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Pesticides : le manque d'indépendance d'agronomes et de chercheurs continue de faire des vagues

L'Ordre des agronomes du Québec annoncera dans les prochains jours quelles mesures il compte prendre pour éviter les conflits d'intérêts chez ses membres qui conseillent les agriculteurs tout en étant payés par des compagnies produisant des pesticides. Dans le même temps, un collectif de chercheurs demande aux gouvernements de prendre leurs distances avec les études menées par l'industrie.

Un texte de Thomas Gerbet

« Nous prenons très au sérieux la problématique du conflit d'intérêts », écrit le président de l'Ordre des agronomes, Michel Duval, dans une lettre ouverte. L'Ordre dévoilera sous peu les conclusions de l'enquête d'une firme externe chargée de vérifier les programmes de rémunération des agronomes.

Le mandat a été donné au vérificateur en septembre 2017, quelques semaines après des révélations de Radio-Canada. Notre reportage dévoilait que la majorité des agronomes qui conseillent les agriculteurs sont aussi salariés des compagnies qui commercialisent les pesticides. Certains bénéficieraient même de commissions ou de primes selon leurs performances de vente.

« À partir des conclusions de cette enquête, l'Ordre définira les pratiques de rémunération qui sont inacceptables pour tous les agronomes », écrit Michel Duval. En entrevue à l'émission Gravel le matin, le président de l'Ordre explique que les mesures pourraient aller jusqu'à la modification de son code de déontologie.

Le code de déontologie des agronomes balise pourtant déjà ce type de pratique. L'article 31 interdit « tout avantage, ristourne ou commission relatifs à l’exercice de sa profession ».

L'Ordre des agronomes est au fait de ces problématiques depuis des années. Des agronomes indépendants dénoncent congrès après congrès les risques de conflits d'intérêts.

« L'agronome a l'obligation [...] de préserver sa neutralité », écrit Michel Duval, tout en ajoutant : « Il est un peu simplissime de présumer de la conduite professionnelle d'un agronome sur le seul critère de son employeur. »

Le ministère de l'Environnement compte sur les agronomes, mais doute

« Oui, ça m'inquiète », avait déclaré la ministre de l'Environnement Isabelle Melançon, au sujet de la double casquette de certains agronomes, au lendemain de l'annonce de la nouvelle politique du gouvernement.

En vertu d'une nouvelle réglementation, les producteurs agricoles devront obtenir une prescription d’un agronome pour pouvoir utiliser trois substances de la famille des néonicotinoïdes, de même que pour employer l’atrazine et le chlorpyrifos.

« De concert avec le ministère, nous nous assurerons de surveiller le travail de tous les agronomes qui prescriront des pesticides, écrit Michel Duval. Il va de soi que si, en cours de route, des fautifs étaient identifiés, des mesures très sévères seront prises. »

Chercheurs et écologistes s'inquiètent

« C'est le Far West, c'est vraiment n'importe quoi, dit le porte-parole d'Équiterre, Steven Guilbeault. Il y a eu un laisser-aller à la fois de la part du gouvernement fédéral, au Québec, l'Ordre agronomes... »

Il croit qu'on est en train de rectifier le tir, mais qu'il reste du travail à faire.

Un collectif de chercheurs a publié lundi une lettre ouverte dans laquelle ils réclament un fonds indépendant de recherche sur les pesticides.

Les chercheurs de plusieurs universités québécoises dénoncent les conflits d'intérêts au Centre de recherche sur les grains, dévoilés la semaine dernière par Radio-Canada et Le Devoir.

Les signataires rappellent également que « l'approbation donnée par Santé Canada (appelée homologation) pour l'utilisation des pesticides est basée majoritairement sur les études réalisées par l'industrie agrochimique ». Une biologiste de Santé Canada admettait cette réalité en entrevue à Radio-Canada la semaine dernière.

« Or, nous constatons de plus en plus souvent des contradictions importantes entre les évaluations de toxicité provenant de l'industrie et les évaluations des études indépendantes », écrivent les chercheurs.

Pendant ce temps, l'utilisation de pesticides agricoles atteint des niveaux record au Québec, rappellent les signataires.

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