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Peu de données sur les agressions sexuelles en milieu scolaire, révèle une étude

Une nouvelle étude du Centre canadien de protection de l'enfance sur les abus sexuels en milieu scolaire révèle que 86 % des agresseurs étaient des professeurs. Les auteurs de l'étude posent cependant des questions quant à la disponibilité et l'accessibilité des informations dans certaines provinces et territoires.

Un texte de Denis-Michel Thibeault

L’étude stipule que 138 agresseurs occupaient des fonctions autres que celles mandatées par l’école, 50 % de ceux-ci étaient des entraîneurs de sports à l’école ou dans la communauté, ce qui augmente l’accessibilité aux victimes.

L’analyse démontre que les trois quarts des victimes étaient des filles, de ce nombre, 70 % étaient à l’école secondaire et 84 % de toutes les victimes, peu importe le sexe, étaient des élèves.

Dans trois cas sur quatre , il y a eu contacts physiques et 12 % des cas impliquaient des actes obscènes, du voyeurisme ou des comportements inappropriés.

Au total, l’étude a répertorié 750 accusations pour des agressions sexuelles contre un minimum de 1272 enfants qui auraient été commises par 714 employés ou anciens employés d’école dans les 20 dernières années.

Peu de données

Le sondage du Centre canadien de protection de l’enfance pose quelques questions sur la manière dont les provinces recueillent et partagent les données sur la méconduite sexuelle du personnel dans les écoles. L’étude démontre que seulement l’Ontario et la Colombie-Britannique, et la Saskatchewan (depuis 2017), le font au Canada.

« En Ontario, les autorités rendent les données publiques parce que c’est de l’intérêt du public », affirme Noni Classen, la directrice du Centre canadien de protection de l’enfance. Selon elle, la population doit avoir ces informations afin d’être mieux protégée.

Les chercheurs ont donc dû analyser 20 ans d’articles en ligne dans les médias canadiens et des documents de cours pour obtenir des données pour leur étude.

Au Manitoba par exemple, 86 % des cas répertoriés l’ont été grâce à l’utilisation des médias. Dans 33 % des cas, les médias étaient la seule source d’information disponible.

Malgré tout, Noni Classen observe une tendance et une constance entre les provinces qui publient leurs données et celles qui ne le font pas. « Cette information nous permet de comprendre que nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour mettre en place des systèmes afin d’être plus transparents et imputables », ajoute-t-elle.

Ce manque de donnée laisse croire aux chercheurs du Centre canadien de protection de l’enfance qu’un plus grand nombre d’agressions sexuelles auraient pu avoir lieu. « Ça démontre une très faible représentation des cas à cause de l’incapacité à obtenir l’information. Nous avons fait un effort afin de nous assurer que l’information qui se trouve dans l’étude est exacte. Malheureusement, nous avons été limités dans l’échantillonnage de donnée que nous pouvions utiliser », ajoute Mme Classen.

Elle lance un appel aux provinces qui ne publient pas ces données afin de permettre à la population de prendre des décisions éclairées. « La clé en matière de protection des enfants c’est la transparence et l’imputabilité. »

Utilisation de la technologie

L’étude dévoile aussi que la moitié des agresseurs ont utilisé la technologie pour entrer en contact avec leur victime. Ils ont majoritairement utilisé la messagerie texte ou les courriels pour le faire.

Dans 71 % des cas, la technologie a été utilisée par les agresseurs pour manipuler les victimes ou l’environnement de celles-ci afin de réduire les risques que l’abus soit détecté.

Les chercheurs observent aussi un nombre croissant de personnes qui utilisent la technologie depuis 8 ans. Avant 2010, 42 % des agresseurs avaient tenté de joindre leur victime en utilisant la technologie. Le pourcentage augmente à 60 % après 2010 et 83 % après 2016.

Mesures disciplinaires

Les quatre accusations les plus fréquentes étaient agression sexuelle, exploitation sexuelle, contacts sexuels et des accusations en lien avec la pornographie juvénile.

Deux professeurs sur trois reconnus coupables ont vu leur permis d’enseignement révoqué.

Le Centre canadien de protection de l’enfance explique cependant que la majorité des données proviennent de deux provinces seulement à cause du manque de données disponible dans les autres provinces.

Noni Classen croit que plus de formation devrait être offerte aux membres du personnel des écoles afin de mieux comprendre ce qui est interdit.

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