Retour

Peine de Richard Henry Bain : la Couronne et la défense aux antipodes

« Le pire meurtre non prémédité ». C'est ainsi que le procureur de la Couronne, Dennis Galiatsatos, décrit le crime commis par Richard Henry Bain, le soir de la victoire du Parti québécois, le 4 septembre 2012. Par conséquent, il demande la peine maximale pour l'homme de 66 ans, soit 25 ans d'emprisonnement avant de pouvoir espérer une libération conditionnelle. L'avocat de M. Bain, lui, plaide au contraire pour la peine la plus clémente.

Un texte de Geneviève Garon

Le juge Guy Cournoyer n'a pas caché sa surprise lorsque la poursuite a fait part de ses intentions. « C'est inhabituel » qu'un procureur demande la peine maximale dans le cas d'un meurtre non prémédité.

La conséquence automatique d'une telle condamnation est l'emprisonnement à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant une période qui peut varier de 10 à 25 ans. C'est au juge de trancher.

Le 23 août, Richard Henry Bain a été reconnu coupable du meurtre non prémédité du technicien de scène Denis Blanchette et de trois chefs d'accusation de tentative de meurtre.

Dennis Galiatsatos reconnaît que la peine sévère qu'il demande est exceptionnelle, mais selon lui, de nombreux facteurs aggravants pèsent contre Richard Henry Bain.

Pour le ministère public, les intentions politiques du tueur ne font aucun doute.

Me Galiatsatos souligne qu'après son arrestation, le tireur a affirmé à la psychiatre Marie-Frédérique Allard que son plan était de tuer le plus de séparatistes possible, ainsi que la chef péquiste Pauline Marois.

Le procureur insiste : il aurait pu y avoir des douzaines de morts, n'eût été l'arme qui s'est enrayée après que Bain eut tiré une seule balle, et l'intervention des policiers.

Méthodiquement, il a énuméré au juge les autres éléments qui font pencher la balance en faveur d'une peine très sévère.

Il ajoute que le fait d'avoir commis le crime dans un lieu public augmentait aussi les risques de victimes collatérales.

L'âge et les problèmes de santé mentale de Bain

L'avocat de Richard Henry Bain est à l'autre bout du spectre. Il demande la peine minimale pour son client, soit l'emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.

Alan Guttman affirme que son client souffre de problèmes de santé mentale. Il mentionne aussi qu'à 66 ans, une peine trop longue pourrait signifier qu'il va finir ses jours en prison.

Me Guttman tente également de créer des rapprochements avec l'affaire du caporal Denis Lortie, à Québec. Le 8 mai 1984, le militaire a fait irruption dans le Salon bleu de l'hôtel du Parlement, armé jusqu'aux dents, dans l'intention de tirer sur les députés. Il a tué 3 personnes et en a blessé 13 autres. Lors de son deuxième procès, il a plaidé coupable à des accusations de meurtre non prémédité et a été condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.

Alan Guttman a souligné les ressemblances entre les deux dossiers : des hommes avec des problèmes de santé mentale en colère contre le gouvernement.

Le juge Guy Cournoyer semblait toutefois loin d'être convaincu et a répété qu'on ne connaissait pas les motifs exacts qui ont mené à cette sentence il y a plus de 30 ans.

Bain s'excuse

Juste avant la fin de l'audience, le juge a invité Richard Henry Bain à s'exprimer, s'il le désirait. Celui-ci s'est levé et s'est brièvement adressé aux victimes d'une voix très basse.

Plus tôt dans la journée, quatre victimes ont expliqué à la Cour les conséquences dévastatrices du drame sur leur vie.

D'anciens techniciens du Métropolis vivent toujours une profonde dépression, certains ont pensé mettre fin à leurs jours, un a sombré dans la drogue.

L'un de ces techniciens, Jonathan Dubé, a confié : « L'action d'un seul homme fut le début d'une dégringolade pour plusieurs d'entre nous. [...] Le plus grand combat contre notre démon intérieur. »

Une cinquième personne, Diane Blanchette, a parlé au nom de son défunt frère Denis et déploré qu'il ne soit plus là pour prendre soin de sa fille.

Le juge Guy Cournoyer rendra sa sentence le 18 novembre.

Plus d'articles

Commentaires