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Pierre Lapointe accuse Radio-Canada de « dormir au gaz », ce dont se défend le diffuseur

Au lendemain d'une sortie virulente de l'auteur-compositeur-interprète Pierre Lapointe contre Radio-Canada, la direction du diffuseur public s'est défendue de « [dormir] au gaz », comme l'affirme l'artiste.

Dans un communiqué publié lundi après-midi, au lendemain de la diffusion de l'émission Tout le monde en parle, à laquelle participait Pierre Lapointe, le vice-président principal de Radio-Canada, Louis Lalande, a répliqué à ce qu'il a qualifié de « jugement sans nuance qu'il porte avec émotion sur la culture à Radio-Canada ».

S'il était invité pour faire la promotion de son conte Le tragique destin de Pépito, illustré par Catherine Lepage, Pierre Lapointe, répondant à une question de Guy A. Lepage, a ouvertement critiqué Radio-Canada. Il a notamment déploré le manque d'audace avec lequel le diffuseur public a abordé Stéréo pop, une émission qu'il a coanimée avec Claudine Prévost et que Radio-Canada a éliminée de sa grille horaire en début d'année, après à peine une demi-saison.

« Un jugement sur le mandat culturel de Radio-Canada ne saurait se limiter à la programmation télé en heure de grande écoute », s'est défendu Louis Lalande. Plusieurs émissions lancées au cours de la dernière saison ont collé « de près au mandat culturel » de Radio-Canada, a-t-il affirmé, citant en exemples Stéréo pop, ainsi que Virtuose, « qui a connu beaucoup de succès en présentant de jeunes musiciens classiques », et le nouveau magazine culturel Esprit critique.

L'émission En direct de l'univers « nous a fait découvrir une foule de jeunes interprètes de grand talent aux côtés de stars établies », a-t-il ajouté, évoquant du même souffle le succès de Tout le monde en parle.

M. Lalande a souligné qu'ICI Musique, « entièrement vouée à la promotion musicale », avait été « la première radio grand public à avoir diffusé les chansons de Pierre Lapointe et de plusieurs autres artistes de grand talent ». « Et nous en sommes fiers », a-t-il affirmé. 

Il s'est dit sensible « aux critiques qui reprochent à notre télé de ne pas être assez culturelle à leur goût ».

Le cri du cœur de Pierre Lapointe

Au cours de l'entrevue diffusée dimanche soir, Pierre Lapointe a notamment dénoncé la « culture du vide » de la télévision et sa tendance à recourir toujours aux mêmes visages.

L'entrevue, dont le segment diffusé durait une vingtaine de minutes, s'est cependant déroulée sur un ton cordial. Premier invité à prendre place autour de la table, Pierre Lapointe est d'ailleurs resté jusqu'à la fin de l'enregistrement. Ce n'est que vers la fin de l'entrevue que l'artiste a laissé libre cours à sa colère contre Radio-Canada, mais aussi contre certains travers du milieu télévisuel en général, multipliant les sacres et les coups de poing sur la table.

L'étincelle qui a enflammé sa sortie bien sentie : une question sur la fin abrupte de l'émission Stéréo pop.

« Selon certaines rumeurs, tu te serais brouillé avec des patronnes de Radio-Canada qui voulaient rendre Stéréo pop plus conviviale et moins froide. Est-ce que c'est vrai? », a demandé Guy A. Lepage.

Qualifiant d'abord le sujet de « très délicat » parce que les deux parties devraient « être entendues », Pierre Lapointe a ensuite admis avoir été déçu du retrait de l'émission des ondes. « Par contre, dans les conditions où on a eu à enregistrer ça, non, a-t-il ajouté. J'étais très heureux que ça finisse. »

« Il y a une espèce de culture du vide à la télévision. Vous êtes une des rares émissions où on peut traiter de vrais sujets. Je pense que Radio-Canada se déculpabilise beaucoup avec votre émission », a-t-il soutenu.

Si « le concept était froid », a-t-il reconnu, c'est « parce que les conversations ne pouvaient pas aller là où elles devaient aller ». Au départ, a-t-il dit, les invités devaient être « des gens qui se connaissent et qui s'aiment ». Mais le concept de base a été « tout chamboulé » par des gens « qui ne connaissent pas le milieu de la musique et qui ont des goûts relativement straight », a-t-il déploré.

« Les matchs entre les artistes étaient imposés », a-t-il expliqué, ajoutant qu'« il devait y avoir avoir un minimum de A » parmi les invités, un terme du milieu désignant les vedettes les plus populaires du monde artistique. « Moi, les asties de A, j'en ai plein le tabarnak de cul parce que ça finit par donner une télé aseptisée! », a tonné l'artiste.

Il s'est dit fatigué de voir toujours les mêmes visages à l'écran, admettant qu'il en faisait partie mais déplorant notamment l'absence de sa complice Catherine Lepage à ses côtés pendant l'entrevue. « J'aurais aimé ça qu'on voie une illustratrice à heure de grande écoute à Radio-Canada », a-t-il affirmé, ajoutant que le réseau aurait intêrêt à inviter davantage d'artistes « underground ».

Se défendant d'être élitiste, celui qui est l'un des coachs à l'émission La Voix de TVA a ajouté que la culture, c'était autant la chanteuse Michèle Richard que l'artiste en art contemporain David Altmejd. « Je veux que tout le monde se mélange, et c'est ce qui ne se passe pas assez à mon goût en ce moment », a-t-il dit.

« Des gens commencent à réaliser que Radio-Canada dort au gaz », a ajouté Pierre Lapointe, citant des articles du Devoir. « Je trouve que Radio-Canada devrait faire son vrai mandat, c'est-à-dire diffuser de la culture. De la culture diversifiée! » a-t-il déclaré.

La première réaction de la direction de Radio-Canada, dimanche soir, a été de diffuser ce court message sur Twitter.

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