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Pékin n'entend pas tolérer la dissidence à Hong Kong

La Chine interdit à deux députés indépendantistes hongkongais, qui ont écorché leur prestation de serment, de siéger au Parlement. Pékin avance que les deux élus ne peuvent reprendre leur serment et qu'ils sont ainsi inaptes à siéger au Parlement hongkongais.

Un serment qui ne respecte pas la Constitution de Hong Kong « doit être invalidé et ne peut être prononcé à nouveau », a tranché l'Assemblée nationale populaire (ANP) chinoise. Le Parlement chinois a ainsi adopté une interprétation rigoriste de la Loi fondamentale de Hong Kong stipulant que les élus doivent prêter allégeance à la Ville à titre d'entité chinoise.

Les deux députés se sont drapés dans une bannière affirmant que « Hong Kong n'est pas la Chine » lors de la prestation de leur serment. Ils ont aussi escamoté le mot « Chine » dans la prestation de leur serment, qui postule que Hong Kong est une « région administrative spéciale de la République populaire de Chine », le remplaçant plutôt par des termes péjoratifs.

La décision du Parlement chinois intervient avant la décision de la Haute cour de Hong Kong qui doit statuer dans cette affaire. Saisie par l'exécutif du gouvernement de Hong Kong, la Haute cour du territoire doit déterminer si Baggio Leung et Yau Wai-ching doivent être disqualifiés et empêchés d'occuper leur siège.

La décision de Pékin a provoqué l'ire des députés démocrates hongkongais et des manifestations devant la représentation chinoise à Hong Kong. « L'État de droit à Hong Kong est mort », a déclaré à l'AFP la députée Claudia Mo. « C'est le règne par décret. Hong Kong peut s'attendre à vivre dans la peur désormais ».

Hong Kong craint pour ses libertés

Considéré comme inféodé au pouvoir de Pékin par ses opposants, le chef du gouvernement hongkongais, Leung Chun-ying, a déclaré à la presse qu'il « mettrait complètement en œuvre » la décision de l'ANP. « Les mots, les actions qui violent délibérément [les termes de l'interprétation], qui violent la procédure de prestation de serment, ou même qui en profitent pour insulter le pays et le peuple chinois et prôner la sécession, doivent prendre fin conformément à la loi », a-t-il déclaré.

Le rejet de la prestation de serment des deux députés hongkongais a également provoqué des scènes de chaos au conseil législatif.

De grandes manifestations réclamant davantage de démocratie avaient échoué, en 2014. Devant le refus de Pékin de leur accorder plus de libertés, un mouvement indépendantiste est né de ce mouvement. Mais, pour Pékin, mentionner l'indépendance représente un acte de trahison.

Un porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et Macao du gouvernement chinois a salué l'intervention chinoise. « Cette interprétation démontre la détermination et la volonté fermes du gouvernement central de s'opposer à +l'indépendance de Hong Kong+", a-t-il dit. « Elle est conforme aux aspirations communes du peuple chinois tout entier, y compris nos compatriotes à Hong Kong. »

Ancienne colonie britannique, Hong Kong jouit d'une certaine autonomie depuis sa rétrocession à la Chine par Londres en 1997. Le principe « Un pays, deux systèmes », qui avait présidé à sa rétrocession, lui confère des libertés que ne connaissent pas le reste des Chinois. L'accord conclu entre Londres et Pékin protège, du moins théoriquement, ces libertés pour une période de 50 ans.

Plusieurs Hongkongais ont toutefois l'impression que ces libertés, inscrites dans la Constitution hongkongaise, s'érodent et la mainmise de Pékin se raffermit.

C'est la cinquième fois, depuis 1997, que Pékin intervient pour interpréter la Constitution de Hong Kong.

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