Plusieurs médecins ont cessé de pratiquer dans des centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ces derniers mois, une conséquence, selon certains professionnels, de la réforme de la santé du ministre Gaétan Barrette. Une pénurie sérieuse qui incite des médecins gestionnaires à dénoncer la situation actuelle.

Un texte de Davide Gentile

« On a maintenu une qualité de soins acceptables. Mais ça devient de plus en plus difficile parce qu'il n'y a pas de jeunes médecins », dit Jean-Yves Guigui, médecin-chef des centres d'hébergement Armand-Lavergne et Émilie-Gamelin, qui font partie du CIUSSS du Centre-Sud de Montréal.

Celui qui compte une quarantaine d’années de pratique en CHSLD affirme compter sur sept médecins au lieu des neuf qui seraient nécessaires. « On est constamment en pénurie, déplore-t-il. Surtout que la clientèle a changé depuis 20 ans. Elle a des pathologies plus complexes. »

La situation est la même dans plusieurs établissements de la métropole. « On sent effectivement une pénurie dans plusieurs CHSLD », affirme la Dre Sophie Zhang, chef adjointe à l'hébergement au CIUSSS du Centre-Sud de Montréal.

Comme plusieurs autres médecins qui pratiquent en CHSLD, elle attribue la situation aux exigences de prise en charge de patients de la loi 20. « Les médecins ont beaucoup de pression pour prendre des patients en cabinet, note-t-elle. Ils ont beaucoup moins de temps pour d'autres activités comme les CHSLD. »

D'ici la fin de l'année, 85 % des Québécois devront être inscrits auprès d'un médecin de famille.

En ce moment, les médecins qui n'ont pas 500 patients font moins d'argent que ceux qui dépassent ce nombre. Et les nouveaux omnipraticiens doivent prendre en charge 500 patients dès leur première année sinon leur salaire est amputé de 30 %.

Si l'objectif de 85 % de prise en charge n'est pas atteint d'ici la fin de l'année, les sanctions prévues par la loi 20 seraient théoriquement appliquées début 2018.

Ceux qui ne font que de la clinique devront avoir à leur charge 1500 patients inscrits.

Les omnipraticiens qui ont plus d'une tâche et qui travaillent par exemple en soins à domicile ou en obstétrique sont soumis à un régime différent. Ils pourront par exemple avoir 500 patients à leur charge en plus d'effectuer deux autres types de pratique dont la lourdeur équivaudrait à la prise en charge de 1500 patients.

Ceux qui n'y arriveraient pas verraient leur rémunération amputée.

« Les médecins ont donc fait le choix de délester la clientèle des CHSLD pour se concentrer sur la pratique en bureau », avance le Dr Michel Dugas, chef du département de gériatrie au CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Des patients de CHSLD sans médecin de famille?

À Québec, la situation semble désavantageuse pour les CHSLD. « De 30 % à 40 % des médecins ont délaissé la partie de pratique qu'ils avaient en centre d’hébergement », indique Michel Dugas.

Un secteur du nord de Québec, où 12 médecins pratiquaient en centre d'hébergement, a perdu les deux tiers de ce groupe. « Les gens qui restent assurent une couverture et les infirmières font ce qu'elles peuvent », précise M. Dugas.

Paradoxalement, un nombre croissant de patients en CHSLD ne seraient plus inscrits auprès d'un médecin de famille. « Sur les 3000 lits de CHSLD à Québec, 1000 patients n'ont pas de médecin. Et ça pourrait être 1500 patients sans médecin d'ici le printemps », prédit le Dr Dugas.

Une pétition pour forcer la main du gouvernement

La situation est suffisamment inquiétante pour que des médecins lancent une pétition « en faveur de la pratique médicale en CHSLD au Québec ».

L'objectif est de convaincre le gouvernement de permettre à des omnipraticiens d'inscrire des patients en CHSLD. « Symboliquement, c'est comme si nos personnes âgées valent zéro. C'est anormal, elles méritent autant que les autres », soutient Suzanne Lebel, médecin au CISSS des Laurentides, qui fait circuler cette pétition.

Guy Béland, directeur du Département de médecine familiale et de médecine d'urgence de l'Université Laval, a signé la pétition, tout comme Louise Authier, directrice de l'enseignement des soins aux personnes âgées de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal.

Une solution à court terme

« C'est un enjeu qui est réel et auquel nous nous adressons actuellement », commente le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Gaétan Barrette.

Il affirme que l’approche gouvernementale devrait se traduire « par une action dans les prochaines semaines ».

Gaétan Barrette soutient toutefois que les problèmes de médecins en CHSLD sont temporaires. « Dans le futur, ce sont probablement plus d'infirmières praticiennes spécialisées qui vont prendre en charge certains services. En collaboration avec des médecins, oui, mais aussi avec des pharmaciens », dit-il.

Le ministre estime que le rôle des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) doit devenir prépondérant dans les CHSLD.

Québec doit former 2000 IPS d'ici 2024. Pour l'instant, moins de 100 IPS sont formées chaque année.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine