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Plan d'éducation du N.-B. : pas de dualité dans les garderies

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick présente un plan d'éducation de 10 ans qui ne comprend pas la dualité linguistique dans le système de garderie. Le groupe de travail à l'origine du plan recommandait la dualité afin de développer les capacités langagières chez les enfants dès le plus jeune âge.

Un texte de Pierre Philippe LeBlanc et Louis Mills  

Le plan porte le titre Donnons à nos enfants une longueur d'avance. Ce document de 19 pages comprend huit grands objectifs à atteindre. Ces derniers sont tirés, pour l'essentiel, du rapport présenté en juin par Gino LeBlanc et Karen Power.

Chacun des objectifs reste très général. On ne donne aucune mesure précise ni d'échéancier. Ce manque de précisions était voulu, selon le premier ministre Brian Gallant.

 « Ç'a été très clair lors de nos consultations, les éducateurs, les éducatrices et les gens du Nouveau-Brunswick veulent qu'on donne plus de flexibilité aux gens qui délivrent notre système d'éducation, alors c'est ça que notre plan fait. »

En ce qui concerne la dualité au niveau des garderies, ce n'est pas une priorité de son gouvernement à l'heure actuelle poursuit le premier ministre.

Un apprentissage global

Le premier objectif du plan de 10 ans en éducation est de s'assurer que les élèves développent les compétences dont ils ont besoin pour réaliser leur projet de vie. On veut aussi que les jeunes prennent de bonnes habitudes de vie pour une meilleure santé physique ou mentale.

En ce qui concerne la petite enfance, on propose de trouver tôt les enfants qui auraient des problèmes, sans toutefois spécifier les nouveaux moyens qui seront nécessaires pour y arriver.

On évoque aussi l'importance d'établir une continuité dans l'apprentissage, de la naissance au postsecondaire.

On ne propose pas non plus, du côté anglophone, de spécifiquement remettre l'immersion française en première année.

Sur l'aspect de l'appartenance à la communauté acadienne et francophone, on indique de façon générale qu'il faut amener les jeunes à avoir un sentiment d'appartenance et un rapport positif à la langue, sans donner de moyens pour y parvenir.

Parmi les autres objectifs, tous aussi généraux, on parle de diversité, de leadership, de littératie, de numératie et de sciences.

Des réactions en demi-teintes

Les représentants du milieu de l'éducation ont des réactions nuancées à propos de ce plan.

Ils se réjouissent en général du fait qu'il s'appuie sur la Politique d'aménagement linguistique et culturel adopté par l'ancien gouvernement conservateur. Cette politique visait deux grands objectifs : la réussite des élèves et la construction de leur identité francophone et acadienne.

Ils sont unanimement déçus, en revanche, du fait que le gouvernement Gallant n'ait pas cru bon d'étendre la dualité au secteur des garderies.

« C'est certainement une déception, affirme Chantal Varin, directrice générale de l'Association francophone des parents du Nouveau-Brunswick. J'aurais souhaité voir ce point clarifié déjà, dès maintenant. On va continuer de faire notre travail [...], c'est essentiel à la vitalité de notre communauté! »

Le président de l'Association des enseignantes et des enseignants francophones du Nouveau-Brunswick, Marc Arseneau, affirme lui aussi que son organisme continuera à travailler en vue d'obtenir des garderies francophones distinctes.

« L'anglicisation, ça commence très tôt, et plus on peut avoir les jeunes tôt, du côté francophone, meilleur ce sera dans l'avenir », a-t-il affirmé.

Une dualité par voie détournée

Pour sa part, Mathieu Lang, professeur à la Faculté d'éducation de l'Université de Moncton, croit que la souplesse du plan vantée par le premier ministre Gallant permettra peut-être aux districts scolaires d'atteindre la dualité.

« Si les districts jugent, surtout le district francophone Sud, qu'il y a une réalité particulière, surtout dans les régions comme Moncton, Fredericton, Saint-Jean où la question du bilinguisme est importante, peut-être que les districts auront cette possibilité ou cette flexibilité-là ou ce pouvoir-là de [...] faire avancer les politique pour rendre les garderies unilingues francophones et anglophones. »

La souplesse du plan est aussi appréciée par Marjolaine St-Pierre, directrice de Soins et éducation à la petite enfance du N.-B. « Lorsqu'on a des plans trop rigides, trop prescrits, ça enlève l'innovation, ça enlève la créativité des gens. »

Avec les informations de Michel Corriveau

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