Pêches et Océans Canada mène un effort de recherche intensif pour circonscrire l'habitat de la baleine bleue et comprendre les menaces qui pèsent sur cette géante de l'Atlantique Nord, dont on connaît bien peu de choses.

Les grandes bleues sont inscrites depuis 2005 sur la liste des espèces en voie de disparition, mais on ignore la taille de leur population, leurs aires d’hivernage et leurs lieux de reproduction.

Les baleines bleues sont les plus gros animaux de la planète. Pourtant, on ne connaît presque rien d’elles.

Véronique Lesage, biologiste à Pêches et Océans Canada

« On ignore même si cette population est en décroissance ou non », explique Véronique Lesage, biologiste à Pêches et Océans Canada, qui coordonne depuis près de six ans cet effort de recherche.

« Les baleines bleues voyagent sur de grandes distances, ajoute-t-elle. Il est alors difficile de les suivre sous l’eau, loin des côtes. Cette difficulté a freiné la recherche pendant des années. »

Le meilleur indice de la taille de la population qui fréquente le Saint-Laurent provient sans doute du travail du biologiste Richard Sears, de la station de recherche des îles Mingan. Depuis 40 ans, il identifie chaque baleine qui pénètre l’estuaire par les marques distinctives se trouvant sur son dos, et construit ainsi un catalogue inventoriant près de 500 baleines.

Combien ne pénètrent jamais l’estuaire? Combien sont encore vivantes? Impossible de le savoir.

Mais cette initiative de recherche commence à percer le mystère des géantes bleues. Depuis six ans, les chercheurs ont installé 25 balises satellites sur ces baleines afin de les suivre à la trace.

Ces balises ont fonctionné en moyenne trois semaines. Elles ont permis de mieux comprendre leur usage du fleuve et de révéler de nouveaux secteurs de fréquentation insoupçonnés, car inatteignables par les navires de recherche. Une balise a même fonctionné pendant plus de six mois, assez pour révéler, pour la toute première fois, la migration hivernale de la baleine bleue.

L’estuaire maritime du Saint-Laurent, un habitat important

En analysant l’ensemble des informations existantes sur l’espèce, Pêches et Océans Canada est parvenu à cartographier les habitats importants pour la baleine bleue. Voici comment :

Quatre secteurs sont nécessaires à leur alimentation : le long des falaises sous-marines du chenal Laurentien dans l’estuaire du Saint-Laurent, les eaux au sud de Terre-Neuve, la tête du chenal Esquiman ainsi que la limite du plateau continental. Deux zones lui servent de corridor de passage : le détroit d’Honguedo et le détroit de Cabot.

C’est la chasse à la baleine au début du siècle dernier qui a mis en péril cette population. Mais de nombreux scientifiques soupçonnent que l’humain nuirait au rétablissement de l’espèce. « Les baleines bleues produisent des sons à de basses fréquences pour communiquer sur de très longues distances. Or, l’humain a introduit beaucoup de bruits dans leur environnement. Est-ce que ces bruits empêchent les baleines bleues de se trouver et de se reproduire? » s’interroge Véronique Lesage.

Elles dépendent entièrement du krill pour leur alimentation, ce sont des spécialistes. Comment évolue leur garde-manger en réaction aux changements climatiques? Ce sont des questions auxquelles nous tentons de répondre.

Véronique Lesage, biologiste à Pêches et Océans Canada

Vers un habitat protégé

La définition des habitats importants servira de point de départ pour la réflexion d’un comité d’experts qui devra définir « l’habitat essentiel » de la baleine bleue, un habitat sans lequel l’espèce ne peut se rétablir.

Selon la Loi sur les espèces en péril, tout nouveau projet qui détruirait cet habitat, ou l’empêcherait de jouer son rôle pour la baleine bleue, serait rejeté. « La Loi sur les espèces en péril est encore jeune », note Robert Michaud, biologiste et président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins.

« Nous en connaîtrons davantage sur l’étendue de sa protection réelle lorsqu’elle sera mise à l’épreuve en cour. Cela dit, on observe déjà que, dans le cas des bélugas, cette désignation d’habitat essentiel semble jouer un effet dissuasif sur certains industriels qui souhaitent développer des projets dans ces secteurs. »

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