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Philippines : l’inquiétude grandit à l’approche de la prise de pouvoir de Duterte

La controverse entourant le nouveau président philippin, Rodrigo Duterte, s'amplifie, au moment où l'avocat de 71 ans s'apprête à prendre les rênes du pays, le 30 juin. Duterte multiplie les déclarations incendiaires, promet d'abattre des milliers de criminels et de réinstaurer la peine de mort dans le pays. Ces engagements inquiètent les groupes des droits de la personne.

Yvan Côté

  Un texte de notre correspondant en Asie Yvan Côté

La nuit est bien installée à Manille lorsqu'une escouade policière fait son apparition dans un quartier pauvre de la capitale. Les agents ratissent patiemment les rues et ruelles à la recherche de criminels, mais depuis peu, ils s'attardent aussi à un autre type de personnes : les enfants.

Tous les jeunes de moins de 18 ans qui sont à l'extérieur sans leurs parents après 22 h sont désormais arrêtés et transportés à la centrale de police. Une des promesses électorales du nouveau président Rodrigo Duterte pour « nettoyer » le pays. Le seul problème est que son administration ne s'est jamais prononcée sur l'instauration d'un tel couvre-feu puisqu'il n'est pas encore arrivé en poste.

« Nous sommes extrêmement inquiets de la situation, indique Butch Olano, d'Amnistie internationale Philippines. Le président Duterte n'est pas officiellement en poste que le climat social se transforme. C'est alarmant et on se demande où tout cela s'arrêtera. »

Une campagne vulgaire

Candidat sans importance au début de la campagne électorale, Rodrigo Duterte a gagné le cœur des Philippins en martelant qu'il allait mettre fin à la corruption et à la criminalité, deux fléaux dans le pays. Non conformiste, vulgaire, le nouveau président fait depuis passer Donald Trump pour un enfant de chœur.

En tournée à quelques semaines du scrutin, il a plaisanté sur le viol d'une missionnaire et a traité le pape « de fils de pute » pour avoir créé des embouteillages lors de sa visite dans l'archipel. Mais qu'à cela ne tienne, la population l'adore, même si elle est composée à 80 % de catholiques.

« Vous voyez ces affiches de Duterte? », nous dit avec le sourire Estela Boromeo. « Et bien c'est moi qui les ai installées. Je devrais les enlever puisque la campagne électorale est terminée, mais elles vont pourrir sur le mur. Duterte est le seul qui peut nous sauver. »

Avocat et populiste, Duterte promet de ramener l'ordre dans le pays lors des six premiers mois de son mandat. Pour y arriver, il prendra les grands moyens. Il veut réintroduire la peine de mort et tuer 100 000 criminels. Sa phrase la plus célèbre de la campagne était sans équivoque.

Lors d'un point de presse, il s'en est aussi pris aux journalistes, leur disant qu'ils « n'étaient pas à l'abri des exécutions, surtout s'ils sont corrompus ». Cette déclaration a fait sursauter Maritsa Vitug, une journaliste d'expérience qui a fondé le journal en ligne Rappler.

« Il a dit toutes ces énormités publiquement », explique-t-elle. « C'est donc devenu acceptable pour n'importe qui de tuer les criminels. Qu'adviendra-t-il de l'État de droit aux Philippines? » se demande la journaliste.

Brigade de la mort

Plusieurs s'interrogent d'ailleurs sur le rôle de Rodrigo Duterte dans des brigades de la mort qui ont fait des centaines de victimes à Davao, une ville où il a été maire pendant 20 ans. Selon des organisations des droits de l'homme, les escadrons composés de policiers, d'ex-rebelles communistes et d'assassins, ont tué plus de 1000 personnes, dont des enfants et de petits délinquants.

Il s'agit d'une inquiétude pour Amnistie internationale, qui souligne que l'impact de ses récentes déclarations a déjà fait des morts. L'organisme a recensé au moins une vingtaine de meurtres de plus que lors des mois précédents.

Amnistie internationale s'appuie sur un cas bien particulier pour étayer ses préoccupations : celui d'un homme étranglé et poignardé à plusieurs reprises à la fin mai. Les autorités ont retrouvé son corps emballé dans du papier et portant la note : « Je suis un criminel Duterte ».

Cet homme n'avait pourtant rien à se reprocher, dit l'organisme. Il a probablement été assassiné « simplement parce qu'il était gai ».

Cette situation inquiète tellement aux Philippines que même l'ONU s'est prononcée publiquement pour dénoncer les nouvelles politiques du président. Trois décennies après la révolution qui a chassé Ferdinand Marcos, plusieurs croient dorénavant que tous les éléments sont réunis pour que le pays revive une nouvelle dictature.

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