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Patricia Tulasne dit avoir été agressée par Gilbert Rozon

Une nouvelle présumée victime de Gilbert Rozon brise le silence. Il s'agit de la comédienne Patricia Tulasne, connue pour avoir tenu différents rôles au cinéma et au théâtre. La Montréalaise affirme avoir été agressée sexuellement par le producteur en 1994, après une soirée dans un restaurant de la métropole en sa compagnie. Elle a raconté son histoire à Radio-Canada.

« La première chose dont je me souviens, c'est qu'il me plaque au mur, qu’il m'embrasse, qu’il enlève ma robe », raconte Patricia Tulasne.

Lors de cette soirée, en 1994, Gilbert Rozon raccompagne Mme Tulasne à sa résidence après un souper pour souligner la dernière représentation de la pièce de théâtre Le dîner de cons.

Patricia Tulasne, alors âgée d'une trentaine d'années, tient un rôle dans la pièce produite par Gilbert Rozon.

Une fois arrivé à la résidence de Mme Tulasne, il lui demande de monter chez elle. « Je me suis dit : "ça y est, j’ai un problème". Je lui dis : ''non''. »

Il l’accompagne ensuite pour une longue promenade avec son chien.

« Je reviens à la maison et il est encore là. Je lui dis ''Bon bien Gilbert, au revoir, c’était une belle soirée, merci''. Il pousse la porte, rentre dans l’appartement », raconte-t-elle.

À l’intérieur de la résidence de Mme Tulasne, le comportement de Gilbert Rozon la déstabilise.

« Je ne sais pas comment réagir, sincèrement. Je me dis : "Bon bien là, soit on s'en va vers une bagarre, soit…" Je me suis dit : "Ce qui est le plus simple pour moi, c’est de me laisser faire". Je me suis dit : "Ça va durer dix minutes puis il va s'en aller après et je vais en être débarrassée". Et c'est ça qui s'est passé. »

La comédienne n'a jamais porté plainte à la police, et dit ne jamais avoir parlé de son histoire à personne. Mais elle dit avoir ressenti de la honte. Conséquemment, ces allégations n’ont jamais été vérifiées par la police ni testées en Cour.

« J'ai pris la mesure de son dysfonctionnement » - Patricia Tulasne

« Après, je m'en suis voulu. J'aurais peut-être dû le repousser. Mais y faut remettre ça en contexte : j'étais jeune. Il y a toujours cette espèce de relation de l’employeur. Moi, j'étais son employée, quelque part. C'était un homme très puissant donc capable… Moi je commençais ma carrière, j’étais jeune. [Il était] capable de barrer quelqu'un dans le milieu. »

« Je l’ai recroisé quelque temps après dans un vernissage, et il me dit tout bonnement : "Ah, excuse-moi, je n’ai pas eu le temps de te rappeler." Et là, je fais : "Gilbert, ne te sens pas obligé de me rappeler." »

« Je me suis dit : "Mais c’est incroyable! Lui pense qu’on a eu une relation consensuelle, agréable, le fun" […] Là, j’ai pris toute la mesure de son dysfonctionnement, parce que s’il pense que c’est ça, avoir une relation avec une femme, enfin je ne sais pas sur quelle planète il vit, mais moi c’est pas du tout ma définition. »

« Sur le coup, je ne l’ai pas vécu comme un viol à proprement parler, puisque quelque part, j’avais consenti à cet acte-là. Mais agression, oui, certainement. Il y a eu un envahissement de mon espace privé. Il y a eu une relation que je ne désirais pas. Il n’a pas été violent, mais très nettement, il voulait arriver à son but et il y est arrivé. […] Moi je n’en garde pas un bon souvenir, ça c’est certain. »

Gilbert Rozon fait présentement l'objet d'une enquête criminelle du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), pour une tout autre affaire d'agression sexuelle survenue à Paris en 1994.

Une plainte a été déposée mercredi après-midi à ce sujet.

De plus, neuf femmes ont raconté au quotidien Le Devoir et au 98,5 FM avoir été harcelées ou agressées par le fondateur de Juste pour rire. Les actes se seraient déroulés sur une période de trois décennies.

C’est après avoir entendu le témoignage d’autres victimes que Patricia Tulasne a décidé de raconter son histoire.

Elle a d’ailleurs salué leur courage, en disant qu’elle traversait une période « difficile en ce moment ».

« Je pensais que c'était derrière moi » - Patricia Tulasne

« C’est une vieille histoire et je pensais que c’était derrière moi, dit-elle. Mais je m’aperçois avec tout ce que j’entends que non, c’est encore là et que c’est le temps de dénoncer ce genre de comportement. »

« Je pense que c’est quelqu’un de profondément malade. […] Je pensais que suite à sa thérapie, il avait changé, parce que je l’ai recroisé il y a à peu près cinq ans au Festival Juste pour rire, et pour la première fois de ma vie j’ai eu une conversation normale avec lui. J’avais l’impression d’être avec un être humain. »

Gilbert Rozon, par l'intermédiaire d'un porte-parole, a refusé de commenter ce témoignage.

Le producteur a fait savoir, mercredi, qu'il était « sincèrement désolé » pour tous « celles et ceux [qu'il a] pu offenser au cours de ma vie ».

Il a annoncé mercredi soir, sur sa page Facebook, qu'il quittait ses fonctions de président du Groupe Juste pour rire, de commissaire aux célébrations du 375e anniversaire de Montréal ainsi que de vice-président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Patricia Tulasne soutient que la situation doit changer.

« Ce que je voudrais, conclut Mme Tulasne, c’est que ces comportements-là arrêtent dans notre milieu. »

« On est soumis à ça de toutes sortes de façons. Que ce soit des pressions des réalisateurs pour qu’on se mette tout nu à l’écran ou que ce soit des réflexions un peu déplacées… Dans notre métier, on est beaucoup dans la séduction. Mais parfois, ça dépasse un peu les limites. [...] Il est temps que les femmes se réveillent et disent "ça suffit". »

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