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Pipelines : consulter, encore et encore, pour espérer convaincre la population

La session parlementaire à Ottawa s'est terminée comme elle a débuté : avec l'annonce d'une nouvelle vaste consultation publique, cette fois sur l'évaluation des grands projets énergétiques, comme les pipelines.

Emmanuelle Latraverse

  Une analyse d'Emmanuelle Latraverse

Industrie des télécommunications, politique de défense, cadre pour une enquête publique sur les femmes autochtones assassinées et disparues, réforme du mode de scrutin, Partenariat transpacifique, rénovations du 24 Sussex, légalisation de la marijuana, la lutte contre la radicalisation, les langues officielles : la liste des consultations menées par le gouvernement est si longue qu'elle est difficile à comptabiliser.

Il ne fallait donc pas se surprendre qu'une nouvelle consultation soit annoncée à la sortie de la réunion du cabinet lundi.

La cavalerie pour l'enjeu le plus controversé

Pas moins de six ministres ont été mobilisés pour l'occasion : le ministre des Pêches, celui des Ressources naturelles, des Transports, les ministres de l'Environnement, des Affaires autochtones, des Sciences. Même des secrétaires parlementaires étaient en appui.

Et pour s'attaquer à UN problème, soit le bris de confiance des Canadiens envers l'évaluation des grands projets énergétiques à la suite des réformes des conservateurs, le gouvernement Trudeau lance pas moins de QUATRE processus de révision et de consultation.

La ministre de l'Environnement compte même consulter pour élaborer le mandat du groupe d'experts qui consultera par la suite les Canadiens. C'est ce qui s'appelle une mise en abîme de la consultation.

Sans surprise, les ministres du gouvernement Trudeau se défendent bien de consulter pour éviter de décider. Au contraire, ils y voient la seule façon de rebâtir la confiance du public envers un système ébranlé par une décennie de règne conservateur.

Il faut dire que la tâche est titanesque. Deux comités parlementaires se chargeront de revoir les lois sur les pêches et la protection des eaux navigables, pendant qu'un premier groupe d'experts se penchera sur le mandat, le rôle et la structure de l'Office national de l'Énergie. Un second groupe d'experts plongera dans l'épineux dossier des lois sur la protection environnementale.

On s'entend, il s'agit, ici, de détricoter les réformes qu'avait mises de l'avant le gouvernement Harper dans l'espoir, faut-il le rappeler, d'accélérer l'approbation des vastes projets de pipelines au pays.

Dans ce débat, malgré toute la prudence qu'il affiche, tous ses efforts pour mieux redorer le blason vert du Canada, il ne faut pas oublier que ce gouvernement veut « acheminer nos ressources vers les marchés ».

Il semble de plus en plus consulter non pas pour se donner les moyens de dire non aux vastes projets d'oléoducs, mais justement pour trouver une façon de convaincre les Canadiens que pipelines et protection de l'environnement pourraient un jour aller main dans la main.

Ça, c'est pour l'avenir. Mais la démarche illustre tout autant l'immense problème qui pend au bout du nez des libéraux d'ici la fin de leur mandat.

Les pipelines de l'ancien régime

Pipelines de l'ancien régime, ou pipelines de la discorde, les projets de Trans-Mountain de la compagnie Kinder Morgan et Énergie Est de Trans Canada ne bénéficieront jamais de ces nouvelles études revues et améliorées.

Le débat fait rage. Des municipalités, aux nombreux groupes autochtones et aux mouvements citoyens, l'opposition à ces deux vastes projets qui semblaient si simples il y a quelques années à peine est organisée, consolidée, mobilisée.

Impossible pour le gouvernement de retourner en arrière. Le mal est fait. Tout ce que les libéraux ont pu offrir à ces deux projets, c'est un « processus intérimaire » annoncé en janvier dernier. Le bilan carbone des projets devra être pris en compte, des consultations supplémentaires seront menées avec les populations touchées. Un dernier effort pour tenter de forger une « acceptabilité sociale » qui semble plus improbable que jamais.

Le ministre des Ressources naturelles souligne qu'il s'agit là d'un « processus amélioré » par rapport à ce que les conservateurs avaient prévu. Or, à la lumière des efforts déployés pour redessiner l'ensemble du processus d'évaluation environnementale au cours des prochains mois, ce processus intérimaire ne fait pas le poids.

Pour ces deux projets monumentaux afin d'acheminer 890 000 et 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux vers Vancouver et le Nouveau-Brunswick respectivement, les Canadiens devront se contenter de ce qui est possible plutôt que de ce qui sera un jour un processus d'évaluation idéal à la hauteur des ambitions libérales.

Quand l'heure des choix arrivera...

C'est ainsi qu'avant de se pencher sur un éventuel projet de pipeline issu des voies ensoleillées de nouvelles évaluations environnementales crédibles et sans reproches, le gouvernement Trudeau n'échappera pas au casse-tête politique que posent Trans Mountain et Énergie Est à court terme. Dans la cour de l'un comme de l'autre, Justin Trudeau est confronté à un électorat fortement mobilisé contre ces projets, un électorat qui a fait le pari de donner sa chance aux libéraux en octobre dernier.

D'ailleurs, la bonne foi de son gouvernement ne semble pas suffire pour l'instant. La Ville de Vancouver vient d'entreprendre des démarches judiciaires pour bloquer l'approbation du projet de la pétrolière Kinder Morgan. Et, du côté du Québec, après les maires de la région de Montréal, c'était au tour de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador d'opposer une fin de non-recevoir sans équivoque à Énergie Est, jugé comme représentant un « danger significatif ».

Et dans ces deux cas, le calendrier ne joue pas en faveur des libéraux. Le choix final sur le projet Trans Mountain devra être annoncé d'ici le 19 décembre prochain, à quelques mois d'une élection provinciale. Le choix final sur Énergie Est tombera au plus tard en pleine campagne électorale au Québec.

Croissance économique, lutte contre les changements climatiques, droits des autochtones : toutes les priorités du gouvernement Trudeau s'affrontent dans ce dossier des pipelines. Il ne peut qu'espérer que les consultations et le dialogue permettraient l'émergence d'un éventuel consensus. À condition, bien sûr, de ne pas s'y perdre dans la cacophonie des intérêts divergents.

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