réduire les méfaits engendrés par le marché illicite du cannabis et les enseignements de la science pour protéger les générations à venir.

Risques de psychoses

Karine J. Igartua indique aussi que le risque de psychose augmente de 40 % chez tous ceux qui ont consommé du cannabis au cours de leur vie et que la consommation de cannabis peut précipiter de deux à trois ans le déclenchement de la schizophrénie chez les jeunes ayant une prédisposition génétique.

« On ne sait pas qui est à risque de déclencher une maladie psychotique. On peut avoir un party avec 20 jeunes, où 18 personnes vont consommer sans problème, mais deux pour qui la consommation va faire basculer le cours de leur vie. C’est vraiment de jouer à la roulette russe », illustre Karine J. Igartua.

Ces arguments ont été repris par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui a dit accueillir « favorablement » l'avis des psychiatres.

« Je suis très sensible à l’argument parce que c’est un argument médical. Il n’y a pas de doute dans la littérature que le pot, chez le jeune, peut induire une détérioration de l’état mental jusqu’à causer des psychoses [chez les personnes biologiquement prédisposées] », a-t-il déclaré.

« La position des psychiatres est basée sur une littérature scientifique qui démontre clairement qu’en termes de maturité, le cerveau, surtout celui du garçon, termine sa maturité autour de 25 ans. Alors il va de soi que plus on retarde l’accès au cannabis, moins on prend de risques », a poursuivi le ministre.

Gaétan Barrette a insisté sur la nécessité, pour le gouvernement, de garantir la sécurité et la santé des personnes vulnérables. « Si vous me demandez vers quel bord mon cœur penche et bien mon cœur penche plus vers le 21 ans », a-t-il confié.

Le ministre Barrette a toutefois convenu que ce n'était pas à lui de trancher sur la question, en rappelant que la décision de l'âge légal serait déterminée à partir d'un « consensus social » impliquant le gouvernement et la population.

Des recommandations

Pour limiter les risques associés à la légalisation du cannabis, l'AMPQ propose en outre une liste de dix recommandations, comme de déterminer une concentration maximale de THC de tout produit de cannabis légalement en vente au Canada, et de l'indiquer clairement sur les emballages.

L’AMPQ souhaite aussi interdire toute forme de publicité visant à promouvoir la consommation du cannabis, imposer l'emballage neutre et interdire la culture à domicile à des fins non médicales.

Enfin, l'Association espère la création d'un programme d'éducation dans le cursus des études, dès le début du secondaire, sur les conséquences de la prise de drogues.

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