Moins d'un an après avoir été couronné chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau quitte la vie politique. C'est un homme visiblement ébranlé qui en fait l'annonce lundi, expliquant son « choix déchirant » par des raisons familiales. Sa décision a provoqué une onde de choc au sein de la classe politique.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf avec la collaboration de François Messier

« Je vous annonce donc à regret que je quitte immédiatement mes fonctions de chef du Parti québécois, de chef de l'opposition officielle et de député de Saint-Jérôme », a-t-il indiqué au cours d'un point de presse donné à la permanence du PQ, à Montréal.

« Je prends cette décision pour le bien de mes enfants. Je dois pour eux demeurer un exemple », a ajouté celui qui aura eu le plus court règne à la tête du PQ. M.  Péladeau en était devenu chef le 15 mai 2015 après avoir été élu député de Saint-Jérôme le 7 avril 2014.

Cette annonce survient au lendemain de la diffusion d'une entrevue accordée à l'émission Tout le monde en parle par l'animatrice Julie Snyder, avec qui M. Péladeau a entamé des procédures de divorce. L'ancienne productrice et animatrice vedette de TVA , qui avait toujours décliné les invitations de l'équipe de Guy A. Lepage, a notamment dit vouloir réussir le processus de médiation avec son ex-conjoint pour le bien-être de ses enfants.

Péladeau salue « un grand parti », dont il restera militant

Le chef démissionnaire a dit aimer « profondément le Parti québécois, ses militants et ses députés ». « C'est un grand parti qui porte le projet fondamental de faire du Québec un pays, et des valeurs profondes de défense des intérêts des Québécoises et des Québécois », a-t-il déclaré.

« Nous avons fait des avancées importantes, nous avons fait reculer le gouvernement », a-t-il dit, ajoutant que le Parti québécois avait « travaillé sans relâche pour la défense des intérêts de la population, pour le développement économique et pour les régions du Québec ».

Le chef démissionnaire a également remercié les militants, le caucus et le personnel de la formation « pour leur confiance et le privilège qui [lui] a été donné de diriger ce grand parti ».

M. Péladeau a précisé que les membres de l'exécutif national seraient « convoqués rapidement pour faire le point et prendre les décisions nécessaires ».

« Je demeurerai un militant du Parti québécois. Je suis convaincu que l'avenir du Québec, des Québécoises et des Québécois passe par l'indépendance de notre nation », a-t-il conclu, ému.

Le nouveau chef parlementaire du PQ sera choisi vendredi.

Rien ne laissait présager la sortie de piste de M. Péladeau. Il y a une semaine à peine, il réorganisait son équipe, remplaçant Pierre Duchesne par Annick Bélanger au poste de directeur de cabinet.

Un passage bref, mais tumultueux

Perçu comme un sauveur par bon nombre de militants aspirant à brève échéance à l'indépendance, Pierre Karl Péladeau n'aura finalement traversé les cieux politiques québécois qu'en étoile filante entre deux campagnes électorales.

Si le départ de Pierre Karl Péladeau suscite une onde de choc, son arrivée s'était faite de façon fracassante.

Son entrée elle-même - le poing dans les airs lors de son discours d'investiture comme candidat dans la circonscription de Saint-Jérôme, en mars 2014 - avait suscité des remous : plusieurs analystes avaient attribué à son geste, ou du moins en partie, la débâcle du PQ, relégué au rang de l'opposition, lors de l'élection d'avril de la même année.

Pendant la course à la direction qui a suivi, la recrue avait fait mordre la poussière à ses adversaires, Bernard Drainville et Jean-François Lisée retirant même leur candidature avant l'issue de la course.

C'est en outre sous sa gouverne que la formation a perdu un vétéran du Parti, Stéphane Bédard, qui a démissionné après que Pierre Karl Péladeau lui eut retiré les fonctions de leader parlementaire pour les confier à Bernard Drainville.

Sa vie privée a par ailleurs défrayé les manchettes à quelques reprises, par exemple lorsque sa conjointe, Julie Snyder, a affirmé se voir contrainte d'abandonner la production des émissions de télévision de Productions J, soutenant que sa relation avec l'ancien grand patron de Québecor rendait sa maison de production inadmissible à des crédits d'impôt.

Leur mariage, à l'été 2015, puis l'annonce de leur séparation, en début d'année, ont eux aussi été fort médiatisés.

Autre sujet qui a fait couler beaucoup d'encre : la saga au terme de laquelle Pierre Karl Péladeau a décidé de confier son bloc de contrôle du conglomérat Québecor à une société mandataire.

Moins d'un an après s'être livré au même exercice, le PQ devra se lancer dans une nouvelle course à la direction. Une course qui se fera à deux ans de l'élection générale alors que les débats sur l'unité du mouvement souverainiste font toujours rage.

Les noms de plusieurs candidats potentiels circulent déjà, dont ceux de trois députés qui ont brigué l'investiture remportée par Pierre Karl Péladeau : Jean-François Lisée (Rosemont), Alexandre Cloutier (Lac-Saint-Jean) et Bernard Drainville (Marie-Victorin).

Viennent s'ajouter à la liste ceux de la députée Véronique Hivon (Joliette) et de l'ancien chef d'Option nationale, Jean-Martin Aussant, qui avait claqué la porte du PQ en 2011.

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