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Pas de consensus à Montréal sur la légalisation du cannabis

Les interrogations et les préoccupations demeurent nombreuses, à 10 mois de la légalisation du cannabis au Canada. Au moment où Québec prépare son projet de loi-cadre pour faire appliquer cette législation, une trentaine de groupes ont fait part de leurs doléances à la ministre Lucie Charlebois, jeudi, au Palais des congrès de Montréal. L'unanimité n'est pas au rendez-vous.

Plusieurs acteurs du monde de la santé ont profité de cette consultation publique pour faire différentes recommandations afin de protéger les jeunes des risques liés à la consommation de cannabis et à sa banalisation.

Doit-on, par exemple, permettre la consommation de cannabis dès l'âge de 18 ans? La Société canadienne de pédiatrie le recommande. Son représentant, Jean-Yves Frappier, estime qu'interdire l'accès aux jeunes adultes risque de favoriser le marché noir. « L'usage est beaucoup plus important chez les 18-24 ans. Et donc, à ce moment-là, on forcerait la clandestinité », prédit-il.

Le Dr Frappier plaide aussi pour une interdiction des produits comestibles composés de cannabis, jugeant que les adolescents n'aimant pas fumer auraient plus tendance à se tourner vers ce genre de produits.

La présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Diane Francoeur, croit plutôt que l'âge légal devrait être fixé à 21 ans. Ne pas fumer pendant la croissance, « ça permet aux jeunes de vieillir un petit peu [et] d'avoir des habitudes de vie qui sont plus saines », a-t-elle expliqué jeudi à Gravel le matin. « Surtout [qu'au] niveau des garçons, la maturité psychologique arrive un petit peu plus tard que chez les filles ».

M. Francoeur rappelle que le développement du cerveau se poursuit généralement jusqu'à l'âge de 25 ans.

L'Association des propriétaires du Québec redoute quant à elle d'éventuels problèmes entre les locataires sur l'usage de cannabis.

« Souvent, on a des conduits de ventilation qui permettent à ces odeurs de se propager rapidement », remarque son président Martin Messier, qui s'inquiète pour les nouveau-nés qui habitent dans ces logements et qui sont plus vulnérables à la fumée secondaire.

Milieu de travail : chacun ses craintes

Productivité en baisse, absentéisme, accidents de travail, tests de dépistage, tolérance zéro... Les craintes quant aux effets du cannabis en milieu de travail sont aussi nombreuses.

La Fédération des chambres de commerce du Québec, par exemple, ne veut pas que ses membres se retrouvent avec un niveau de responsabilité plus élevé ni avec des coûts d'assurance santé plus importants qu'à l'heure actuelle.

Son PDG, Stéphane Forget, croit que le gouvernement devrait « faire en sorte [...] que la RAMQ assume les coûts liés à l'invalidité et aux soins découlant d'une dépendance au cannabis et s'assurer que ces coûts soient exclus des régimes d'assurance collective assumés par les employeurs et les employés ».

Il recommande aussi d'« exclure la possibilité de réclamations découlant de la Loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles pour tout employé qui serait intoxiqué ».

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) craint pour sa part que des employeurs généralisent les tests de dépistage et qu'ils adoptent des politiques de tolérance zéro, qui empiéteraient trop sur la vie privée des travailleurs.

« Déjà, il y a de la jurisprudence sur des tests aléatoires. Les employeurs n'ont pas le droit de faire passer des tests pour n'importe quel motif. Il doit y avoir un motif raisonnable; ils doivent constater que le travailleur n'est pas dans un état habituel ou que son état peut mettre en danger sa santé ou sa sécurité, ou celle de ses collègues de travail », rappelle le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux.

M. Cadieux ajoute que des études ont déjà démontré que le cannabis reste longtemps dans le sang, bien plus que l'alcool, même quand la personne est sobre. Un travailleur pourrait donc en consommer le week-end et en avoir encore dans le sang le lundi matin lorsqu'il rentre au travail, tout en étant sobre.

Qui produira?

Quant aux lieux de vente du cannabis, de nombreux groupes souhaiteraient qu'ils soient sous la responsabilité d'une société d'État.

Le Barreau du Québec est de cet avis. « On s'est rendu compte que c'était un moyen intéressant de contrôler non seulement le produit lui-même, mais aussi la formation des vendeurs, les heures d'ouverture [...] et la publicité », a fait valoir sa représentante, Ana Victoria Aguerre.

Aurélien Pochard, copropriétaire de l'entreprise horticole Les Jardins du chat noir, souhaite au contraire qu'on puisse permettre à de petits producteurs de participer au commerce du cannabis. Il y a là, selon lui, un potentiel commercial comparable à celui des bières de microbrasseries.

« C'était un produit de niche au début », rappelle-t-il, avant de souligner que « c'est devenu un produit populaire, parce qu'il y a un engouement de la part de la population du Québec pour des produits artisanaux, à petite échelle ».

Toutes les recommandations formulées lors des consultations sont encore à l'étude, affirme la ministre Charlebois. « Je ne pense rien, j'écoute! Vous savez quoi? On va déposer un projet de loi-cadre tôt cet automne. »

Les consultations, qui ont déjà eu lieu dans plusieurs villes, dont Québec, se poursuivent jusqu'au 12 septembre.

La CSN et le SCFP, deux organisations syndicales qui représentent des syndiqués de la Société des alcools du Québec (SAQ), plaideront notamment pour que l'État prenne en charge la distribution du cannabis.

Avec les informations de Dominic Brassard, Davide Gentile et Éric Plouffe

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