Retour

Phénix : le contrat avec IBM permet des ajouts qui font grimper la facture

Le contrat entre le gouvernement fédéral et la firme IBM pour la conception, l'implantation et l'entretien du système de paye Phénix permet de nombreux amendements qui ont fait grimper la facture de dizaines de millions de dollars.

D’après le reportage de Julie Ireton de CBC, avec la collaboration de Radio-Canada

Ce contrat, obtenu par CBC par le biais de la Loi sur l’accès à l’information, précise que le coût de la première étape de l’entente s’élevait à 5,7 millions de dollars.

Mais malgré les 1700 pages du document, signé en 2011 et s’échelonnant jusqu’en 2019, celui-ci ne permet pas de déterminer la valeur monétaire du contrat d’origine pour lequel IBM était la seule entreprise en lice.

Dans une déclaration à CBC, Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) explique que « publier la valeur du contrat pourrait nuire à la compétitivité d'IBM et lui causer des préjudices pour de futures négociations avec la Couronne. »

L’entente stipule toutefois que le gouvernement fédéral peut apporter des ajustements, en fonction des besoins rencontrés. Ottawa a d'ailleurs demandé de nombreux correctifs au système Phénix, ce qui a fait grimper la facture d’IBM.

Selon CBC, après 39 amendements en 6 ans, l’entente avec la firme informatique vaut maintenant 185 millions de dollars. SPAC a expliqué à CBC qu’il a toujours été envisagé que l’entente avec IBM comprendrait des ajouts et des amendements.

La demande de proposition précise également que le gouvernement canadien peut étendre les modalités du contrat au sujet de l’entretien du système Phénix [maintenance and support contract, NDLR] « pour une période allant jusqu’à approximativement 20 ans ».

À qui revient la responsabilité

Allan Cutler, un consultant et spécialiste de l'approvisionnement, estime que le contrat, qu’il a consulté, « établit clairement que le gouvernement est responsable des décisions importantes. Toute mauvaise gestion au sujet de ces aspects essentiels est strictement sous la responsabilité du gouvernement ».

Le vice-président exécutif national de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), Chris Aylward, n’est pas prêt lui non plus à jeter le blâme sur IBM. Il estime qu’il faut plutôt regarder le contrat initial pour expliquer le dérapage.

De son côté, l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) aurait préféré qu’Ottawa fasse appel à l’expertise au sein du gouvernement fédéral, plutôt que de confier à une firme externe le mandat de développer un système informatique pour gérer la paye des 300 000 fonctionnaires au pays.

« Vous leur [aux compagnies] avez presque donné le contrôle du ministère, au sujet de la mise en oeuvre de Phénix. Vous leur avez donné les clés du royaume », lance sa présidente, Debi Daviau.

Un dérapage en Ontario avec IBM

Avant Phénix, le gouvernement ontarien avait embauché en 2009 la firme IBM pour créer et instaurer le Système automatisé de gestion de l’aide sociale de l’Ontario (SAGAS ou SAMS en anglais). Celui-ci permet de verser l’aide financière aux demandeurs d’aide sociale et aux personnes handicapées.

Après quatre années de travail, un an de retard et environ 40 millions de dollars de plus que ce qui était budgété, peut-on lire dans le rapport de 2015 du vérificateur général de l’Ontario, le logiciel est lancé en novembre 2014.

Toutefois, de nombreuses erreurs de paiement sont rapidement rapportées. Des prestataires reçoivent des sommes en trop; d’autres, moins que ce qui leur est dû ou ne sont simplement pas payés.

Du budget de 171,4 millions de dollars (en novembre 2013), le gouvernement de l’Ontario aura finalement payé environ 290 millions de dollars, selon le rapport du vérificateur général de 2016.

La saga d’IBM en Australie

Une situation semblable à Phénix s’est déroulée à l’autre bout de la planète. En 2007, soit cinq ans avant qu’Ottawa embauche IBM, l’état du Queensland, en Australie, avait signé un contrat avec la firme informatique pour moderniser le système de paye de son ministère de la Santé.

Le logiciel, lancé en 2010, connaît rapidement des ratés. Des milliers de travailleurs ne sont pas payés, surpayés ou sous-payés. Il faut environ 1000 employés pour gérer les problèmes de paye, ce qui fait gonfler les coûts à 1,2 milliard de dollars sur huit ans.

Une commission d’enquête conclut, en 2013, que les problèmes ont en partie été causés par les fonctionnaires qui n’ont pas réussi à gérer le projet correctement.

De plus, il s’avère qu’un recours contre IBM est impossible, puisque le gouvernement du Queensland avait conclu une entente empêchant tout recours contre la firme.

Malgré tout, l’État australien poursuit IBM, mais en vain : en 2016, la Cour suprême de l’Australie tranche en faveur de l’entreprise.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un tsunami de glace sème la panique!





Rabais de la semaine