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« Personne au gouvernement n'est au courant de mes enquêtes », assure le patron de l'UPAC

Le commissaire de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) dément formellement entretenir des relations malsaines avec le gouvernement du Québec, comme l'en accusent ses détracteurs, dont l'ex-témoin-vedette de la commission Charbonneau, Lino Zambito.

Dans une entrevue accordée vendredi à Gravel le matin, Robert Lafrenière assure n’avoir eu qu’un seul contact avec le chef de cabinet du premier ministre Couillard, Jean-Louis Dufresne, après que le Parti libéral a pris le pouvoir en 2014.

M. Dufresne voulait « avoir de l’information sur notre programme de formation en prévention, pour le dispenser, si c’était possible, aux chefs de cabinet », a-t-il précisé. « Ça a été le contact de l’époque et il n’y a jamais eu d’autres contacts. »

Interrogé sur la possibilité qu’il entretienne des contacts avec d’autres membres du cabinet, M. Lafrenière est catégorique. « Jamais, jamais, jamais. Les enquêtes sont confidentielles. Il n’y a personne au gouvernement, du côté politique, qui est au courant de mes enquêtes. »

Dans le même ordre d’idées, le commissaire de l’UPAC dément fermement protéger le pouvoir en place au Québec, ou faire preuve de timidité lorsque des enquêtes s’en approchent.

C’est fondé sur quoi? C’est des propos évidemment que je nie complètement. Il n’y a personne qui interfère dans nos enquêtes. Aujourd’hui, tout se sait. Alors, ça se saurait. Il y aurait des preuves si c’était vrai. C’est complètement faux.

Robert Lafrenière

Dans un livre publié cet automne, M. Zambito, soutient que l’UPAC « joue une game politique », entretient des « relations malsaines avec le bureau du premier ministre » et n’utilise pas toutes les preuves qui sont en sa possession.

M. Lafrenière n’a cependant pas voulu commenter plus précisément les dires de M. Zambito, qui s’est lui-même reconnu coupable de fraude, de complot et de corruption dans un procès issu d’une enquête de l’UPAC.

« Je fais très attention quand je parle de M. Zambito, […] qui va témoigner dans plusieurs procédures judiciaires, dans nos dossiers », a-t-il laissé tomber.

Il a aussi refusé net de dire quoi que ce soit au sujet de l’avancement de l'enquête visant Marc Bibeau, grand argentier du Parti libéral provincial à l’époque de Jean Charest, ou sur les transactions douteuses de la Société immobilière du Québec, révélées cet automne par Enquête.

« Je ne peux pas parler des enquêtes en cours », s’est-il borné à dire. « La critique, faut vivre avec. Ce sont des dossiers qui sont très complexes. Tout le monde l’avoue. »

Au cours de la dernière année, l'UPAC a accusé 15 individus en vertu du Code criminel, tandis que 35 personnes et 17 entreprises ont été accusées d'infractions à des lois fiscales ou à la loi sur le bâtiment.

Son principal coup de filet est survenu en mars dernier, lorsque l'ex-ministre libérale des Affaires municipales Nathalie Normandeau, son ex-chef de cabinet, Bruno Lortie, et l'ex-vice-président de la firme de génie-conseil Roche, Marc-Yvan Côté, ont été accusés de complot, de corruption, de fraude et d'abus de confiance dans le cadre d'une enquête sur l'octroi de financement politique en échange de contrats publics.

La condamnation de Vaillancourt, une « très grande satisfaction »

Robert Lafrenière ne cache pas qu'il est « très satisfait » de la condamnation de Gilles Vaillancourt. L'ex-maire de Laval a été condamné jeudi à 5 ans, 11 mois et 15 jours de prison, après avoir plaidé coupable à des chefs d'accusation de complot, d'abus de confiance et de fraude.

Il doit aussi rembourser une somme de 8,8 millions de dollars à la municipalité, et lui céder son condo, d'une valeur de 1 million.

C'est une très grande satisfaction, plus qu’un soulagement. Je connaissais la somme de travail qu’on avait mis dans ça. Les équipes de procureurs, d’enquêteurs ont été dédiées pendant plusieurs années à ce dossier. Arriver à une conclusion comme ça pour la tête du groupe, j’étais très satisfait.

Robert Lafrenière

À l'instar du maire de Laval, le patron de l'UPAC concède que le montant de la fraude commise par M. Vaillancourt « est plus élevé » que celui qu'il devra rembourser. « Les procureurs ont parlé de dizaines de millions. C’est difficile de chiffrer exactement », souligne-t-il, en précisant que l'enquête de l'UPAC avait permis de trouver la somme qu'il devra rembourser.

Robert Lafrenière estime que la peine imposée à l'ex-maire « respecte la jurisprudence », mais sans dire s'il aurait souhaité qu'elle soit plus sévère. « Nous, on fait notre travail. Après, il appartient aux tribunaux de déterminer la sentence », a-t-il commenté.

« Mon bulletin, c’est le nombre de condamnations » ajoute-t-il. « Depuis cinq ans, on a 56 condamnations, 28 au criminel, 28 au pénal. Pour moi, les citoyens, ce à quoi ils s’attendent, c’est que les gens soient condamnés. L’argent qu'on peut récupérer est important aussi. »

L'impact de l'arrêt Jordan

M. Lafrenière a aussi confirmé que l'UPAC doit modifier ses façons de faire dans la foulée de l'arrêt Jordan, rendu par la Cour suprême du Canada cet été. Ce jugement stipule qu'un procès qui dure plus de 18 mois devant une cour provinciale, ou 30 mois devant une cour supérieure, doit être considéré comme étant d'une durée déraisonnable et qui viole les droits des accusés.

« Ce qui change, c’est que quand on va présenter le dossier, quand on va faire le ratissage, toute la preuve va avoir été analysée, prête à être divulguée dans un seul moment ou à peu près », a-t-il commenté. Avant ce jugement « nous déposions nos preuves et on ajustait la divulgation à quelques reprises », ce qui pouvait être utilisé comme base pour une requête en arrêt des procédures.

« Là, le jour 1 commence lorsque les dénonciations sont faites, lorsque les arrestations sont faites. […] On veut être certains que ce ne sera pas imputé aux poursuivants, les délais qu’il pourrait y avoir durant les procédures et le fameux 30 mois », explique-t-il.

De nouveaux stratagèmes débusqués

De manière générale, Robert Lafrenière dit être convaincu que la corruption et la collusion sont en baisse au Québec, grâce non seulement aux enquêtes de l'UPAC, mais aussi à son travail de prévention et de vérification des entreprises qui veulent obtenir des contrats publics.

Il prévient cependant que « d'autres stratagèmes » ont été découverts et font l'objet d'enquêtes. « Il faut oublier un peu la construction. L’UPAC, ce n’est pas juste la construction. [...] On a actuellement des enquêtes dans d’autres sphères d’activité, [avec] des stratagèmes que je ne m’étais pas imaginés quand j’ai pris le travail voilà six ans. »

« Moi, j’étais mindé construction, dû aux reportages qu’on avait eus, mais il y a d’autres stratagèmes, d’autres sphères d’activités. Ce ne sont pas nécessairement des élus. […] Il y a des fonctionnaires, il y a toutes sortes de gens qui ont notre argent public en responsabilité de gestion », indique-t-il.

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