En 1939, Paul-Émile Maisonneuve se prépare à aller combattre Hitler, au coeur du conflit qui deviendra le plus meurtrier de l'histoire. Avant de partir, il n'a rien : pas de femme, pas d'enfant, pas même, avec ses 56 kilos, la stature d'un homme. Il survivra au débarquement de Normandie et trouvera, dans l'Europe en guerre, l'amour de sa vie. Portrait d'un vétéran franco-albertain de la Deuxième Guerre mondiale.

Un texte de Marie-Pier Mercier

À l’âge de 21 ans, le 17 septembre 1939, Paul-Émile Maisonneuve s’enrôle dans l’armée canadienne à McLennan, au nord de l’Alberta, pour rejoindre le régiment d’Edmonton. Aucun vêtement militaire n’est à sa taille. Il doit quitter sa ville natale vêtu des habits datant de la Première Guerre mondiale.

« On est resté à Edmonton seulement une couple de mois et ils ont décidé de nous transférer outre-mer », explique le vétéran Maisonneuve, dans sa résidence pour personnes âgées à McLennan.

Rendu au Royaume-Uni, Paul-Émile Maisonneuve est envoyé sur la côte sud de l'Angleterre, à Brighton, là où il s'établit pour s'entraîner.

« Il s'entraînait pour décoder les communications entre les camps, dit son fils Bernard Maisonneuve. C’est là où il a rencontré ma mère. Elle était dans l’armée britannique. »

Sa mère, Lilian Lever, une juive anglaise, travaille également dans les communications pour venir en aide aux Britanniques. Elle traduit de l’allemand à l’anglais les conversations de l’ennemi.

« Nous nous sommes mariés le 16 avril 1943 en Angleterre », a déclaré Paul-Émile Maisonneuve, veuf depuis le début des années 1990. Ils auront cinq enfants des années plus tard en Alberta où ils fonderont leur famille et auront une ferme.

Passer de l'entraînement aux champs de bataille

Après avoir rencontré l’amour de sa vie et s’être entraîné pendant cinq ans, Paul-Émile Maisonneuve débarque sur les côtes de Normandie le 6 juin 1944, où des milliers de soldats canadiens et alliés périssent au combat sous le tir des Allemands.

« Je me suis couché à plat dans le bon temps. D’autres se pensaient en sécurité, mais se sont fait pogner », explique-t-il ironiquement quant aux raisons de sa survie.

« Faut être chanceux…faut vraiment être chanceux », dit l’homme qui semble être perdu dans ses pensées lointaines.

Mais encore à ce jour, M. Maisonneuve n’est pas en mesure de parler de fierté.

« Dad, peux-tu dire que vous êtes fiers de ce que vous avez fait là-bas », dit son fils. « Il ne le dit jamais », ajoute-t-il après que son père soit resté silencieux.

« Ce fut un moment difficile pour lui. Ça ne fait pas longtemps qu’il a commencé à parler de ce qu’il a vécu », explique Bernard Maisonneuve.

Célébrer le jour du Souvenir

« Je suis content d’avoir participé, mais je suis encore plus heureux d’avoir survécu », dit le vétéran en riant qui célébrera son 72e jour du Souvenir depuis le débarquement de 1944.

Au cours de ces dernières décennies, M. Maisonneuve retourna sur les plages de Normandie au 35e, 50e, 65e et 70e anniversaire du débarquement.

Il reçut d’ailleurs, au cours du dernier anniversaire en 2014, la Légion d’honneur décernée pour son service militaire exceptionnel.

En attendant, il est attendu samedi à l’École Héritage de Falher pour être honoré devant sa communauté, ses enfants et ses petits-enfants avant de vieillir d'une autre année le 17 novembre prochain. Il aura alors 99 ans.

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