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Pas de libération conditionnelle pour Guy Turcotte avant 17 ans

Menotté dans le box des accusés, Guy Turcotte a écouté la sentence du juge André Vincent de la Cour supérieure du Québec en fixant le sol, les yeux fermés par moments, comme il l'avait souvent fait au cours de son procès.

Se levant à la demande du juge Vincent au moment du prononcé de la sentence, Guy Turcotte a écouté ce dernier lui imposer une peine minimale de 17 ans de prison avant de pouvoir présenter une demande de libération conditionnelle.

En rappelant tous les faits démontrés au cours du procès, le juge Vincent a retenu les facteurs aggravants des crimes commis par Guy Turcotte pour lui infliger cette peine.

Le juge Vincent a insisté sur le caractère « odieux » des meurtres commis par Guy Turcotte, soulignant notamment que les deux jeunes victimes avaient été tuées par l'homme qui leur avait donné la vie. Il a également retenu la violence du crime et le nombre de coups de couteau - plus de 40 - assénés aux enfants.

Le juge a également mis en relief les séquelles subies par son entourage, notamment la mère des enfants, Isabelle Gaston. Absente pour le prononcé de la sentence, cette dernière a livré un vibrant témoignage des conséquences dramatiques que les meurtres ont eues sur sa vie lors des recommandations sur la peine.

La vie des parents de Guy Turcotte a également été chamboulée par les gestes de leur fils. Les deux parents, dont le fils était un cardiologue et un père aimant, ont assisté et soutenu leur fils tout au long des procédures judiciaires.

Le juge a cependant tenu compte de l'absence d'antécédents judiciaires de Guy Turcotte et de sa réputation de père aimant avant de prononcer sa sentence. Le juge, qui aurait pu fixer un minimum aussi élevé que 25 ans de prison, a estimé que les recommandations de la Couronne et de la défense étaient inappropriées.

Il a estimé que la Couronne, qui réclamait 20 ans, avait exagéré au regard de la loi alors que la défense, qui demandait moins de 15 ans, était trop clémente compte tenu de la nature des crimes.

Isabelle Gaston satisfaite

En entrevue à Radio-Canada, la mère des deux enfants, Isabelle Gaston, dit qu'elle était déjà satisfaite lors de l'annonce du verdict de culpabilité et qu'elle l'est à nouveau aujourd'hui par rapport à la sentence prononcée.

Mme Gaston, qui admet ne plus avoir cru dans le système judiciaire pendant un certain temps, est soulagée de maintenant pouvoir se concentrer sur le deuil de ses enfants.

Le procureur de la Couronne, René Verret, s'est lui aussi dit satisfait de la décision du juge Vincent, même si ce dernier a qualifié sa recommandation d'« exagérée ». « Il faut faire preuve d'un grand respect par rapport à la décision qui a été rendue », a déclaré M. Verret. « C'est un jugement extrêmement bien motivé, exhaustif. »

« C'est un peu plus sévère que ce que l'on pouvait prévoir », a déclaré l'avocat Bertrand Saint-Arnaud en entrevue à ICI RDI.

Le temps que Guy Turcotte a passé en détention - « sous garde » - depuis le drame de février 2009 sera déduit de sa peine.

Le meutrier a passé 27 mois en prison et 17 à l'Institut Philippe-Pinel depuis son arrestation de février 2009. La commission des libérations conditionnelles du Canada devra en tenir compte dans le calcul de la date à laquelle il sera admissible à présenter une demande de libération conditionnelle.

Condamné à la prison à vie, Guy Turcotte vivra le reste de ses jours sous la coupe de la commission des libérations conditionnelles. Ainsi, dans l'éventualité où il serait libéré, il sera toujours soumis aux conditions de libération que lui imposera la commission et il pourrait être renvoyé en prison à tout moment s'il les enfreignait.

Les avocats de Guy Turcotte, Pierre et Guy Poupart, ont déjà présenté un avis d'appel du verdict de culpabilité et ils pourraient également faire appel de la peine. Les avocats devront démontrer, pour ce faire, que le juge a commis des erreurs de droit au cours du procès. « S'il y a une erreur de droit, ce n'est pas suffisant, explique l'ex-ministre de la Justice Bertrand Saint-Arnaud, il faut aussi que cette erreur de droit soit à ce point importante que la décision du jury aurait pu être différente s'il avait été correctement instruit en droit. »

Guy Turcotte a toujours reconnu avoir tué ses deux enfants - Olivier, cinq ans, et Anne-Sophie, trois ans - le 20 février 2009 dans sa résidence de Piedmont qu'il habitait depuis la séparation d'avec la mère des enfants. Il avait toutefois plaidé non coupable et présenté une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Alors que le deuxième jury n'a pas retenu la thèse de non-responsabilité, celui du premier procès avait dégagé Guy Turcotte de toute responsabilité des actes qu'il avait reconnus. Il avait ainsi pris le chemin de l'Institut Philippe-Pinel pour soigner ses troubles mentaux, obtenant un congé après moins de 18 mois de traitements.

Le directeur des poursuites criminelles et pénales avait toutefois demandé à la Cour d'appel du Québec d'invalider le verdict de non-responsabilité criminelle en invoquant des erreurs commises par le juge dans ses directives aux jurés.

La Cour d'appel s'était rendue aux arguments des procureurs. Invalidant le verdict de non-responsabilité criminelle, elle avait ordonné la tenue d'un nouveau procès.

Guy Turcotte s'était alors tourné vers la Cour suprême du Canada pour tenter de faire annuler la tenue d'un nouveau procès, mais il a été débouté le 20 mars 2014. Son deuxième procès s'amorçait le 14 septembre dernier et un nouveau jury l'a reconnu coupable de meurtre non prémédité, le 6 décembre dernier, après sept jours de délibérations.

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